Merck Serono pourrait influer sur les résultats de recherche de l’EPFL

Merck Serono s'est offert des chaires à l'EPFL pour plus de 12 millions de francs par an.
Merck Serono pourrait influer sur les résultats de recherche de l’EPFL Forum / 2 min. / le 20 avril 2016
Merck Serono s’est offert trois chaires à l’EPFL pour plus de 12 millions de francs, révèle mercredi une enquête de l’émission Rundschau de SRF. Le contrat donne à la firme un droit de regard sur les publications scientifiques.

Roche, Novartis, Merck Serono, la faîtière Interpharma: presque tous les acteurs de l’industrie pharmaceutique figurent dans des contrats passés en toute discrétion avec des universités suisses, révèle mercredi SRF, qui a pu obtenir le détail de ces contrats grâce à la loi sur la transparence (voir infographie en bas de l’article).

Les groupes privés sont prêts à payer cher leur influence sur les universités: les contrats passés au crible par l’émission Rundschau vont de 450’000 francs à 12,5 millions de francs.

Trois chaires financées par Merck à l’EPFL

Ce gros contrat à 12,5 millions a été passé en 2007 entre l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et la firme pharmaceutique allemande Merck Serono, et il va particulièrement loin.

Nous respectons, valorisons et protégeons explicitement l’indépendance de la recherche et de l’enseignement.

Gangolf Schrimpf, porte-parole de Merck

Le groupe finance trois chaires, dans les domaines de la neuroscience, de la délivrance de médicaments et de l’oncologie. Deux de ces chaires sont encore actives. Et cet accord lui donne des droits pouvant menacer l’indépendance de la recherche universitaire, note SRF.

Merck peut demander des modifications

Selon le contrat, les chercheurs doivent en effet présenter les résultats de leurs recherches tous les trois mois à la firme. Si des résultats ne lui conviennent pas, Merck Serono a la possibilité de réclamer que des « modifications acceptables » soient apportées à la publication.

Mais le porte-parole de Merck Gangolf Schrimpf l’a assuré à Rundschau: « Nous respectons, valorisons et protégeons explicitement l’indépendance de la recherche et de l’enseignement ». L’entreprise n’interviendrait qu’à la marge, sur les aspects « scientifiques » des publications.

Ces contrats (…) interfèrent massivement avec l’indépendance des universités suisses.

Markus Müller, professeur de droit constitutionnel à Berne

Le professeur de droit constitutionnel bernois Markus Müller, lui, s’indigne de cette pratique. « Ces contrats avec des entreprises pharmaceutiques interfèrent massivement avec l’indépendance des universités suisses », estime-t-il.

Et de rappeler que l’indépendance de l’enseignement et de la recherche dans les universités suisses est garantie par la Constitution fédérale.

Certaines clauses ambiguës, reconnaît l’EPFL

De l’aveu même du directeur de la communication de l’EPFL Jérôme Grosse, contacté par la RTS, certaines clauses sont ambiguës. Aujourd’hui jamais l’EPFL ne rédigerait un contrat de cette manière, dit-il, tout en précisant qu’à ce jour Merck Serono n’a jamais usé de ces pouvoirs. Selon Jérôme Grosse, l’autonomie des chercheurs est implicite et ne peut de toute façon pas être remise en question.

Ce type de contrat avait déjà fait polémique en 2014, lorsque Nestlé avait obtenu un droit de regard sur la nomination de professeurs de l’EPFL, ou encore en 2011 lorsque l’Université de Zurich avait touché 100 millions de francs de la part d’UBS.

>> Le sujet dans le 19h30:

Le groupe Merck profite d'avantages pour son aide financière à l'EPFL
19h30 – Publié le 20 avril 2016

Marc Meschenmoser/TB/ptur

>> Ci-dessous, l’infographie réalisée par SRF (en allemand) sur les liens des universités suisses avec le secteur privé: