Une hausse inexpliquée de la radioactivité en Europe rend les scientifiques perplexes

(Les thyroïdes vont encore prendre la dose et une fois de plus le nuage n’est pas passé…)
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Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme. Une brusque augmentation de la radioactivité dans certaines parties de l’Europe, à savoir en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie et en Suisse, a été détectée par le Bureau fédéral allemand pour la protection contre les radiations.

Des scientifiques du Bureau fédéral allemand pour la protection contre les radiations ont fait état d’une radioactivité accrue en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie et en Suisse.Ils ont notamment détecté la présence d’isotopes radioactifs Ruthénium-106. Or, cet élément n’est pas présent à l’état naturel dans l’environnement. Il est un produit de la fission nucléaire. L’origine de ces traces radioactives de Ruthénium-106 reste pour l’instant inexpliquée.

«De nouveaux éléments d’analyses portant sur l’origine du matériel radioactif sont susceptibles d’indiquer que sa diffusion se ferait depuis le sud de l’Oural. Mais il n’est pas exclu que leur origine se situe dans d’autre régions de la Russie centrale», a indiqué dans son rapport le Bureau fédéral allemand pour la protection contre les radiations.

Pourtant, selon l’Agence fédérale de l’énergie atomique Rosatom, «la situation radioactive autour des installations nucléaires russes se situe dans la norme et correspond au fond naturel de rayonnement».

 

Radioactivité

Communiqué de la CRIIRAD

NOTE CRIIRAD
Valence, le 10 novembre 2017 (11H)
RUTHÉNIUM 106
Contamination par le ruthénium 106
Les rejets radioactifs sont considérables
et proviendraient de Russie ou de pays proches !
Les responsables se soucient enfin de l’importance des rejets du ruthénium 106 intervenus, fin
septembre 2017, et des risques encourus au plus près du terme source ! Dans un premier temps, les
communiqués officiels se sont contentés de souligner l’absence de risque en France et en Europe. La
CRIIRAD avait alerté dès le 5 octobre, mais en vain, sur les risques encourus par les populations locales.
On sait pourtant depuis Tchernobyl qu’il faut agir très vite car l’exposition est majeure dans les premiers
jours et les premières semaines.
Rappel : présence anormale de ruthénium 1061 dans l’air européen détectée fin septembre
Dans un communiqué de presse2 du 4 octobre 2017, l’IRSN indiquait que du ruthénium 106 avait été
détecté dans l’air de plusieurs pays européens et concluait,sans émettre aucune réserve sur les niveaux
de risque sur le lieu de l’accident et dans les zones proches : « Les niveaux très faibles de contamination
atmosphérique en ruthénium 106 observés à ce jour par les réseaux européens de surveillance sont sans
conséquences pour l’environnement et pour la santé. Néanmoins, l’IRSN maintient une vigilance de
surveillance sur cette présence de ruthénium dans l’air ».
La CRIIRAD faisait part de son inquiétude le 5 octobre
Dans son communiqué3 du 5 octobre 2017, la CRIIRAD indiquait : « Il faut déterminer l’origine du
phénomène et les niveaux de risque au plus près du terme source ». « Il est important que l’origine de ces
rejets de ruthénium 106 soit recherchée. De ce point de vue l’absence d’information est inquiétante. Si
l’installation à l’origine des rejets n’en est pas consciente, elle n’a pas pu mettre en place de mesures de
radioprotection alors que les doses subies par les riverains ou les travailleurs concernés pourraient ne pas
être négligeables. S’il s’agit de dissimulation, la situation est encore plus problématique”.
La piste Russe
Plus d’un mois s’est écoulé et, à notre connaissance, l’origine exacte de cette contamination n’est pas
élucidée. Des simulations effectuées par les organismes de radioprotection français (IRSN) et allemand
(BfS), évoquaient une origine au sud de l’Oural. Les autorités russes4 avaient alors réagi en niant toute
responsabilité.

