Tchernobyl 21 ans déjà

Par Richard Gray, SUNDAY TELEGRAPH
Dernière Mise à jour : 24/04/2007 de 6:47am

Les pilotes militaires russes ont décrit comment ils ont créés des nuages de pluie pour protéger Moscou des retombées radioactives après le désastre nucléaire de Chernobyl en 1986.

Le Major Aleksei Grushin a pris l’air à plusieurs reprises au-dessus de Chernobyl et du Belarus et a employé des obus d’artillerie remplis d’iodure d’argent pour faire les nuages de pluie qui « effaceraient » les particules radioactives dérivant vers les villes très peuplées.

Plus de 4.000 milles carrés de Belarus ont été sacrifiés pour sauver la capitale russe du matériel radioactif toxique.

« La direction du vent se déplaçait de l’ouest à l’est et les nuages radioactifs menaçaient d’atteindre les régions fortement peuplées de Moscou, Voronezh, Nizhny Novgorod, Yaroslavl  » dit-il dans l’émission la Science des super orages, un documentaire diffusé aujourd’hui sur la chaîne BBC2.

« Si la pluie était tombée sur ces villes, cela aurait été une catastrophe pour des millions de gens. Le secteur, là où avec mon équipage on influençait activement les nuages étaient proche de Chernobyl, non seulement dans la zone des 30km, mais aussi à une distance de 50, 70, 100 kilomètres. »

À la suite de la fusion catastrophique du réacteur nucléaire de Chernobyl, la population du Belarus a signalé des pluies importantes de couleur noire autour de la ville de Gomel. Peu avant avaient été vus des avions dans le ciel éjectant une matière colorée derrière eux.

Moscou a toujours nié que la création de nuages a eu lieu après l’accident, mais l’année dernière, pour le 20ème anniversaire du désastre, le Major Grushin était parmi ceux honorés pour leur courage.

Il prétend avoir reçu la récompense pour des missions de vol de création de nuages pendant le nettoyage de Chernobyl.

Un deuxième pilote soviétique, qui a demandé à ne pas être nommé, a également confirmé la réalisation de programmes de création de buages qui ont eu lieu dès deux jours après l’explosion.

Alan Flowers, un scientifique britannique qui était l’un des premiers scientifiques occidentaux permis dans le secteur pour examiner l’ampleur des retombées radioactives autour de Chernobyl, dit que la population du Belarus a été exposé à des doses de rayonnement 20 à 30 fois plus élevées que la normale en raison des précipitations, causant l’empoisonnement intense par rayonnement chez les enfants.

M. Flowers a été expulsé de Belarus en 2004 après avoir affirmé que la Russie avait créé les nuages. Il a dit : « la population locale affirme qu’il n’y avait aucun avertissement avant ces fortes pluies et les retombées radioactives sont arrivées. »

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à ceci nous rajoutons l’article du Docteur Jacques GUILLET
Ancien Assistant des Universités – Biophysique
Ancien Assistant des Hôpitaux-Médecine Nucléaire
CES de Pédiatrie, CES de Médecine Nucléaire
Application à la Biologie des Radio-Eléments artificiels
Membre de la Société Française de Biophysique et
Médecine Nucléaire
European Association of Nuclear Medecine
Et conseiller scientifique national de l’association

UN FACTEUR A NE PAS NEGLIGER:IODE ET TELLURE 132

INTRODUCTION

AVRIL 1986. Un grand bruit : le réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl explose du fait d’expériences hasardeuses. Comme si, pour des raisons d’économie, on avait oublié la population, il n’y a pas d’enceinte en béton pour retenir la radioactivité. Le cœur nucléaire est donc sur la pelouse et il crache des radioéléments artificiels à très forte concentration autour du site. Parmi eux et pour une bonne part, des radio-isotopes de l’iode, certes de l’iode 131, mais plus encore d’autres à vie très courte.

MAI 1990. Le deuxième titre de couverture de l’hebdomadaire Paris Match s’imprime sur fond de photographie de Johnny Hallyday à moto « les enfants maudits ». En six pages illustrées de photographies difficilement soutenables montrant des enfants mal formés ou leucémiques, et un médecin désespéré faute de moyens, c’est tout juste si les mots cancer thyroïdien sont cités. Dans les jours qui suivent, des généticiens de renom réfutent le lien de cause à effet pour les malformations photographiées (selon eux, leur âge rend l’imputation très improbable).

AOUT 1992. Un article du Journal of American Medical Association relève que les données de la palpation et de l’échographie thyroïdienne des populations autour de Tchernobyl sont similaires à celles des personnes non exposées, en particulier pour les enfants de cinq et dix ans. Ces résultats sont conformes à ceux qu’attendent alors les scientifiques qui pensent qu’il faudra plusieurs années encore avant de repérer quelque chose d’anormal. Toutefois, les effectifs par classe d’âge sont limités alors que les maladies thyroïdiennes sont moins fréquentes chez l’enfant que chez l’adulte.

SEPTEMBRE 1992. Parmi les articles publiés dans la revue Nature, l’un fait sensation : l’incidence des cancers thyroïdiens augmente chez l’enfant. Echanges et vives controverses entre scientifiques. Le Journal of Nuclear Medicine, en novembre, titre sur un « rapport des scientifiques, la découverte surprenante de cancers thyroïdiens dans les suites de Tchernobyl ». L’effet d’un meilleur dépistage est évoqué mais n’explique pas tout. Keith
Baverstock, de l’Organisation mondiale de la santé, l’un des principaux auteurs, souligne que l’incidence du cancer de la thyroïde chez les enfants de moins de quinze ans, est normalement de l’ordre de un million par an. En Biélorussie, elle est de quatre-vingt par million au moment de l’étude.

EXPLICATIONS ?

Comment expliquer ce phénomène ? Les médias ont essentiellement centré leur information sur l’iode 131 et le césium 134 et 137. Pour le premier, les publications médicales sont rassurantes. Une étude suédoise de 1992 concernant 35 000 patients ayant reçu de l’iode 131 pour diagnostic ou traitement thyroïdien ne met pas en évidence d’augmentation de l’incidence des cancers thyroïdiens. Toutefois, l’effectif d’enfants est relativement réduit. Pour les enfants exposés aux retombées des tests nucléaires atmosphériques du Nevada, aux Etats-Unis, c’est seulement depuis trente ans qu’il semble se dessiner une augmentation : huit cas.

Quel peut être le rôle éventuel de la contamination interne par le césium ? Certes, il est connu depuis des années que le césium se concentre davantage dans certaines cellules actives de l’organisme, dont la thyroïde et, notamment chez l’enfant. Mais il n’y a, alors, pas d’article prouvant un lien de cause à effet entre la présence du seul césium et la survenue d’affections thyroïdiennes.

Il faut donc tenter de trouver d’autres explications. Des pistes existent dans la littérature médicale. Les retombées radioactives de l’explosion nucléaire de Bikini en 1954 ont induit des cancers thyroïdiens relativement tôt : huit ans après. Or, entre autres, deux isotopes à vie courte, l’iode 132 et l’iode 133 étaient associés à l’iode 131 et au césium 134 et 137.
La référence à Hiroshima et Nagasaki n’est pas pertinente car il s’agit avant tout d’une irradiation « en flash ». Néanmoins, les premiers cancers thyroïdiens sont survenus cinq ans après les fortes doses de rayonnements délivrés dans un temps très bref. Depuis les années 1960, il est également connu que, lorsque la thyroïde est incluse dans le champ d’irradiation d’une radiothérapie par rayons X ou par bombe au cobalt, elle peut développer, certes rarement, des cancers dès trois à quatre ans après l’exposition. Un article de Radiations research, qui fait la synthèse des publications antérieures en 1992, le confirme.

Une réflexion doit donc être menée sur la composition de l’invisible contamination dans laquelle vivaient les habitants dans les premiers jours de la catastrophe. Ce qui relie les iodes 132 et 133 aux irradiations externes précitées, c’est la durée relativement brève de l’irradiation qui favorise l’apparition plus précoce de cancers thyroïdiens.
RADIO-ELEMENTS CONCENTRES PAR LA THYROIDE

Quels sont les radioéléments susceptibles d’être concentrés par la thyroïde ? Entre autres, il s’agit surtout des radio-isotopes de l’iode et, dans une bien moindre mesure, du césium. En effet, l’iode est capté de façon très active par la thyroïde. Parmi les radio-isotopes de l’iode, quels sont ceux qui sont capables de délivrer une irradiation notable dans un temps beaucoup plus court que ce qui est observé avec l’iode 131 ? L’analyse montre qu’il existe plusieurs candidats, dont l’iode 132 dont la période est de 2.3 heures, l’iode 134 = 53 minutes, l’iode 135 = 5.7 heures et l’iode 133 = 20.8 heures. Les médias français et étrangers n’en ont guère parlé à l’époque car leur disparition est très rapide : en moins d’une journée, c’est à dire au bout de dix périodes, il ne reste plus qu’un millième de la radioactivité initiale de l’iode 132. Il faut donc faire les mesures très rapidement avant qu’il ne disparaisse.

