Cancers de la thyroïde à faible risque: un nouveau standard de traitement aussi efficace et mieux toléré

Le Pr Martin Schlumberger, chef du service de médecine nucléaire à l’Institut de cancérologie Gustave Roussy (IGR) de Villejuif et ses collègues de 24 centres français, ont mené une étude clinique chez 752 patients atteints de cancer de la thyroïde à faible risque, pour définir les meilleures modalités de traitement par l’iode 131 (iode radioactif) après chirurgie complète de la thyroïde parmi 4 stratégies évaluées, dont le traitement standard.
Cette étude (1), publiée dans la revue scientifique New England Journal of Medicine du 3 mai 2012, conclut que les 4 stratégies sont aussi efficaces et l’une d’elles est mieux tolérée, avec une moindre dose d’irradiation pour l’organisme.

Jusqu’à présent, le traitement standard après chirurgie complète était un sevrage prolongé en hormone thyroïdienne qui induisait une hypothyroïdie avec ses effets secondaires incommodants, ou des injections de TSH recombinante humaine pendant le traitement par hormone thyroïdienne, puis l’administration de 100 millicuries d’iode 131.

Dans cette étude prospective et randomisée, les 752 patients ont été traités selon une des 4 modalités suivantes :

– le standard : sevrage en hormone thyroïdienne, puis 100 millicuries d’iode 131 ;

– sevrage en hormone thyroïdienne, puis 30 millicuries d’iode 131 ;

– traitement par hormone thyroïdienne, injections de TSH humaine recombinante puis 100 millicuries d’iode 131 ;

– traitement par hormone thyroïdienne, injections de TSH humaine recombinante puis 30 millicuries d’iode 131.

Cette étude montre que l’efficacité de ces 2 activités d’iode 131 d’une part, et de TSH humaine recombinante ou du sevrage d’autre part, est équivalente chez les patients atteints de cancer de la thyroïde à faible risque, avec des taux de succès (destruction de tout tissu thyroïdien restant après chirurgie) de plus de 90%.

Après l’ablation chirurgicale de la thyroïde, cette nouvelle modalité thérapeutique consiste à administrer l’hormone thyroïdienne (la thyroxine) pour compenser l’absence de thyroïde, puis en une injection intra-musculaire de TSH humaine recombinante deux jours de suite, puis l’administration de 30 millicuries d’iode 131 le lendemain de cette deuxième injection. Son efficacité est équivalente à celle du traitement utilisé jusqu’à présent, mais elle évite l’hypothyroïdie et est associée à une diminution importante de l’irradiation de l’organisme par l’iode 131.

Cette étude a bénéficié d’une Subvention pour les Technologies Innovantes et Coûteuses de l’Institut National du Cancer (STIC-2005).

La prochaine étude sera conduite dans le cadre d’un Programme Hospitalier de Recherche Clinique (PHRC) avec les mêmes Centres en utilisant ce nouveau standard et déterminera les indications du traitement par l’iode 131 chez les patients à faible risque.

(1) Strategies of Radioiodine Ablation in Patients with Low-Risk Thyroid Cancer – N Engl J Med 366;18 May 3, 2012.

Martin Schlumberger, M.D., Bogdan Catargi, M.D., Ph.D., Isabelle Borget, Pharm.D., Ph.D., Desiree Deandreis, M.D., Slimane Zerdoud, M.D., Boumediene Bridji, M.D., Ph.D., Stephane Bardet, M.D., Laurence Leenhardt, M.D., Ph.D., Delphine Bastie, M.D., Claire Schvartz, M.D., Pierre Vera, M.D., Ph.D., Olivier Morel, M.D., Danielle Benisvy, M.D., Claire Bournaud, M.D., Francoise Bonichon, M.D., Catherine Dejax, M.D., Marie-Elisabeth Toubert, M.D., Sophie Leboulleux, M.D., Marcel Ricard, M.S., Ph.D., and Ellen Benhamou, M.D., for the Tumeurs de la Thyroide Refractaires Network for the Essai Stimulation Ablation Equivalence Trial.