Communiqué de la CRII RAD

autant aller au-delà de ce que permettent les données
disponibles. Ceci explique que ce texte a été très difficile à rédiger.
C’est que les données utilisables restent rares. C’est d’autant plus choquant que des résultats d’analyse
existent mais qu’ils ne sont pas publiés. Nous reviendrons dans un prochain communiqué sur les nombreux
dysfonctionnements qui ont provoqué depuis 10 jours notre indignation et notre colère.
INFORMATION TARDIVE
La CRIIRAD tient tout d’abord à présenter ses excuses pour n’avoir pas répondu plus tôt aux très
nombreuses demandes d’information qu’elle reçoit depuis plusieurs jours. Ses excuses s’adressent tout
spécialement :
· à ses adhérents qui habitent très majoritairement la France et à qui la CRIIRAD aurait dû prioritairement
envoyer des informations. C’est en effet grâce à leur soutien que la CRIIRAD s’est créée et qu’elle continue
d’exister aujourd’hui.
· à la Région Rhône-Alpes, aux départements de la Drôme, de l’Isère, aux municipalités d’Avignon, de
Romans-sur-Isère, de Valence (et environs), de Montélimar (et environs), à la communauté de
communes du Pays-Roussillonnais. C’est grâce à leur soutien financier qu’existe dans la vallée du Rhône
un réseau de balises de surveillance de la radioactivité de l’air indépendant de l’Etat, des exploitants et
des services officiels. Ce réseau s’est constitué malgré l’opposition farouche de l’Etat français. La situation
n’a pas forcément changé. C’est en tout cas ce que suggère l’échec inattendu du projet d’implantation
d’une 6ème balise en Haute-Savoie. La municipalité d’Annecy et le SILA (syndicat mixte du lac d’Annecy)
avaient donné leur accord, mais le projet a ensuite été abandonné… après une réunion avec la Préfecture
et l’IRSN.
LE CHOIX DE LA CRIIRAD
Etant donné les niveaux de risque auxquels sont exposées les populations japonaises, nous avons décidé
de concentrer nos efforts sur la situation au Japon, sachant évidemment que les panaches radioactifs
n’arriveraient sur la France que postérieurement et que les concentrations en produits radioactifs auraient
considérablement décru. En parallèle, des recherches ont immédiatement été lancées sur les réseaux de
mesures implantés aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique afin de disposer d’une évaluation
intermédiaire des niveaux de contamination des panaches avant leur arrivée sur l’Europe.
Ce jour 21 mars, la situation au Japon reste la priorité de la CRIIRAD : les rejets radioactifs continuent, ils
peuvent s’aggraver à tout instant ; les conditions météorologiques sont en outre défavorables et pourraient
le rester jusqu’à mercredi minuit au minimum (heure de Tokyo) ; les mesures de protection qui ont été prises
sont insuffisantes ; les niveaux de contamination dans les produits à risque sont très élevés et bien au-delà
des zones proches de la centrale (nous avons travaillé tout le week-end pour contrer les informations
erronées diffusées à ce sujet).
Le présent document vient en complément. Il s’efforce de faire le point sur les niveaux de contamination
attendus en France. Dès lors que le travail d’analyse de notre laboratoire pourra commencer, l’information
sera plus facile à élaborer.
PROGRESSION DES MASSES D’AIR CONTAMINE EN DIRECTION DE L’EUROPE
Mécanismes de diminution de la radioactivité de l’air
La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi rejette dans l’atmosphère, depuis 10 jours, tout un cocktail de
produits radioactifs. Schématiquement, 3 mécanismes concourent à abaisser les niveaux de contamination et
par conséquent les niveaux de risque :
1/ les émissions radioactives sont progressivement diluées dans des volumes d’air de plus en plus importants.
Ceci conduit évidemment à une baisse de la concentration de l’air en produits radioactifs (ou plus
exactement à une baisse de l’activité de l’air qui s’exprime en Bq/m 3). L’air que les populations sont
susceptibles de respirer est ainsi de moins en moins radioactif.
Note : c’est ce que Roger Belbéoch appelle la démocratisation du risque : les niveaux d’exposition sont plus
faibles mais un bien plus grand nombre de personnes est touché.
2/ les produits radioactifs présents dans l’air se déposent progressivement au sol, ce qui conduit à appauvrir
progressivement le panache et à abaisser d’autant sa dangerosité. Deux mécanismes convergent : les dépôts
secs, qui se produisent en permanence, quelles que soient les conditions météorologiques, et les dépôts
humides, plus intenses, qui sont provoqués par la pluie ou la neige. En tombant, elles lessivent en effet les
masses d’air contaminé, précipitant au sol (ou sur les océans) les particules radioactives en suspension
(aérosols) et les gaz solubles (c’est le cas des iodes radioactifs). Il faut espérer à ce propos que les panaches
radioactifs restent le plus longtemps possible sur le Pacifique et l’Atlantique où l’impact des retombées est
moindre d’un point de vue sanitaire.