A côté des iodes, il y a bien le tellure. Mais il n’intervient pas activement dans les métabolismes de l’organisme. Il disparaît finalement assez vite et n’accroche pas l’intérêt des journalistes. Compte tenu de sa période, au bout d’un mois, il en reste à peine plus d’un millième, alors qu’il faut attendre 80 jours pour l’iode 131. Mais c’est oublier le phénomène de filiation radioactive. En fait, l’iode 132 naît d’un autre radio-isotope, le tellure 132 dont la période est de 3.26 jours. Autrement dit, le tellure 132 produit de l’iode 132 en se désintégrant. L’iode, qu’il soit radioactif ou non se comporte comme un gaz. Il peut donc pénétrer dans l’organisme par les poumons ou lors de la digestion d’aliments sur lequel il s’est posé. Le tellure qui pénètre dans l’organisme par les mêmes voies constitue un générateur d’iode 132 au sein même de celui-ci.

ACTION DES IODES RADIOACTIFS DANS LA THYROIDE

La thyroïde contient une multitude de sacs microscopiques, les vésicules, qui renferment une substance dite « colloïde ». Leur paroi est formée par une couche de cellules thyroïdiennes. Elles fabriquent deux hormones, la thyroxine et la triodothyronine qui contiennent respectivement quatre et trois atomes d’iode par molécule. De là l’abréviation de T4 et de T3 qu’on peut lire sur les ordonnances des médecins et les résultats de laboratoire. Les cellules thyroïdiennes concentrent dont l’iode puis l’incorporent dans des protéines pour aboutir à la production d’hormones. Une partie de ces protéines iodées et de ces hormones est stockée dans les vésicules. Lorsque l’iode est radioactif, il est émet un rayonnement tout le long de la chaîne de fabrication située dans les cellules, puis dans la vésicule où il est stocké dans la colloïde, plus ou moins à distance de la machinerie cellulaire.
La durée de la fabrication des protéines iodées est brève, alors que la durée de séjour de l’iode dans la colloïde est plus longue. L’analyse par microscopie ionique montre que, 24 heures après son administration chez le rat, l’iode a traversé les cellules mais forme, à proximité immédiate, une couronne autour de la colloïde. En une semaine, l’iode se répartit dans la colloïde de façon homogène.

En clair, l’iode 132 délivre la quasi-totalité de son rayonnement en 24 heures (10 périodes) alors qu’il entre dans la cellule thyroïdienne ou qu’il est à son contact immédiat. Le Professeur Paulin qui, dès 1987, avait suggéré de ne pas négliger les radio-isotopes de l’iode à vie courte, calcule que, dans ces conditions, le débit de dose est 84 fois plus élevés que celui de l’iode 131.

Au contraire, l’iode 131 étale l’émission des ses rayonnements sur 80 jours. Il délivre donc l’essentiel de son rayonnement alors qu’il est dans la colloïde, donc plus à distance des cellules qui sont alors moins irradiées. La distribution des sites d’émissions radioactives des iodes 132 et 131 n’étant pas identique, il est logique d’en attendre une différence pour les effets au niveau cellulaire thyroïdien.

EFFET DES RAYONNEMENTS DANS LA CELLULE THYROIDIENNE

Une communication préliminaire de février 2002 du groupe de recherche en radio toxicologie relève qu’à radioactivité égale, les effets de l’iode 132 sur les cellules thyroïdiennes sont plus importants qu’avec l’iode 131. Les rayonnements émis facilitent des réactions chimiques qui modifient l’ADN, acide desoxyribonucléique, molécule qui est à la fois la mémoire vivante et le système de commandement intégré de tout ce qui fait la vie cellulaire. Il se transmet aux cellules filles : environ cinq cent millions de kilomètres d’ADN sont ainsi reproduits par jour pour le renouvellement de cinq cent milliards de cellules. La molécule d’ADN ressemble à une échelle torsadée (double hélice). Les rayonnements peuvent produire une cassure au même niveau des deux montants de l’échelle. Ces cassures dites « double brin » posent des problèmes de réparation à l’intérieur des cellules. Or, elles sont observées treize fois plus souvent avec l’iode 132. Bien entendu, ces résultats, pour être scientifiquement validés, incitent à d’autres expériences.

Qu’elles soient liées à des produits chimiques ou à des rayonnements, la multiplication des lésions de l’ADN, incorrectement réparées, est connue pour faciliter la survenue de cancer. Ainsi, la boucle serait bouclée de l’initiation du lien de cause à effet entre l’iode 132 et la survenue précoce de cancer thyroïdien. Mais pourquoi les enfants sont-ils les premiers à en souffrir ?

POURQUOI L’ENFANT ?

