Maître Fau défendra le procès des malades de la thyroïde,

Voici un texte fort intéressant du journal Figaro concernant le procès de la Creutzfeldt-Jakob



• également Sept médecins ou scientifiques sont jugés à partir de ce mercredi à Paris. Depuis que l’affaire a éclaté au début des années 1990, 115 personnes sont mortes.
Le tribunal correctionnel de Paris se penche, à partir de ce mercredi et jusqu’à la fin du mois de mai (1), sur un drame lié à la médecine. L’hormone de croissance contaminée a tué, à ce jour, 115 jeunes personnes, et nul ne peut prédire si d’autres, parmi les quelque 800 sujets traités en 1983-1985, succomberont. Au banc des prévenus, sept médecins ou scientifiques répondent d’homicides involontaires et, pour la plupart, de «tromperie aggravée». Le premier délit est le plus lourdement sanctionné : il est passible de cinq ans de prison et de 75 000 € d’amende.
Dans les années 1960, la fameuse hormone extraite d’une glande, l’hypophyse, représente pour les enfants atteints d’une certaine forme de nanisme l’espoir de gagner les quelques centimètres qui changeraient leur vie.
En 1973, une association loi de 1901 est créée à Paris, France Hypophyse. Son but : collecter les glandes, centraliser la production (avec l’Institut Pasteur) et la distribution du médicament (avec la Pharmacie centrale des hôpitaux). Cette organisation est spécifiquement française. En 1988, une hormone de synthèse remplace le produit extrait de glandes prélevées sur des cadavres.
Le coup de tonnerre ne survient qu’en décembre 1991 : les parents d’Yliassyl, un enfant emporté par la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), après avoir reçu de l’hormone de croissance depuis 1983, déposent une plainte avec constitution de partie civile. Cette pathologie, qui dévaste le cerveau et entraîne une agonie atroce, est connue depuis le début du XXe siècle. Elle fut longtemps attribuée aux ravages d’un «virus lent» ; l’on sait qu’elle est, en réalité, causée par un prion, sorte de protéine déviante découverte en 1982 suscitant dans un premier temps le scepticisme goguenard d’une large part de la communauté scientifique. Le jeune âge d’Yliassyl intrigue : la MCJ, d’ordinaire, ne terrasse que des sujets chenus. L’affaire, hélas, ne fait que commencer. Les décès se succèdent, à raison d’une dizaine chaque année.
L’enquête judiciaire et un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (daté de 1992) mettent au jour, selon l’accusation, de graves dysfonctionnements autour de France Hypophyse.
Pas de contrôle médical
Car, en 1984-1985, des cas de MCJ similaires avaient conduit les États-Unis, puis le Royaume-Uni, à mettre rapidement un terme à l’utilisation de l’hormone de croissance. Il n’en fut rien dans l’Hexagone. En outre, dès 1980, à la suite d’un incident médical mortel lié à une autre maladie (la rage) contractée lors d’une greffe de cornée, l’Institut Pasteur avait demandé une note au professeur Luc Montagnier, aujourd’hui mondialement célèbre pour ses travaux sur le sida, et dont le témoignage est très attendu. À l’époque, le prion n’avait pas encore été découvert. Mais le savant, doté d’un flair scientifique hors du commun, demandait qu’«une attention particulière soit portée au danger de transmission de la MCJ» et préconisait, faute de certitudes, d’écarter au moins certains donneurs d’hypophyse «à risque».
Avertissement vain : les collectes semblent avoir été réalisées dans des conditions indignes, comme s’il s’agissait de démonter une pièce mécanique dans une vulgaire épave automobile. Surtout, elles ont notamment eu lieu dans des hôpitaux spécialisés dans le traitement des maladies infectieuses ou neurologiques, sans contrôle médical. La méthode employée autre spécificité française permettait de séparer l’hypophyse (accessible par le nez) du cerveau sans ouvrir le crâne, mais elle présentait l’inconvénient de prélever de la matière cérébrale potentiellement surcontaminée par le prion. Est-ce pour cela que 57 % des cas de MCJ transmis par l’hormone de croissance ont été enregistrés en France ?
En 1983, pour satisfaire une demande accrue, 17 000 glandes bulgares sont importées : leur collecte a-t-elle pris en compte les mesures élémentaires de sécurité sanitaire ?
Quant aux conditions d’extraction et de conditionnement de l’hormone, elles laissent rêveur lorsqu’on lit la description du laboratoire abrité par l’Institut Pasteur qui figure dans l’ordonnance de renvoi du juge Bertella-Geffroy, laquelle conclut que «seule l’hormone de croissance extractive France Hypophyse a pu être à l’origine des MCJ observées en France» , alors que des médicaments produits par des firmes pharmaceutiques ont également été délivrés. Contrairement à l’affaire du sang contaminé, le dossier ne comporte pas de volet politique et seul un biochimiste est soupçonné de malversations financières.
Au tribunal correctionnel d’examiner, enfin, l’hécatombe liée à l’hormone. Des faits anciens, antérieurs à 1988. Des prévenus âgés deux d’entre eux sont nés en 1922. Des connaissances scientifiques de l’époque examinées à l’aune de celles d’aujourd’hui. Et des familles meurtries qui attendent de la justice qu’elle leur explique pourquoi leurs enfants sont morts, alors qu’ils ne demandaient qu’à grandir un peu.
Stéphane Durand-Souffland journal FIGARO 4 février 2008