Après le Comité de suivi de la crise du Lévothyrox : L’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) à Bourgoin-Jailleu

 

Au ministère de la santé.

Madame la ministre Buzyn a ouvert la réunion du comité de suivi de la crise du Lévothyrox, le 27 novembre, à la Direction générale de la santé (DGS). Elle y a annoncé la création d’une mission d’information centrée sur les « signaux faibles » sur les médicaments. Puis elle est partie.

Cette expression couvre, à mots feutrés, les défaillances et les dénis de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) dans la crise du Lévothyrox. Pourquoi disparaît-elle dans le communiqué « information et médicament » du 4 décembre ?

L’Association française des malades de la thyroïde (AFMT), reconnue d’utilité générale, indépendante vis-à-vis de tout lobby ou toute coterie, rassemble des milliers de malades qui ont l’expérience de la crise. Pourquoi est-elle exclue de la mission ? Transparence, où es-tu ?

À la tête de la mission, un médecin urgentiste-journaliste. Le ton est donné. L’objectif de servir les malades s’efface derrière la communication vers le grand public qui est l’objectif principal.

Il donne sa position dans Egora le 4 décembre : «  Globalement, à l’issue de l’affaire du Levothyrox que Jean-Pierre Door, député LR, avait qualifié de scandale médiatique plutôt que sanitaire, je pense que c’est plutôt le scandale de l’information. Et ce n’est pas un scandale d’ailleurs, c’est plutôt une crise de l’information ».

Mémoire courte ? Citation de l’un des meilleurs experts de pharmacovigilance français, le Pr Bernard Bégaud, le 15 avril 2016, dans Libération à propos d’autres scandales (Mediator et Depakote) : « Les signaux d’alerte, on les a eus, mais il ne s’est rien passé « on attend le prochain scandale ». Plus qu’une prémonition, une prévision !

Avec le Levothyrox NF (nouvelle formule), nous y sommes !

 

Le rationnement et les tentatives de confusion de responsabilité.

En septembre, la DGS et l’ANSM ont informé de l’introduction rapide d’alternatives thérapeutiques au Lévothyrox. Elles ont demandé aux représentants des malades de cosigner une ordonnance médicale collective qui en restreignait sévèrement l’accès.

Pour l’AFMT, c’était introduire la confusion des responsabilités entre les autorités, le corps médical, et les malades. Les représentants des malades auraient été ainsi rendus coresponsables de la pénurie dont ils ne sont pas à l’origine, et de ses conséquences sur leur santé. L’AFMT a donc, dans l’instant, refusé de signer.

Un calendrier de promesses non tenues pour la disponibilité effective des médicaments

Près de trois mois après, les alternatives thérapeutiques ne sont toujours pas disponibles en quantité suffisante. Les officines ne peuvent honorer des prescriptions médicales pourtant fortement limitées en nombre. Des malades sont placés en liste d’attente. Le corps médical se voit imposer de refaire des ordonnances pour des questions de détail. Par exemple, quand la date précède la décision administrative.

En décembre, un générique grec, dont on nous assure qu’il s’agit d’un copier-coller de l’ancienne formule du Lévothyrox, arrive sur le marché : Thyrofix, produit par Uni-Pharma. Pour mémoire, les mises sur le marché des génériques passent aussi par des études de bio équivalence… qui ne sont pas des équivalences cliniques. La DGS en a enfin convenu.

L’ancienne formule du Lévothyrox fabriqué en France pour les Italiens…

… Mais pas pour les Français.

L’ancienne formule du Lévothyrox, vendue en Italie, est fabriquée en France à Bourgoin-Jallieu par les laboratoires Patheon.

C’est pourquoi l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) a organisé ce rassemblement de malades du 3 décembre à Bourgoin-Jallieu. Pourquoi priver les Français d’un médicament fabriqué en France ? Pourquoi priver les Français des emplois qu’induirait cette fabrication ?

Les Français vont chercher ce Lévothyrox ancienne formule en Italie où il est vendu sans subir les restrictions françaises, sous le nom d’Euthyrox. En 2013, il avait dépanné les Français lors d’une rupture de stock. Aux dires des autorités, c’était la même formule… La justification administrative du refus actuel n’est donc guère crédible.

 

Un portail de l’ANSM qui décourage les signalements. Des données floutées

14 433 cas signalés au 15 septembre sur le seul Lévothyrox. Près de 22 000 cas au 20 novembre, mais on nous précise « tous médicaments confondus ».

Le portail de l’ANSM est peu pratique et souvent bloqué. Démarche trop lourde pour les médecins en situation de pénurie médicale. Détails empêchant le signalement, comme le numéro du lot de médicament, impossible à donner quand les boîtes vides ont été jetées. Perturbations induites par la maladie. Et surtout, perte de confiance vis-à-vis des autorités et du système de santé. D’après les sondages de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT), à peine plus de 30 % des signalements des situations graves sont effectués. Sans compter toutes les autres…

Quant aux chiffres de vente de la nouvelle formule du Lévothyrox pour les cinq derniers mois, ils ne peuvent être obtenus. C’est pourtant la seule façon de dénombrer les malades ayant choisi d’autres formules, qu’elles soient officiellement importées ou qu’ils soient allés les chercher hors de nos frontières.