3/ l’activité des produits radioactifs diminue dans le temps : pour certains, comme le césium 137 ou le
krypton 85, très lentement ; pour d’autres, assez rapidement. Le rythme de décroissance est déterminé par
la période radioactive de chaque radionucléide. Celle de l’iode 131 est de 8 jours. Cela signifie qu’en 1
période, soit 8 jours, l’activité initiale est divisée par 2 ; en 2 périodes, soit 16 jours, par 4 ; en 3 périodes, par
8, etc.
NB : la période radioactive ne suffit pas à déterminer le temps pendant lequel un produit radioactif
reste dangereux. Il faut également tenir compte de l’activité initiale. Si l’activité initiale de l’iode est de
80 Bq, un mois plus tard, soit après 4 périodes, elle sera divisée par 16. Il ne restera « que » 5 Bq ; mais
si l’activité initiale est de 8 000 Bq, un mois plus tard, il reste encore 500 Bq.
L’impact des 3 mécanismes ci-dessus – dilution, dépôts, désintégration – augmente évidemment avec le
temps et la distance.
Le passage des panaches radioactifs sur l’Amérique du Nord
En passant par l’océan pacifique, la France est située à près de 15 000 km des côtes japonaises. En utilisant le
logiciel HYSPLIT du NOAA américain (http://ready.arl.noaa.gov/HYSPLIT.php), La CRIIRAD a effectué une
modélisation des trajectoires des rejets émis à Fukushima. Il s’agit du parcours des produits radioactifs
rejetés le 12 mars à 12h TU (soit 21h Japon). Trois trajectoires sont considérées en fonction de l’altitude des
radionucléides : 50 mètres, 500 mètres et 1 000 mètres (respectivement en vert, bleu et rouge sur le
graphique en pièce jointe). La simulation est basée sur les données météorologiques du 12 mars 12h TU au
21 mars 06h00 TU archivées par le NOAA.
Selon cette modélisation, les premiers rejets radioactifs de la centrale de Fukushima Daiichi devaient
atteindre la côte ouest des Etats-Unis et du Canada le samedi 18 mars. (voir pdf « trajectoires » ci-joint).
Nous avons alors recherché des sites Internet susceptibles de donner des résultats d’analyse ce qui nous
aurait permis d’établir un bilan intermédiaire des niveaux de contamination et de risque. En suivant
l’évolution des concentrations tout au long de la traversée des Etats-Unis, nous espérions pouvoir anticiper
plus précisément l’impact sur la France.
Nous avons effectivement trouvé des résultats, notamment auprès de l’Environmental Protection Agency
(voir lien page suivante). Malheureusement, ces résultats ne portent pas sur l’activité volumique mais sur les
taux d’émission bêta et gamma des dépôts collectés sur des filtres à air. L’évolution dans le temps de ces
paramètres montre une augmentation qui est, selon toutes probabilités, liée au passage de masses d’air
contaminé, vu sa cohérence avec les dates qui figurent sur les modélisations de trajectoires.
Les estimations publiées par l’IRSN
L’IRSN a annoncé qu’en France, l’activité de l’air en césium 137 serait de l’ordre de 1 mBq/m3.
Pour quantifier les rejets, l’IRSN indique qu’il « n’a pas de données de mesure directe sur la composition et
l’ampleur des rejets radioactifs, mais dispose d’informations techniques sur les installations accidentées. »,
précisant : « l’interprétation de ces informations a permis à l’IRSN d’élaborer des scénarios probables de
dégradation des 3 réacteurs depuis le 12 mars, en s’assurant de leur cohérence avec les mesures de débit de
dose obtenues sur le site. L’IRSN a également retenu l’hypothèse que ces rejets se poursuivent jusqu’au 20
mars. »
A partir des rejets estimés par l’IRSN, Météo France a simulé la dispersion des rejets radioactifs à très grande
distance, projetée jusqu’au 26 mars.
Pour visualiser la modélisation : http://www.irsn.fr/FR/popup/Pages/irsn-meteo-france_19mars.aspx
Selon cette simulation, le panache radioactif devrait atteindre la France à partir du 23 ou du 24 mars. L’IRSN
précise que « Les concentrations attendues à terme, d’après cette modélisation, pourraient être de l’ordre de
0,001 Bq/m3 en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer de l’hémisphère nord. Comme
attendu, l’hémisphère sud n’est pas significativement affecté par cette dispersion à grande échelle. »
Pour accéder aux commentaires :
http://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20110319_simulation_dispersion_panache_radioactif.aspx
Site d’accès aux données :
http://www.epa.gov/japan2011/rert/ra
dnet-data.html
Les données analysées par la CRIIRAD
concernent les stations de mesure
suivantes :
Etat de l’Alaska :
o Anchorage
o Juneau
Etat de Washington :
o Seattle
Etat de Californie :
o San Francisco
o Anaheim
ESTIMATION DES NIVEAUX DE RISQUE
Sur la base des éléments qu’elle a pu collecter, la CRIIRAD considère que :
· le risque d’irradiation 1 par les masses d’air contaminé sera négligeable (les personnes qui disposent
d’un radiamètre ne devraient pas mesurer d’augmentation du bruit de fond ambiant mais nous invitons
les personnes qui sont équipées à le vérifier : une mesure vaut mieux qu’une prévision) ;
· le risque associé à l’inhalation des aérosols et halogènes radioactifs présents dans l’air devrait être très
faible (voir note)2 . Les calculs de dose précisés ci-dessous indiquent que la mise en oeuvre de contremesures,
notamment la prise de comprimés d’iode stable3, n’est pas justifiée.
