L’ ORTHOPHONIE (Sandrine PUTOT – Orthophoniste)

L’ ORTHOPHONIE Orthophoniste depuis 13 ans toujours été très intéressée par les problèmes de voix. J ‘ai d’ ailleurs intitulé mon mémoire de fin d’ études d’orthophonie  ‘le corps et la voix’ et je suis depuis de nombreuses années choriste . C’est pour cette raison que j’ai accepté de faire ce petit compte rendu adressé aux adhérents de L’AFMT et pour soutenir le travail fourni par votre co- présidente Mme GARNIER, qui m’a demandé ce petit feuillet . Elle-même faisant partie de mes patients, j’espère qu’elle vous fera un jour part de son vécu dans son suivi de rééducation vocale . Pour l’instant, c’est le thérapeute qui s’exprime . Je voudrais vous dire, grâce au recul pris depuis ces années de pratique, combien j’aimerai que nombre d’entre vous viennent pousser les portes de nos cabinets et sans attendre des années ?En effet , quel que soit le problème rencontré, du léger souci, en passant par les troubles vocaux, la dysphonie jusqu’à , l’aphonie, la prise en charge orthophonique sera nécessaire, et le patient devrait retrouver de l’aisance vocale . Il ne faut pas oublier que la voix est le support de la communication orale, et qu’il est primordial pour les humains avides de paroles que nous sommes que nous gardions notre voix aussi bonne et efficace que possible . La voix permet l’expression de ce que l’on souhaite, de ce que l’on pense ou de ce que l’on ressent. On sait que d’une manière générale l’expression de l’émotion est largement vocale ( peur, colère, stress, surprise) quel que soit le contenu sémantique. C’est donc une raison importante pour vous de travailler cette voix défaillante, et de vous occuper de cette zone de la sphère ORL qui aura été fragilisée, malmenée voir endommagée. Que vous ayez subi une thyroïdectomie totale, une chirurgie( kyste ou nodules ) que vous présentiez un cancer, ou que vous preniez un traitement, tous entraînent une fragilisation, un handicap à divers degrés de votre appareil de communication. Il faut toujours garder en tête que la voix est une véritable fenêtre sur la santé et la forme physique ou psychique du locuteur . La dysphonie est une altération de la voix qui résulte d’une lésion organique et /ou d’un disfonctionnement de production. La dysphonie est à l’origine d’une voix inefficace , ‘qui ne  porte plus’ et qui peut constituer un véritable handicap chez les patients ayant une utilisation professionnelle de leur voix . Enfin la dysphonie s’accompagne d’un geste vocal hypertonique (le forçage vocal) qui est responsable de tensions musculaires accompagnées de douleurs posturales ou laryngée . La dysphonie peut- être le résultat d’un disfonctionnement organique (lésion des cordes vocales, atteinte du nerf récurrent ou comportemental (forçage vocal). En réalité, il existe un cercle vicieux du forçage vocal qui indique que la rééducation doit prévaloir sur tout autre choix thérapeutique . Ainsi il serait bon de rappeler au monde médical qui vous suit (médecins ORL) combien les séances de rééducation vocale sont une aide non négligeable dans les soucis que vous rencontrez ; bon nombre en sont conscients. Mais le suivi s’il veut- être le plus efficace possible devra commencer quelques semaines avant l’ intervention et se poursuivra bien après. Au contraire, la chirurgie agit directement sur la cause organique vocale du patient, car le forçage vocal mis en place durant des années compense la difficulté de production. Notre action d’orthophoniste doit permettre d’améliorer spécifiquement le comportement vocal, afin de restaurer l’efficacité vocale et le confort de production. Le projet thérapeutique doit être conçu dans le but spécifique de ‘faire tomber les verrous comportementaux ‘. Nous utilisons différentes méthodes permettant de faire céder les caractéristiques au niveau de la tension musculaire ( exercices de détente)  au niveau postural, au niveau de la respiration et dans l’ émission vocale elle- même. Le sujet dysphonique est contraint, de par la conscience aiguë de son trouble à contrôler son émission vocale. La