Un projet de Recherche trempé de subjectivité.

La Direction générale de la santé (DGS) a demandé au président de la Société française d’endocrinologie (SFE), le professeur Rodien, d’établir un schéma de recherche correspondant manifestement à ses besoins.

Chacun des 500 malades hypothyroïdiens volontaires devrait tester pendant deux mois l’ancienne formule, et pendant deux autres mois la nouvelle, en double aveugle. Les résultats seraient alors comparés. Un défaut majeur de cette étude est que les malades qui ont eu des symptômes avec la nouvelle formule sont par principe exclus.

Si l’on se fie aux seuls signalements colligés en 6 mois de pharmacovigilance chez plus de 3 millions de personnes sous le nouveau Lévothyrox, la probabilité de rencontrer un effet indésirable au bout de 2 mois de traitement par la nouvelle formule est 1,7 pour 1000… Soit 0,85 pour 500 !

Il n’y aurait donc guère d’événements indésirables à attendre, sauf accident. Bien avec l’ancienne formule, bien avec la nouvelle. Il serait alors excessivement facile et de façon biaisée, et c’est le but même de cette étude, de conclure à l’absence de différence statistiquement significative. Et ainsi d’affirmer sans aucune preuve que l’effet nocebo serait en cause.

 

Des questions éthiques dans ce projet de recherche biaisé.

L’étude en « cross over » proposée pose des problèmes éthiques, pour lesquels l’avis du CPP (comité de protection des personnes) est attendu avec intérêt.

Imposer à certains malades, en aveugle, de souffrir à nouveau de la nouvelle formule de Lévothyrox, même sous surveillance, soulève des questions délicates.

Un exemple au cours de la réunion du dernier comité de suivi « J’aime la science, je veux bien être cobaye » a dit l’un des représentants des malades ; et de rajouter « j’ai un cancer papillaire ».

Le professeur Rodien, président de la Société française d’endocrinologie et responsable désigné par la DGS, a aussitôt refusé. Il a jugé beaucoup trop important le risque de déstabiliser sa TSH, c’est-à-dire de réactiver son cancer thyroïdien….

À la liste des exclus de l’étude, s’ajoutent donc aussi les cancers thyroïdiens

Quand le sort de 3 millions de personnes pèse moins que celui d’une seule

Ainsi, quand il s’agit d’une seule personne, et même sous surveillance étroite, le risque du passage de l’ancienne à la nouvelle formule est tel qu’il fait récuser une telle expérience.

Comment expliquer alors que pour 3 millions de personnes, dont les cancéreux thyroïdiens, l’ANSM ait imposé la nouvelle formule de Lévothyrox sans alternative pendant des mois ?

Pour les patients cancéreux thyroïdiens difficiles à équilibrer, les médecins ne sont donc pas fondés à refuser de prescrire l’ancienne formule ou ses alternatives. Le contexte juridique est suffisamment tendu pour qu’ils soient conscients du piège dogmatique initialement organisé par l’ANSM.

Une lecture du rapport de pharmacovigilance orientée

La direction des laboratoires Merck-France est dans une position si délicate qu’elle se voit contrainte, sur France Info, à une lecture partielle et confortable du rapport de pharmacovigilance du 10 octobre : « dans tous les effets qui sont rapportés il n’y a pas de lien avec la nouvelle formulation du Lévothyrox ».

Propos contredits par les premiers mots de la conclusion du rapport : «Cette enquête intermédiaire confirme la survenue de déséquilibre thyroïdien quand un patient passe de LEVOTHYROX® AF vers NF. » (AF vers NF : ancienne formule vers nouvelle formule).

Et par les derniers mots de la discussion : « Dans les signalements où les patients reviennent à LEVOTHYROX® AF ou switchent vers une alternative, les symptômes régressent en général dans un délai très court. La présence de signes cliniques chez les patients à TSH dans les normes attendues pose l’hypothèse d’effets indésirables (…) et mérite plus d’investigations ».

Mobilisation des élus et des responsables administratifs du système de santé

Les élus et les responsables administratifs du système de santé, à quelque niveau que ce soit ne peuvent rester indifférents à ces dérives destinées à masquer les responsabilités. L’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) remercie ceux qui ont commencé à se mobiliser et demande le soutien des autres.

Elle dénonce les manœuvres, manipulations, présentations biaisées des données chiffrées, ou affichages qui visent à tromper sur la réalité du rationnement de l’accès aux alternatives au Levothyrox NF.

Elle exige le retour pérenne de l’ancienne formule du Lévothyrox et donc l’ouverture du marché français à la production des laboratoires Patheon.