1
Le ruthénium 106 est un radionucléide artificiel (produit de fission), émetteur de rayonnements bêta, de période
relativement longue (1,02 ans). Il se désintègre en donnant naissance au rhodium 106, émetteur de rayonnements
bêta et gamma de période 29,8 secondes.
2
http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20171004_Detection-ruthenium-106-eneurope.aspx#.WgSLhXbkV8x
3 http://balises.criirad.org/pdf/CP_CRIIRAD_171005_Ru106_Europe.pdf
4
https://fr.sputniknews.com/international/201710111033422527-ruthenium-europe-russie/
Commission de Recherche et d’Information
Indépendantes sur la Radioactivité
29 cours Manuel de Falla / 26000 Valence / France
. 33 (0)4 75 41 82 50 / bruno.chareyron@criirad.org
Ruthénium 106 Europe CHAREYRON – CRIIRAD 2 / 3
Un rejet colossal entre la Volga et l’Oural ?
Dans un nouveau communiqué5 du 9 novembre 2017, l’IRSN indique que l’hypothèse de la retombée sur
terre d’un satellite contenant du ruthénium 106 a été écartée par l’AIEA (Agence Internationale de
l’Energie Atomique).
Partant alors de l’hypothèse que le ruthenium 106 provient des rejets d’une installation terrestre, et sur
la base de simulations, l’IRSN indique “la zone de rejet la plus plausible se situe entre la Volga et l’Oural
sans qu’il ne soit possible, avec les données disponibles, de préciser la localisation exacte du point de rejet.
En effet, c’est dans cette zone géographique que la simulation d’un rejet de ruthénium permet de mieux
reproduire les mesures obtenues en Europe » et « Pour la zone de rejet la plus plausible, la quantité de
ruthénium-106 rejetée estimée par les simulations de l’IRSN est très importante, comprise entre 100 et
300 térabecquerels. Le rejet, accidentel eu égard à la quantité rejetée, aurait eu lieu au cours de la dernière
semaine du mois de septembre 2017 ».
S’il s’agit bien de rejets émanant d’une installation unique à hauteur de 300 Terabecquerels, cela
correspond à une quantité colossale, 300 mille milliards de becquerels est un chiffre, à titre de
comparaison, 375 000 fois supérieur au rejet annuel maximal autorisé6 de la centrale nucléaire de Cruas.
Le ruthénium 106 est un produit de fission artificiel qui, une fois retombé au sol et sur le couvert végétal,
va induire une contamination durable, il faut en effet plus d’un an pour que sa radioactivité soit divisée
par deux.
Comme le note l’IRSN : “Du fait des quantités rejetées, les conséquences d’un accident de cette ampleur
en France auraient nécessité localement de mettre en œuvre des mesures de protection des populations
sur un rayon de l’ordre de quelques kilomètres autour du lieu de rejet. Pour ce qui concerne les denrées
alimentaires, le dépassement des niveaux maximaux admissibles (NMA) (1250 Bq/kg pour le ruthénium-
106 et pour les denrées autres que le lait) serait quant à lui observé sur des distances de l’ordre de quelques
dizaines de kilomètres autour du point de rejet”.
Il était donc bien indispensable, comme le demandait la CRIIRAD, le 5 octobre 2017, d’identifier
l’installation à l’origine de la pollution par le ruthénium 106 et de mettre en oeuvre des mesures de
protection pour la population proche. Et ce d’autant plus que , comme la CRIIRAD l’a dénoncé à plusieurs
reprises, les critères d’intervention7
retenus par les autorités françaises pour mettre en oeuvre des
mesures de protection sont excessivement élevés.
Or, les documents analysés par la CRIIRAD montrent que, dans un premier temps, les services officiels en
Europe se sont contentés d’insister sur l’absence de conséquences sanitaires sur le territoire Européen.
Cette situation pose de nombreuses questions sur l’efficacité de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie
Atomique) et des organismes de radioprotection officiels des pays européens.
 A l’échelle de l’Europe et de la France, pourquoi des contrôles sur les avions susceptibles d’avoir
survolé les secteurs incriminés n’ont pas été mis en place ?
 Pourquoi les ambassades des pays Européens n’ont elles pas mis en place rapidement des dispositions
particulières dans les pays pressentis comme pouvant être à l’origine de ces rejets massifs de
ruthénium 106 (recueil d’échantillons de sol, couvert végétal, denrées alimentaires) ?