phonation n’est plus simplement instinctive, mais réfléchie, maîtrisée, l’ angoisse du sujet dysphonique est de ne pas être compris ou entendu. Dès l’intention d’émission vocale, le sujet dysphonique mentalise, prévoit, et mobilise son énergie dans l’espoir que la voix va passer et être perçue. Le rendement du dysphonique est donc médiocre, voir franchement mauvais, car la dépense d’énergie nécessaire à l’ émission vocale est maximale quelle que soit la situation, pour une efficacité souvent limitée. Par analogie, mes patients ont l’ impression que ‘ leur voiture vocale ‘ ne se déplace que pied au plancher. A moi de leur faire comprendre que le poids sur l’accélérateur peut être plus largement modéré, pour un déplacement plus efficace, même si en début d’apprentissage, le moteur cale quelque fois. La première étape (des exercices de rééducation), est de faire ressentir le comportement défectueux et de montrer la possibilité de produire la même chose avec moins d’effort (c’est le travail de détente musculaire). La deuxième étape concernera la posture. Les modifications posturales sont fortement liées aux tensions musculaires. L’augmentation des tensions péri-laryngées et posturales dues au travail musculaire inappropriées s’observent avec : l’avancée du visage, des tensions cervicales, un affaissement thoracique et une flexion du rachis dorsal. Ces modifications posturales ont des répercussions sur toute la chaîne du comportement phonatoire. Elles engendrent un geste respiratoire défectueux et limitent les mouvements du larynx. La troisième étape s’occupera de la respiration. Dans la phonation pathologique, les patients n’utilisent pas le mode costo-diaphragmatique pour inspirer, du fait du forçage vocal, mais une inspiration thoracique supérieure. On observe alors une élévation des épaules, les mouvements inspiratoires sont de faible amplitude et accompagnés de tensions au niveau des muscles abdominaux. Ces muscles ne permettent pas un bon soutien pneumo-phonique, ni une bonne régulation de l’expiration. On assiste alors à un effondrement thoracique et à une remontée brusque du diaphragme. La dernière étape concerne LA POSE DE VOIX , le noyau dur de la rééducation vocale. Le patient dysphonique, victime de tensions et de dysfonctionnement, a également une utilisation laryngée défectueuse. Tout indique que la voix est produite comme en ‘apné ‘ sans souffle, ce qui est accentué par le serrage des cordes vocales. L’ essentiel du travail rééducatif se consacre à restaurer la coordination pneumo-phonique en venant poser la voix sur le souffle. C’ est tout l’objet de la pose de voix . Je ne m’étendrai pas sur le sujet. Juste pour vous dire que le travail de pose de voix a pour but essentiel d’améliorer le rendement glottique par un développement de la colonne d’air qui vient ‘supporter la voix’. Conclusion : La rééducation orthophonique va agir comme nous l’avons vu sur tous ces aspects comportementaux du forçage vocal, l’adhésion active et informée du patient à la thérapeutique proposée est absolument indispensable. En effet il est nécessaire que les exercices d’entraînement soient poursuivis par le patient entre deux séances. Le suivi sera plus ou moins long selon les dysfonctionnements. Il est à rappeler que plus la prise en charge est précoce, plus elle sera bénéfique, et moins elle durera . Ce travail n’est pas évident, il demande beaucoup d’implication personnelle de la part du patient, beaucoup de patience et de persévérance . Mais pas à pas, même si parfois au cours de la prise en charge, les pas semblent ne plus aller vers l’avant, on doit arriver ensemble à trouver des avancées, et à retrouver une plus grande aisance vocale. Par ailleurs, le travail peut être stoppé, puis repris ultérieurement afin de se rendre compte de ce qui a été sauvegardé et acquis. C’est ce que je vous souhaite à tous, voir vos efforts récompensés en retrouvant un confort de communication, une voix qui vous satisfasse dans un corps qui vous aide à vous épanouir et à vous sentir bien dans votre vie. Sandrine PUTOT Orthophoniste