Nous avons essayé d’estimer les niveaux de dose résultant de l’inhalation des radionucléides dont la
présence est documentée : césium 137, césium 134, iode 131, iode 132, iode 133 et tellure 132. Le
premier calcul a été conduit pour une activité de 1 mBq/m3 pour le césium 137 (estimation donnée par
l’IRSN) et de 125 mBq/m3 pour l’iode 131 (sur la base du rapport isotopique mesuré par TEPCO devant la
centrale de Fukushima Daiichi le 19 mars 2011 à 12h – heure locale). Le calcul a été effectué en supposant
que les panaches radioactifs restent présents sur la France pendant 1 semaine et sans que leur
activité diminue.
Conclusion : une personne (adulte ou enfant) qui respirerait l’air contaminé 7 jours durant, recevrait une
dose de rayonnement inférieure à 1 μSv, soit un niveau de dose négligeable ;
En prenant une marge de sécurité par rapport à l’évaluation de l’IRSN (soit 10 mBq/m3 en césium 137 au
lieu de 1 mBq/m3), les doses s’élèvent à 2 μSv pour l’adulte et à 8 μSv pour l’enfant.
· le risque d’irradiation des personnes par les produits radioactifs déposés sur les sols sera totalement
négligeable, n’induisant aucune augmentation mesurable du bruit de fond ambiant (là encore ceci
pourra être facilement vérifié par des mesures radiamétriques) ;
· le risque lié à l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par les retombées radioactives devrait rester
limité. Le laboratoire de la CRIIRAD évaluera le plus rapidement possible les quantités de radioactivité
déposées au sol (dépôts sec et dépôts liés aux précipitations) afin de vérifier les ordres de grandeurs
attendus dans les aliments et de donner, si nécessaire, des conseils adaptés.
En conclusion, le passage des masses d’air contaminé sur la France ne doit donc pas générer d’inquiétude.
Cependant, compte tenu du manque crucial de données, la CRIIRAD est contrainte de laisser certaines
affirmations au conditionnel. Ceci devrait pouvoir être corrigé très rapidement.
Son laboratoire a procédé, dès aujourd’hui, sur plusieurs de ses balises à des prélèvements de filtres à
poussières et de filtres à charbon actif afin de vérifier que l’air que l’air que nous respirons n’est pas encore
contaminé. Les premiers résultats, qui concernent la balise implantée à Romans-sur-Isère, dans la Drôme,
confirment l’absence de contamination mesurable : pas de césium 137 dans le filtre aérosols, ni d’iode 131
dans la cartouche à charbon actif.
Ces contrôles seront intensifiés dans les jours à venir de façon à confirmer aussi rapidement que possible
(et le cas échéant à corriger) les informations rassurantes données ci-dessus.
1 Il s’agit de l’exposition des personnes aux rayonnements émis par les produits radioactifs présents dans les panaches
et qui se désintègrent. Un peu comme on peut être exposé aux rayonnements ultra-violets émis par le soleil. Il n’y a pas
d’incorporation de produits radioactifs ;
2 Sous réserve cependant que les radionucléides significatifs sur le plan dosimétrique, mais qui n’ont pas fait l’objet de
mesures, restent dans les rapports attendus. Il s’agit notamment des isotopes du strontium et du plutonium.
3 En revanche, le contexte actuel peut amener chacun à réfléchir à l’équilibre de son régime alimentaire et à vérifier s’il
n’est pas carencé en iode (la thyroïde a besoin d’iode stable pour fabriquer les hormones nécessaires au bon
fonctionnement de l’organisme). Rappelons également que lorsque la thyroïde est carencée en iode, elle fixe d’autant
plus l’iode radioactif.
Si les conditions météorologiques le permettent, seront également effectuées des analyses d’eau de pluie qui
renseigneront sur l’ordre de grandeur des dépôts au sol. Dans tous les cas, il sera procédé à des mesures des
dépôts secs afin de vérifier le niveau de risque pour la chaîne alimentaire.
Rappelons que la contamination des aliments type lait, fromage, viande ne s’effectue qu’avec un certain
délai : la CRIIRAD disposera d’ici là de données chiffrées et tous les résultats seront rendus publics
(envoyés à ses adhérents et partenaires et mis en ligne sur son site Internet).