Pourquoi la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est sous pression

CRISE DU LEVOTHYROX

Manifestation devant l'Assemblée nationale, à Paris, contre la nouvelle formule du Levothyrox. PHOTO PH PAUCHET LA VOIX DU Nord

Manifestation devant l’Assemblée nationale, à Paris, contre la nouvelle formule du Levothyrox. PHOTO PH PAUCHET LA VOIX DU Nord

La mobilisation ne faiblit pas

Il y a d’abord la pétition qui n’en finit pas d’accueillir de nouveaux signataires : plus de 220000 actuellement. On est loin des 19000 de début août. Il y a aussi la manifestation, devant l’Assemblée nationale, ce vendredi matin. Près de 200 patients venus de toute la France afin de sensibiliser les députés et l’opinion publique à leur demande de retrait du Levothyrox, médicament utilisé par les malades de la thyroïde et dont la formule a été changée récemment. Une nouvelle formule qui provoquerait entre autres nausées, vertiges et maux de têtes.

Présente à la manifestation, l’Arrageoise Sylvie Robache, à l’origine de la pétition réclamant le retrait du médicament :

Également présente ce vendredi matin, Valérie Dewerte, responsable du site mesopinions.com  :

Il y avait aussi des malades venus de toute la France, parfois malgré de nombreuses difficultés. Comme Stéphanie, une habitante de Château-Thierry, qui souffre pêle-mêle de vertiges, migraines, troubles du sommeil et a l’impression avec la nouvelle formule de « servir de cobaye ». Surtout, comme beaucoup, elle déplore le fait de ne pas être crue : « C’est du mépris, de l’infantilisation… Avec un médecin me disant d’aller voir un psy ». Des people comme Valérie Damidot et Annie Duperey s’en mêlent aussi.

2.

Une nouvelle plainte, et une demande d’abandon

Après celle d’une patiente la semaine dernière, c’est au tour de Marie-Odile Bertella-Geffroy, avocate, de déposer une plainte dans les prochains jours, pour « tromperie aggravée, mise en danger de la vie d’autrui, et non-assistance à personne en danger ». Dans le même temps, Michèle Rivasi, députée européenne, demande l’abandon de la nouvelle formule, et la possibilité de faire venir en urgence « des stocks de l’ancienne formule d’Allemagne », par ailleurs patrie du laboratoire Merck, fabricant du Levothyrox français.

Michèle Rivasi, députée européenne, et Philippe Even, ancien doyen de la faculté de médecine de Paris. PHOTO PH PAUCHET LA VOIX DU Nord
Michèle Rivasi, députée européenne, et Philippe Even, ancien doyen de la faculté de médecine de Paris. PHOTO PH PAUCHET LA VOIX DU Nord

3.

L’Agence nationale de sécurité du médicament pointée du doigt

« Qu’est-ce qui est passé par la tête de l’Agence nationale de sécurité du médicament ? » demande Philippe Even, ancien doyen de la faculté de médecine de Paris et président de l’Institut Necker. Car c’est bien cette autorité – et non le laboratoire Merck – qui a exigé le changement de formule. Avec les résultats que l’on connaît. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, va forcément devoir apporter des éclaircissements. Tout comme son avis sur le monopole de conception du médicament laissé au laboratoire allemand sur le sol français. « Désormais, tout dépend d’une décision de la ministre de la Santé. Elle va devoir agir », souligne toujours Philippe Even, lui aussi partisan de faire venir des stocks de médicaments allemands.

3.

Les associations dans l’attente

En fin de journée, Agnès Buzyn doit recevoir des représentants d’associations de patients. Mais elle a posé ses conditions aux associations : pas plus de trois personnes. « Inaceptable » pour Chantal Lhoir, présidente de l’association française des malades de la thyroïde, qui n’hésite pas à parler de «crise sanitaire grave » et voudrait venir avec plus de conseillers.

levothryox-INFOGRAPHIE
«Il faut qu’on nous dépanne»

«  C’est toi qui a mis le feu aux poudres.  » C’est par ces mots que Chantal Lhoir, présidente de l’Association des malades de la thyroïde, a accueilli, devant l’Assemblée nationale, Sylvie Robache, l’Arrageoise à l’origine de la pétition.

Sylvie Robache, l’Arrageoise à l’origine de la pétition, confiante pour l’avenir.

–  Quel regard portez-vous sur votre action ?

« Je me dis que si ça a pu permettre à des gens de se mobiliser et de témoigner sur leur état de santé et leurs difficultés quotidiennes, tant mieux. Et au fond, ce qui se passe actuellement est logique, ça concerne tellement de gens… »

–  Qu’espérez-vous maintenant ?

« J’espère que la ministre de la Santé va prendre la décision qui s’impose. Il faut qu’on nous dépanne dans les 48 heures avec des stocks de médicaments qu’on irait chercher à l’étranger. Ça devient très urgent. »

–  Mais aussi que le regard sur les malades change aussi, non ?

« Effectivement, nous n’avons plus envie d’entendre des réflexions du genre : « Vous vous faites des idées.» J’essaie de ne pas penser à ce genre de messages insultants. Je ne vois pas l’intérêt d’inventer tout ça… »

 B. VI.