Deux raisons. La première est que les cellules jeunes, en multiplication, sont, d’une façon générale,

Deux raisons. La première est que les cellules jeunes, en multiplication, sont, d’une façon générale, plus sensibles aux rayonnements. Ce phénomène est connu depuis un siècle. La seconde est que, du fait de la croissance, les besoins d’hormones sont proportionnellement plus importants que chez l’adulte. L’activité cellulaire de captage des iodures est donc plus marquée. Ainsi, les goitres se développent plus rapidement au cours de l’adolescence.

Une cause favorisante : la Biélorussie, faute d’argent, avait dû interrompre en 1981 son programme de lutte contre la carence en iode. La thyroïde des enfants était donc « avide d’iode ». Et comme le comportement biologique de l’iode radioactif est le même que celui de l’iode naturel, la glande captant en quantité plus importante, a majoré son irradiation.
Bien entendu, il ne s’agit pas d’incriminer exclusivement l’iode 132. Chaque radio-isotope contaminant la thyroïde apporte sa propre contribution de rayonnements et d’effets biologiques, qu’il s’agisse des iodes radioactifs ou d’autres. S’ajoute en outre l’irradiation externe.

RADIO-ELEMENTS CONCENTRES PAR LA THYROIDE

Quels sont les radioéléments susceptibles d’être concentrés par la thyroïde ? Entre autres, il s’agit surtout des radio-isotopes de l’iode et, dans une bien moindre mesure, du césium. En effet, l’iode est capté de façon très active par la thyroïde. Parmi les radio-isotopes de l’iode, quels sont ceux qui sont capables de délivrer une irradiation notable dans un temps beaucoup plus court que ce qui est observé avec l’iode 131 ? L’analyse montre qu’il existe plusieurs candidats, dont l’iode 132 dont la période est de 2.3 heures, l’iode 134 = 53 minutes, l’iode 135 = 5.7 heures et l’iode 133 = 20.8 heures. Les médias français et étrangers n’en ont guère parlé à l’époque car leur disparition est très rapide : en moins d’une journée,

plus sensibles aux rayonnements. Ce phénomène est connu depuis un siècle. La seconde est que, du fait de la croissance, les besoins d’hormones sont proportionnellement plus importants que chez l’adulte. L’activité cellulaire de captage des iodures est donc plus marquée. Ainsi, les goitres se développent plus rapidement au cours de l’adolescence.

Une cause favorisante : la Biélorussie, faute d’argent, avait dû interrompre en 1981 son programme de lutte contre la carence en iode. La thyroïde des enfants était donc « avide d’iode ». Et comme le comportement biologique de l’iode radioactif est le même que celui de l’iode naturel, la glande captant en quantité plus importante, a majoré son irradiation.
Bien entendu, il ne s’agit pas d’incriminer exclusivement l’iode 132. Chaque radio-isotope contaminant la thyroïde apporte sa propre contribution de rayonnements et d’effets biologiques, qu’il s’agisse des iodes radioactifs ou d’autres. S’ajoute en outre l’irradiation externe.

CONCLUSION
En France, l’essentiel de la discussion tourne autour de la présence de césium 134 et 137. Après bien des controverses, les positions des services de l’Etat se rapprochent de celles du milieu associatif dans l’établissement d’une cartographie du césium. Les extrapolations en sont le caractère dominant et leur modélisation par informatique a ses limites, source elle-même de controverses. De ces extrapolations, on pense pouvoir à nouveau extrapoler une cartographie de l’iode 131 car, bien que cet isotope radioactif ait une période de huit jours (au bout de huit jours, il n’en reste que la moitié, de seize jours, le quart…), on manque de données initiales. En France, les données chiffrées des mesures chez l’homme (antropogammamétrie) auxquelles nous avons pu avoir accès, sont rares, tardives et ne concernent pas les enfants. Même les mesures sur les thyroïdes d’animal entre le 29 avril et le 26 mai sont trop clairsemées ou effectuées de manière différée, ce qui fait perdre en sensibilité. Dans cette période, sur tout le territoire national, il y a eu un à quatre prélèvements par jour, mais aucun pendant douze jours…
On en oublierait presque deux passagers clandestins de l’invisible nuage de Tchernobyl : le tellure 132 et son fils, l’iode 132. Leur dilution dans l’air et le délai du « voyage » depuis l’Ukraine, en ont évidemment réduit la concentration en France. Le tellure 132 a été néanmoins mesurable dans l’atmosphère. L’idéal serait évidemment de disposer de résultats de mesures chez l’homme, ce qui n’est pas le cas. Une reconstitution du passé n’est guère envisageable à partir du présent. Penser pouvoir déduire la quantité de tellure et d’iode 132 dont la période est de quelques heures, des dépôts de césium mesurés quinze ans plus tard, n’aurait pas plus de fiabilité que de déduire la quantité de neige tombée au début de l’hiver de celle mesurée au printemps…