Plus d’un quart de siècle après la catastrophe en Ukraine, pour la population le drame continue

IVANKOV
Lydia Surzhik, Le Miroir de la semaine. Ukraine №44, 30 novembre 2012, 19:50
Journal « Зеркало недели. Украина, ZN UA »

Dans tous les pays, les trains roulent pour se déplacer, et chez nous ils roulent en plus pour les voleurs. Michael Saltykov-Shchedrin
L’année dernière nous avons publié dans notre hebdomadaire un entretien avec un célèbre scientifique spécialiste de la médecine nucléaire et personnalité extraordinaire, Yury Bandajevski. Cf. ZN.UA, № 44, 2011 « Un goulag nucléaire au centre de l’Europe ou l’Odyssée à Tchernobyl du Pr Bandajevski ». http://zn.ua/HEALTH/radiatsionnyy_gulag_v_tsentre_evropy,__ili_chernobylskaya_odisseya_professora_bandazhevskogo-92902.html
Nous y avions évoqué en particulier le « Modèle intégré de système de vie dans un territoire radio contaminé » projeté pour être testé dans le district d’Ivankov de la région de Kiev. (Cette zone est frontalière avec la zone d’exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale de Tchernobyl et elle est l’une des plus contaminée par les radionucléides de césium-137 et strontium-90.) Jusqu’à présent, malgré le fait que plus d’un quart de siècle se soit écoulé depuis la catastrophe de Tchernobyl, il n’y a pas eu concrètement de projet similaire. « Si notre projet commun avec l’Union Européenne pour le district d’Ivankov se réalise, ce sera un bon modèle de façon d’agir pour protéger les personnes vivant dans des zones contaminées par des éléments radioactifs. Dans de telles conditions, les stratégies de traitement, de prévention des maladies et de réhabilitation doivent avoir des caractéristiques appropriées. » explique le Pr Bandajevski.
Dans l’article mentionné ci-dessus, nous avions également relaté les événements étonnants liés (maintenant il n’y a aucun doute !) au fait que l’organisation qui a initié le projet, a annoncé son souhait de réaliser un suivi de la mise en œuvre, y compris de l’affectation correcte des fonds. Cela semblait avoir été le point de départ de tentatives concertées pour discréditer le Pr Bandajevski et son organisation. Les événements ultérieurs n’ont fait que confirmer cela.
En juin 2012, les autorités ukrainiennes ont reçu une lettre signée par le Président du syndicat « Tchernobyl Union Ukraine », Y. Andreev et par directeur du Centre de réadaptation des victimes de de Tchernobyl, membre du conseil d’administration du centre « Ecologie et Santé », A. Mostepan. Cette lettre, aussi bien sur le plan de son contenu que sur celui de son style, ne peut être qualifiée autrement que diffamatoire (ou de dénonciation).
Les signataires accusent Bandajevski de vouloir « faire du commerce et même du capital politique sur le malheur public ». Le fait qu’aucune preuve de ces graves allégations n’est apportée n’empêche pas les auteurs de dénigrer sans ménagement. En outre, la lettre contient des contre-vérités. Contrairement à ce qui est avancé « Union Tchernobyl – Ukraine » et le Centre national scientifique de médecine nucléaire n’ont participé en rien à la création du « Centre Ecologie et santé » ainsi que le prouve le document d’enregistrement en Ukraine que nous nous sommes procuré. Le Centre d’analyse et de coordination « Ecologie et santé » est une organisation privée à but non lucratif, présidée par le Pr Y. Bandazhevsky, composée de professionnels compétents, de scientifiques, de médecins, de membres du Parlement européen et de représentants d’organismes publics.
Mais le point principal de cette lettre est certainement sa conclusion (citée ci-après mot pour mot) : « A présent vous devez favoriser et soutenir le développement de ce projet, cependant nous vous demandons de cesser instamment tous contacts et toute coopération avec YI Bandajevski personnellement, puisqu’il n’est plus soutenu par « Union Tchernobyl – Ukraine » ni par les victimes de Tchernobyl en général. Nous avons notifié ceci à nos partenaires de l’Union Européenne, du Parlement européen et de la Commission européenne. »
Dans notre précédent article nous avons décrit comment, lorsque ses projets ont reçu le soutien de parlementaires européens, le Pr Bandajevski a été invité à travailler en Ukraine, et comment il lui a ensuite été soudainement demandé de libérer les locaux qu’il occupait à Pusha Voditsa.
