Levothyrox : «Il faut une étude scientifique précise de ce qui s’est passé»

>Société|propos recueillis par Florence Méréo|30 janvier 2018, 20h05|MAJ : 30 janvier 2018, 21h00|0
L’hépatologue Claude Pigement est vice-président de l’Agence de sécurité du médicament (ANSM). Quotidien du Médecin/Sebastien Toubon

Claude Pigement, vice-président de l’ANSM, réagit au rapport sur le Levothyrox rendu ce mardi.

Il fut pendant 23 ans le « monsieur santé » du Parti socialiste. L’hépatologue Claude Pigement est aujourd’hui vice-président de l’Agence de sécurité du médicament (ANSM) qui a rendu ce mardi son rapport complet sur le Levothyrox, sans grande nouveauté. Pourtant, selon lui, il faut bel et bien aller plus loin que les annonces officielles.

LIRE AUSSI > L’ANSM dédouane la nouvelle formule du Levothyrox

« Déçus», « catastrophique », les associations se sentent lésées par le rapport…

Claude Pigement. Compte-tenu de leur déception et puisque l’incompréhension est totale entre les pouvoirs publics et les associations, une étude scientifique précise de ce qui s’est passé avec ce médicament devient nécessaire. Tout comme la publication de l’intégralité du rapport de pharmacovigilance de 2012 (qui a justifié le changement de formulation NDLR)

Dix mois après le lancement de la nouvelle formule, les patients ne sont pas apaisés.

Ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui est le fossé qui se creuse entre les affirmations d’une élite médicale et la parole des patients. Cela est d’autant plus troublant que les lois Kouchner de 2002 et Touraine de 2016 réaffirment le rôle et la place du malade. Pourtant, depuis des mois, deux mondes existent sans se rencontrer : celui des sachants et celui de ceux qui vivent avec la réalité de leurs effets indésirables.

LIRE AUSSI >Le document sur le Levothyrox qui fait bondir les patients

Qui a raison ?

Il faut rester humble dans les accusations mais je le dis : se retrancher, comme le font certains grands professeurs, derrière l’effet « nocebo » est une solution de facilité ! Je comprends leur trouble face au manque d’explication rationnelle des effets indésirables mais les mettre sur le compte de la résonnance médiatique est trop simple. Il reste une énigme : 67% des malades ont une TSH ( le dosage sanguin des hormones) normale. C’est préoccupant. Il faut des analyses.

L’ANSM, à l’origine du changement de formule, n’a donc joué aucun rôle ?

Si ! On ne peut réduire la crise à elle seule mais il y a indéniablement eu un manque de réactivité de l’Agence. Elle a sous-estimé la sensibilité de ce médicament et n’a pas délivré l’information adéquate. Envoyer 400 000 courriers à l’époque de l’intelligence artificielle, c’est décalé ! Résultat, ce sont des malades dépourvus et en colère. Il faut en tirer les leçons et repenser les outils de santé publique comme imaginer des alertes en rouge sur les ordinateurs des médecins.

LIRE AUSSI >Le «ras le bol» du directeur d’un centre de pharmacovigilance

De cette agence, vous êtes vice-président depuis 2013. En première ligne donc …

La vice-présidence n’a pas de rôle exécutif. Il serait ainsi bon à l’avenir que le conseil d’administration soit associé aux crises sanitaires car chacun peut aider à mieux agir. Autre problème, le budget 2018 prévoit plus de missions mais la perte de 23 postes. Si l’État veut que l’ANSM joue son rôle, il ne peut lui raboter ses moyens.

Faut-il réintroduire l’ancienne formule du Levo, qui a refait surface de manière temporaire ?

Il faut se donner du temps avant sa disparition, décider avec l’ensemble des études. Dire que dans quelques mois ce sera fini est un couperet inutile. Ne nous donnons pas de date car nous ne sommes pas au bout du feuilleton.

LIRE AUSSI >Un nouveau concurrent français au Levothyrox en cours d’examen