Nouvelle étude sur les eaux en bouteille : très propres, mais pas toujours impeccables

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Des chercheurs ont analysé quarante eaux minérales et de source. Les résultats sont globalement rassurants, si ce n’est les traces d’herbicides et d’autres polluants dans quelques échantillons.

La directive européenne de 2009 sur les eaux minérales impose une « pureté originelle ». Cela signifie qu’une eau minérale ne doit subir aucun traitement : ni désinfection, ni ajout de produit chimique. Sa pureté repose donc sur la préservation des sources, en amont de l’embouteillage.

En dépit des mesures de protection mises en place par les embouteilleurs, nos analyses publiées en 2013 avaient conclu que certaines eaux en bouteille contenaient des polluants d’origine humaine, notamment des traces de médicaments (lire nos articles du 25 mars et du 27 mars 2013).

Chercheurs en quête de 330 molécules

Nos résultats avaient été contestés par les professionnels du secteur, qui ont alors engagé une large étude* sur quarante marques d’eaux embouteillées – soit 70 % du marché en volume.

Confiées au Laboratoire de physico- et toxico-chimie de l’environnement de l’université de Bordeaux, des analyses ont été menées pour rechercher des traces infimes de 330 molécules de synthèse, réparties en six classes de composés : 172 médicaments, 11 hormones, 118 pesticides, 11 phtalates, 8 alkylphénols et 10 acides perfluorés.

Pas de traces de médicaments

13 200 analyses et un an plus tard, les données sont plutôt rassurantes. La fédération professionnelle des embouteilleurs note « l’absence des composés recherchés dans 99,7 % des dosages », ce qui montre selon elle « la qualité exceptionnelle de ces eaux ».

De fait, aucune trace de médicaments ni d’hormones n’a été retrouvée dans les eaux embouteillées – et en particulier, aucune trace de tamoxifène, un médicament contre le cancer que nos propres analyses avaient alors identifié dans plusieurs échantillons. On ne peut que s’en réjouir.

D’anciens herbicides interdits

En revanche, les chercheurs ont décelé des « nano-traces » de pesticides dans neuf échantillons, soit 22 % des bouteilles analysées (une proportion supérieure à nos analyses de 2013). Certes, les concentrations sont très faibles. Elles sont de deux à dix fois inférieures aux valeurs maximales imposées par la réglementation des eaux minérales. Ce qui permet aux industriels de conclure que « 100 % des échantillons sont conformes ».

Conformes, peut-être, mais pas toujours impeccables, alors même que toutes les précautions avaient été prises pour prévenir d’éventuels « faux positifs ». L’étude confirme ainsi la présence de composés bien connus comme l’atrazine, le diuron ou le métolachlore, tous interdits depuis 2003 en France.

Explication des industriels : ces « molécules issues d’herbicides anciens » persistent dans les eaux souterraines. Preuve que notre environnement est globalement contaminé par les polluants d’origine humaine, comme nous l’avions déjà dénoncé. Au fil du temps, ces produits persistants devraient diminuer puisqu’ils ne sont plus utilisés dans notre pays. Mais d’autres contaminants tendent à se développer.

Nouvelles sources de contamination

Parmi la trentaine de molécules émergentes recherchées, le laboratoire a mis en évidence dans deux échantillons des traces d’alkylphénols, et dans quatre échantillons des acides perfluorés – omniprésents dans notre quotidien sous la forme de revêtements au téflon, d’imperméabilisants, etc.

Leur source ? « Probablement les eaux de pluie, un élément qui n’est pas contrôlable », note Lodovico Di Gioia, ingénieur au département recherche de Danone.

Si les eaux en bouteille confirment leur grande propreté, elles n’échappent donc pas totalement à la contamination globale de l’environnement. C’est bien le levier sur lequel il faut agir. Reste à en avoir les moyens techniques, réglementaires et financiers…
Patricia Chairopoulos
* Étude menée par la Fédération nationale des eaux conditionnées et embouteillées (FNECE), la Chambre syndicale des eaux minérales (CSEM) et le Syndicat des eaux de sources (SES).