La restriction de vente fait polémique

 Crise du LevothyroxLe député et médecin Bertrand Buchs estime que la limitation de vente de médicaments à la zone frontière « ne vaut rien ».

En septembre et octobre, de nombreux patients français ont franchi les portes des pharmacies genevoises pour se fournir en Levothyrox, un médicament contre les troubles de la thyroïde.

En septembre et octobre, de nombreux patients français ont franchi les portes des pharmacies genevoises pour se fournir en Levothyrox, un médicament contre les troubles de la thyroïde.Image: AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Le député PDC Bertrand Buchs a bondi en apprenant à la mi-octobre l’existence d’une convention de 1889 qui empêche les pharmaciens d’exécuter des ordonnances rédigées hors de la zone frontière. Dans une question urgente écrite, il demande au Conseil d’État de l’abroger.

De quoi s’agit-il? En septembre et octobre, de nombreux patients français ont franchi les portes des pharmacies genevoises pour se fournir en Levothyrox, un médicament contre les troubles de la thyroïde. L’enrobage de ce médicament ayant été modifié en France, des milliers de malades ont ressenti de nombreux effets indésirables et ont cherché à s’approvisionner en Suisse (lire la «Tribune» du 17 octobre).

Avertissement du pharmacien cantonal

Avertis de cette situation, les services du pharmacien cantonal ont rappelé à la mi-octobre aux officines genevoises qu’elles ne pouvaient pas satisfaire toutes les demandes. «Une ordonnance rédigée par un médecin exerçant en dehors de la zone frontière n’est pas valable pour dispenser des médicaments et cela quels qu’ils soient», affirme Martine Follonier, pharmacienne cantonale adjointe, dans une circulaire. Ajoutant que «les médicaments à base d’hormones thyroïdiennes peuvent faire l’objet d’un usage détourné, notamment à but amaigrissant».

«Je trouve cela d’un ridicule achevé, réagit Bertrand Buchs, par ailleurs médecin. La France a connu des problèmes sanitaires sévères avec cette crise du Levothyrox. Des patients sont venus chercher leur traitement en Suisse, il ne s’agissait en aucun cas d’un trafic en vue de maigrir! En leur refusant de se traiter convenablement, peut-on parler de non-assistance à personnes en danger?»

Des patients passibles de poursuites?

Par ailleurs, le député soutient qu’à l’heure de la libre circulation européenne, cette convention de 1889 «ne vaut rien. Elle me paraît même illégale. À la fin du XIXe siècle, on a permis à certains médecins de délivrer des médicaments de l’autre côté de la frontière s’il n’y avait pas de pharmacien établi dans ces communes limitrophes. Aujourd’hui, il y a des pharmacies partout!»

La convention fait également état d’une liste de médecins agréés. «Où est cette liste? s’amuse le député. À mon avis, elle n’existe tout simplement pas!» Le médecin assure que ses ordonnances sont honorées sans aucun problème dans de nombreux pays d’Europe. «On ne peut pas les refuser, cela ne veut rien dire. Et cela est également valable dans l’autre sens, pour les ordonnances de mes collègues européens. Enfin, que dire de tous les médecins genevois dont les patients achètent les médicaments en France où ils sont deux fois moins chers? Sont-ils tous passibles de poursuites?» (TDG)

Créé: 09.11.2017, 19h18