5
http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20171109_Detection-Ruthenium-106-en-france-et-eneurope-resultat-des-investigations-de-l-IRSN.aspx#.WgR77nbkV8x
6 Pour les produits de fission et d’activation émetteurs bêta et gamma comme le ruthénium 106.
7
L’IRSN se réfère par exemple au Niveaux Maximaux Admissibles (NMA) de contamination radioactive applicables
aux aliments après un accident nucléaire ou toute autre urgence radiologique. La CRIIRAD rappelle qu’elle s’est
battue contre l’adoption de ces limites fixées à des niveaux excessivement élevés et basées sur un rapport
d’expertise truffé d’anomalies. De plus, le dispositif ne devrait être mis en œuvre qu’en cas de contamination
massive limitant l’accès à des aliments non contaminés. Qui souhaite consommer des champignons contenant
100 becquerels de ruthénium 106 par kg au prétexte qu’en cas d’accident la limite autorisée est de 1 250 Bq/kg ?
Les consommateurs ont le droit de savoir et de choisir.
Ruthénium 106 Europe CHAREYRON – CRIIRAD 3 / 3
 Si les Etats Européens n’ont pas souligné la gravité potentielle de la situation pour les populations et
les travailleurs proches de l’installation, ils auraient pu au moins s’inquiéter de la protection de leurs
ressortissants en voyage ou en séjour dans les pays incriminés.
Protéger les populations proches du lieu du rejet
Avoir perdu plus d’1 mois pour alerter efficacement est une faute grave. En cas de rejet massif de
substances radioactives dans l’atmosphère, il faut agir vite pour limiter les doses subies par les
populations proches de l’installation incriminée. En l’absence de mesures de protection, les doses subies
pourraient avoir dépassé largement les limites sanitaires.
S’il est probablement trop tard pour limiter les risques liés à l’inhalation dans le panache (on peut penser
en effet que les rejets ont cessé depuis plusieurs semaines), les populations proches de l’installation sont
toujours soumises aux radiations liées aux retombées de ruthénium 106 et à la contamination par
ingestion de denrées contaminées. Il est donc important, en fonction des niveaux de retombées, de
mettre en place des contre-mesures adaptées (évacuation ou décontamination des sols).
Il est tout aussi important de leur recommander de ne pas consommer les denrées qui ont subi une
contamination par dépôt foliaire ou une contamination différée.
Dans la mesure où certains Etats ne sont pas capables d’assurer la protection radiologique des citoyens,
il est plus que jamais nécessaire de soutenir les ONG locales et développer les contrôles radiologiques
indépendants.
Pour les autorités françaises il n’y a rien de plus à faire ?
En ce qui concerne les risques pour les personnes vivant en France, l’IRSN considère « d’une part que la
probabilité d’un scénario qui verrait l’importation en France de denrées (notamment des champignons)
contaminées par du ruthénium-106 à proximité de la source de rejets est extrêmement faible et, d’autre
part, que le risque sanitaire potentiel lié à ce scénario est lui aussi très faible. Il n’apparait donc pas
nécessaire de mettre en place des contrôles systématiques de la contamination des denrées importées ».
Cette position est reprise par l’ASN dans son communiqué8 du 9 novembre.
La CRIIRAD considère, au contraire, qu’il est indispensable de mobiliser tous les moyens des Etats
Européens (contrôles sur des denrées et produits provenant des zones incriminées, actions au niveau des
ambassades) pour déterminer précisément l’origine des rejets et peser pour que les populations proches
bénéficient de mesures de protection (même si elles sont tardives). Il faut penser aux populations locales
et aux ressortissants des pays étrangers susceptibles de se trouver au plus près du terme source !
Un contrôle systématique des denrées importées n’est pas forcément le plus adapté, en revanche, il est
nécessaire qu’un programme de surveillance radiologique spécifique soit mis en oeuvre au niveau
Européen pour vérifier la contamination par le ruthénium 106 des denrées à risque en provenance des
pays incriminés, mais également par d’autres substances radioactives moins mobiles qui pourraient être
présentes dans les retombées locales sans pour autant être détectables dans l’air à grande distance.
Rédaction : Bruno CHAREYRON, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD.

Nuage radioactif originaire de Russie : 4 questions sur un probable accident nucléaire

Nuage radioactif originaire de Russie : 4 questions sur un probable accident nucléaire
Un accident nucléaire a probablement été passé sous silence en Russie ou au Kazakhstan. (L’Obs (source IRSN))

L’IRSN a publié une note avertissant de la détection de ruthénium-106 dans le sud-est de la France. La Russie nie toute responsabilité.

Comme un souvenir de Tchernobyl. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire a publié jeudi 9 novembre une note d’informationintitulée « Détection de ruthénium-106 en France et en Europe », où elle rend publiques les conclusions de son enquête sur un rejet radioactif en provenance de Russie détecté fin septembre.

Cette fuite, qui aurait nécessité une protection des populations si elle était survenue en France, pourrait avoir pour origine un accident nucléaire passé sous silence dans le sud de la Russie ou à la frontière kazakhe. Quatre questions sur un événement mystérieux mais sans conséquence sanitaire pour la population française, selon les autorités nucléaires.

Détection de  106 en France et en Europe fin septembre 2017 : résultat des investigations de l’IRSN et information actualisée sur la zone de rejet la plus plausiblehttp://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20171109_Detection-Ruthenium-106-en-france-et-en-europe-resultat-des-investigations-de-l-IRSN.aspx 

1 – Quelle est la substance détectée ?