Entre temps, le Parlement européen et la Commission européenne ont soutenu le projet porté par le Pr Bandajevski et salué par les experts dans le district d’Ivankov.
Un certain nombre de faits ont semé l’inquiétude chez les euro-députés, aussi ont-ils officiellement demandé au commissaire européen chargé de la politique de voisinage, Stefan Füle, de soutenir avec vigilance le projet porté par Y. Bandajevski. Leur lettre, datée du 12 juin 2012, a bien sûr, été portée à la connaissance de plusieurs fonctionnaires européens et ukrainiens.
Portons attention à la date de la lettre de Andreev et Mostepan : 21 juin 2012. Elle est arrivée dans la foulée. Ses auteurs croyaient apparemment que, pour la défense de leurs intérêts, tous les moyens sont bons.
Dans les faits l’un des appels d’offres relatif au projet concerne le suivi de la mise en œuvre des programmes y compris l’utilisation des ressources financières.
Le bénéficiaire du projet est l’Agence nationale d’Ukraine pour la gestion de la zone d’exclusion (ci-après – l’Agence).
Le coût total du projet mis en œuvre sur trois ans est de 4,2 millions € dont 2 millions pour un programme de prévention en santé dans le district d’Ivankov.
Le suivi de la mise en œuvre des programmes mobilisera un groupe de soutien scientifique, composé d’experts dans le domaine de la médecine et radioactivité, de la dosimétrie des rayonnements, de l’hygiène alimentaire, de l’épidémiologie. Le marché est ouvert aux les organismes nationaux et étrangers capables soutenir ce projet de haut niveau. Ce groupe se voit attribuer un rôle très important, et bénéficiaire et utilisateurs seront sous son monitoring.
Les intérêts de ceux qui ont commencé la campagne de dénigrement contre Y. Bandajevski se sont dévoilés à la fin du mois d’octobre, lorsque l’organisation dirigée par M. Andreev est apparue sur le site de la Commission européenne en tant que candidate à l’appel d’offres suivi de la mise en œuvre des programmes (candidature en consortium avec des organisations du monde de l’atome français et belge). Il est facile de comprendre les liens d’intérêt lorsque l’on sait que Y. Andreev est à la tête du Conseil public auprès de l’Agence nationale d’Ukraine pour la gestion de la zone d’exclusion et membre du conseil d’administration cette organisation (ordre № 92 du 23.11.2011). Ainsi, il apparaît que le bénéficiaire qui recevra l’argent de la Commission européenne, a l’un de ses hommes comme candidat à la supervision de la mise en œuvre du projet. Autrement dit, il se surveillerait lui-même, ce qui est inacceptable du point de vue des principes. Cela, naturellement, ne peut pas ne pas attirer l’attention les représentants de la Commission européenne et du Parlement européen.

Une telle particularité du projet est intéressante : une partie « services » est financée sans appel d’offres. Selon l’information dont nous disposons, l’Union Européenne, à la demande du bénéficiaire, attribue l’argent directement sur une partie du projet.
En plus des aspects médicaux et préventifs, l’attribution par appel d’offres de plus de deux millions d’euros est prévue pour l’incinération de bois radioactif ainsi que pour une serre pour cultiver des légumes. Et si vous accompagnez / supervisez la mise en œuvre faite par les vôtres, il est facile d’imaginer comment vous pouvez utiliser l’argent européen.
« Mes collègues et moi avons de bonnes raisons de douter que le projet précédent en 2009, intitulé « programme socio-économique pour le district d’Ivankov » de 1,5 millions € a bénéficié du district » – dit Y. Bandajevski.
Le public a soulevé la question de la façon dont ces fonds de l’union Européenne, sélectionnés en 2009, sont utilisés. Aucune réponse précise n’a été obtenue, à Ivankov on n’a même pas entendu parler de ce projet.
[…] Avec l’arrivée en Ukraine du Pr Bandajevski […] l’information des ukrainiens sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl est devenue plus scientifique et objective, et les programmes relatifs à Tchernobyl ont commencé à prendre un visage humain. Y. Bandajevski a décidé d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les zones contaminées. C’est lui qui, avec ses collègues étrangers et associés, a réussi la promotion de ces programmes et c’est lui que maintenant on essaie d’écarter. Vous voyez, le sac d’argent est prêt à tomber du ciel, la présence d’un prisonnier d’opinion est déplacée.
