Une nouvelle formule «sans intérêt» ?

La nouvelle formule du Lévothyrox s’est retrouvée sur le marché français dans des conditions qui continuent de susciter des questions.

On sait tout d’abord que, si les pharmaciens et les praticiens ont pu être informés par les autorités du changement de formule, les patients, eux, ne l’ont pas été. Et ce n’est qu’au bout de longs mois que bon nombre d’entre eux ont pu faire la relation entre la nouvelle formule et les effets secondaires délétères qu’ils subissaient. On a appris aussi récemment que l’ancienne formule était toujours fabriquée en France dans une usine de Bourgoin-Jallieu, en Isère… mais que la production était réservée au marché italien !

Et il y a d’autres bizarreries dans ce dossier. Gérard Bapt, ancien député de la Haute-Garonne, médecin, qui avait entre autres contribué à faire émerger l’affaire du Médiator pendant son mandat, s’est penché à son tour sur le dossier du Lévothyrox.

«Avant toute mise sur le marché, explique-t-il, les produits sont évalués par la Haute Autorité de santé. Or, la commission de transparence rendu le 27 mars 2017 un avis où elle constate que «Ces présentations sont des compléments de gamme qui n’apportent pas d’Amélioration du Service Médical Rendu (ASMR 5) par rapport aux présentations déjà inscrites». La catégorie 5 signifie que le médicament est «sans intérêt» ! Et devinez qui était la présidente du collège de la Haute Autorité de santé à cette date ? L’actuelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn !»

Gérard Bapt fait également observer : «Par ailleurs, l’agence nationale du médicament refuse toujours de publier le rapport de 2012, sur lequel on s’est basé pour demander un changement de formule du Lévothyrox.»

Gérard Bapt a donc adressé ce week-end une lettre à la ministre de la santé pour lui demander des explications. Selon lui, le Lévothyrox nouvelle formule pourrait être à l’origine de cinq décès, dont un suicide, «et de nombreuses hospitalisations, notamment en psychiatrie».

De son côté, la député socialiste de Tarn-et-Garonne Valérie Rabault veut «continuer d’interpeller la ministre de la santé sur le dossier du Lévothyrox, et j’en profite pour saluer la décision du tribunal de Toulouse, qui est une sage décision.»

Valérie Rabault veut notamment faire observer une situation qu’elle trouve anormale : «En France, il y a seulement un seul fournisseur de Lévothyrox pour trois millions d’utilisateurs. Ce n’est pas pareil en Allemagne ou en Italie où il y a plusieurs fournisseurs. Si l’un d’entre eux vient à faire défaut, les deux autres peuvent prendre le relais. On ne risque pas la pénurie.»