Le 4 octobre, l’IRSN donnait l’alerte en signalant la détection d’un radionucléide artificiel, le ruthénium-106, à de très faibles niveaux (quelques millibecquerels par mètre cube d’air) dans le sud-est de la France (stations de La Seyne-sur-Mer, Nice et Ajaccio). La substance avait auparavant été détectée dans l’est de l’Europe, ainsi qu’en Autriche, en Suisse et en Norvège.

L’IRSN a une mission de surveillance nationale de l’atmosphère, et dispose pour cela d’un réseau de stations de collecte d’aérosols par filtration d’air. La présence de ruthénium-106 a été détectée en France pendant deux semaines, du 27 septembre au 13 octobre, ainsi que « dans la plupart des pays européens ».

Le ruthénium-106 est un produit de fission issu de l’industrie nucléaire. Il est par ailleurs utilisé dans le domaine médical pour des traitements par curiethérapie.

2 – Y’a-t-il un danger ?

Dès son premier communiqué, l’IRSN assurait que les « niveaux très faibles de contamination atmosphérique observés à ce jour » étaient « sans conséquence pour l’environnement et pour la santé ». Néanmoins, l’autorité disait « maintenir une vigilance de surveillance ».

Le 9 novembre, l’autorité confirme ce bilan rassurant :

« Les niveaux de concentration dans l’air en ruthénium-106 qui ont été relevés en Europe et a fortiori en France sont sans conséquence tant pour la santé humaine que pour l’environnement. »Le gouvernement précise de son côté avoir, par précaution, réalisé des « contrôles par sondage sur les champignons importés des pays concernés, qui n’ont révélé aucune contamination à ce jour ». Les champignons sont en effet un aliment particulièrement à risque.

3 – D’où vient le rejet ?

A partir des conditions météorologiques fournies par Météo France et des résultats de mesure disponibles dans les pays européens, l’IRSN a réalisé des simulations afin de localiser la zone de rejet, d’évaluer la quantité de ruthénium rejetée ainsi que la période et la durée de rejet.

S’il est impossible de « préciser la localisation exacte du point de rejet », l’IRSN est en mesure de conclure que « la zone de rejet la plus plausible se situe entre la Volga et l’Oural ». Pour cette zone, la quantité rejetée de ruthénium-106 estimée est « très importante » : entre 100 et 300 térabecquerels.

(L’Obs / Source IRSN)

Pourtant, aucun pays n’a revendiqué la fuite auprès des autorités nucléaires internationales. « Les entreprises de Rosatom n’ont rien à voir avec la fuite du ruthénium-106 » détectée en Europe, affirme le service de presse de la société d’État russe, qui gère l’activité de toutes les entreprises du secteur nucléaire national.

La société kazakhe Kazatomprom, opérateur national chargé de la production du combustible nucléaire, a également démenti être à l’origine de la fuite : « Il n’y a pas de sites au Kazakhstan d’où une éventuelle fuite de cette substance pourrait se produire », assure son service de presse.

4 – Y’a-t-il eu un accident nucléaire ?

Le rejet est « accidentel eu égard à la quantité rejetée », affirme l’IRSN.

« Les conséquences d’un accident de cette ampleur en France auraient nécessité localement de mettre en œuvre des mesures de protection des populations sur un rayon de l’ordre de quelques kilomètres autour du lieu de rejet. »En ce qui concerne les denrées alimentaires, des mesures auraient été prises sur plusieurs dizaines de kilomètres, ajoute l’autorité.

La pollution ne peut pas provenir d’un réacteur nucléaire, car d’autres éléments radioactifs que le ruthénium-106 auraient été alors détectés. L’IRSN formule deux hypothèses d’origine de la fuite :

  • Des installations du cycle du combustible nucléaire ou de fabrication des sources radioactives
  • Les conséquences de la rentrée dans l’atmosphère d’un satellite équipé d’un générateur thermoélectrique à ruthénium. L’AIEA n’a pas eu connaissance d’une telle retombée de satellite.

« En conséquence, l’IRSN a, dans ses investigations, fait l’hypothèse d’un rejet issu d’une installation. »« Le problème pour nous n’est pas au niveau du territoire français mais de l’urgence à identifier l’origine de cette contamination », alerte auprès de BFMTV Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et directeur du laboratoire de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité). « Si cette contamination vient bien d’une installation terrestre, il peut y avoir eu depuis plusieurs semaines une exposition aux radiations des travailleurs, des riverains. »

« Soit l’installation à l’origine de ces rejets n’en est même pas consciente, soit il y a une dissimulation par les autorités du pays. Dans les deux cas, c’est grave.T.V.