Les « alliés » d’hier voyant aujourd’hui un concurrent en Bandazhevsky affirment qu’il a créé une certaine «International Tchernobyl Organisation». […]
« En ce qui concerne l’accusation de mes supposées activités politiques, je veux déclarer, a dit Y. Bandazhevsky, premièrement, qu’il y a un droit des gens à agir et exprimer leur opinion dans le respect du cadre législatif existant. Et personne n’a droit de leur adresser des reproches pour cela. Deuxièmement, ce qu’ils écrivent est une dénonciation mensongère. Je n’ai créé aucune organisation. Lors de la conférence internationale « L’Élimination des conséquences de l’accident de Tchernobyl et le contrôle public», qui a eu lieu le 16 avril 2011 au Ministère de la santé ukrainien, à laquelle j’avais été invité, il y avait l’International Civic Coordination Chernobyl Counsil (ICC CC). Les objectifs de cette organisation sont d’effectuer un contrôle civique sur l’utilisation des budgets internationaux destinés à sécuriser le site de Tchernobyl et une expertise civique sur les programmes relatifs aux conséquences de Tchernobyl. Les représentants de 20 organisations publiques ukrainiennes qui participaient à cette conférence ont voté et Bandajevski est devenu le président de l’ICC CC. En raison de cela, j’ai adressé en décembre 2011 au Parlement Européen un appel pour le contrôle de l’utilisation des ressources financières attribuées par l’Union Européenne pour le traitement des conséquences de Tchernobyl en Ukraine et en Biélorussie
– Et quel genre de réponse avez-vous reçue?
– Pour autant que je sache, aujourd’hui, les députés se sentent concernés par cette question. Et je pense que ce test aura lieu. Bien sûr, si d’un autre côté l’Ukraine commençait à le faire, ce serait bien. […] Toutefois, j’ai déjà entamé examiner l’utilisation des fonds liés à Tchernobyl en Biélorussie et je l’ai payé d’années de prison. Mais c’est moi et je ne plie pas. En tant que scientifique et médecin, je connais très bien la situation de la santé des gens et peux comprendre ce qu’il faut changer dans ce «système» lorsque mensonges et désinformation gonflent. Je pense que pour ceux qui essaient maintenant de me discréditer aux yeux du public, y compris international, c’est très risqué. Puisque l’information sur le district d’Ivankov district ne peut pas correspondre à celle qu’ils ont servi jusque-là. Et de cela, ils ont peur. »
[…]
ZN.UA
Bandajevski Yury Ivanovich est né le 9 janvier 1957 dans la région Grodno (Biélorussie).
Il est diplômé de l’Institut d’Etat de médecine de Grodno. En 1983, il soutient sa thèse et en 1988 son doctorat d’état. En 1990, il a été chargé de créer l’Institut médical de Gomel, qui a été conçu pour répondre aux défis des zones touchées par la catastrophe de Tchernobyl. Sous la direction du Pr Bandajevski, l’Institut médical de Gomel devient une école scientifique pour l’étude des effets sur le corps des éléments radioactifs.
En Février 1999, Yury Bandajevski a initié la création de la commission de l’Académie des sciences de la République du Bélarus relatif à l’audit de l’Institut de médecine des rayonnements. Dans la même année, il a été soudainement arrêté. Il a été accusé d’avoir pris des pots de vin aux examens d’entrée. En 2001, le Collège militaire de la Cour suprême du Bélarus l’a condamné à huit ans d’emprisonnement en régime sévère, sans avoir le droit de faire appel de la sentence. En Août 2005, il a été libéré.
Selon des organismes des droits de l’homme internationaux, l’affaire Bandazhevsky a été fabriquée par autorités biélorusses, puisque les résultats de ses études scientifiques divergeaient des statistiques officielles sur les conséquences de l’accident de Tchernobyl. Amnesty International adopte Yury Bandajevski comme prisonnier d’opinion. Le Parlement européen lui délivre le passeport Passeport pour la liberté N° 000025.
Depuis 2006 Y. Bandajevski a travaillé en France, en Allemagne, en Lituanie. En 2009 il est venu à Kiev où il a organisé le Centre « Ecologie et Santé » et est activement engagé dans l’activité scientifique.