Le docteur Morre avance une hypothèse «séduisante» sur le Levothyrox

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En passionné de biologie, même à la retraite, l'ancien médecin poursuit ses recherches./ Photo DDM
En passionné de biologie, même à la retraite, l’ancien médecin poursuit ses recherches./ Photo DDM
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L’ancien médecin juge que la nouvelle formule de ce médicament prescrit aux malades de la thyroïde est trop pure. Et il soulève un problème de fond : les carences en iode et en sélénium.

Médecin généraliste retraité, le docteur Bernard Morre continue toujours de s’intéresser à la science médicale. «J’ai l’amour de la biologie», confie-t-il. Un gène familial, avec un père et un frère chercheurs.

Le docteur Morre travaillait sur «les nutriments qui nous manquent», notamment l’acide folique (vitamine B9) que les femmes devraient prendre en tout début de grossesse (et même avant), quand la crise du Levothyrox est devenue un problème national de santé. Il s’est aperçu qu’il pouvait exister des liens, ce qui l’a amené à approfondir ses recherches. Transmises au service d’endocrinologie du centre hospitalier universitaire de Toulouse, elles ont été jugées «séduisantes». Un intérêt qui montre tout leur sérieux.

L’ancien médecin villefranchois met en avant l’hypothèse d’une trop grande pureté de la nouvelle formule du Levothyrox, celle qui est accusée de provoquer de nombreux effets indésirables chez plusieurs patients. Il explique : «La glande thyroïde sécrète principalement une hormone appelée thyroxine ou T4. Chez un malade de la thyroïde, on ne remplace que la T4. La nouvelle formule du Levothyrox ne contient que cette T4, de façon très pure. L’ancienne formule, elle, était moins pure, elle pouvait contenir en infime quantité une hormone tri-iodothyronine ou T3, ce qui ne posait pas de problèmes. Avec la nouvelle formule, il n’y a plus d’apport de la T3. Il existe des personnes qui ne sont pas capables de faire une conversion correcte T4-T3». Ce qui, à ses yeux, explique les malaises de certains malades, qu’il est enclin à croire. «On peut exclure un effet nocebo qui serait majoritaire». D’autant plus qu’il a eu connaissance d’une crise équivalente en Nouvelle-Zélande, en 2007, avec «une nouvelle formule plus stable, plus pure, presque sans T3».

Le docteur Morre ne tire pas à boulet rouge sur le laboratoire Merck, que certains accusent. «L’ancienne formule ne correspondait plus aux normes édictées par les autorités sanitaires». Il parle de bonnes intentions au départ, mais dans le cas présent, «le mieux est l’ennemi du bien».

Déficit en iode et en sélénium

Pour le médecin, cette crise due à un changement de formule révèle un problème de fond plus grave : une déficience en iode et en sélénium. «C’est là quelque chose de négligé». Bernard Morre a fait un constat : «À mesure que l’on s’éloigne des océans et que l’on gagne de l’altitude, le taux d’iode diminue. Tout l’est de la France est déficitaire. La ligne de partage passe par l’Aveyron. C’est pour cela que l’on rencontre plus de troubles thyroïdiens sur le Ségala que sur le causse. Concernant le sélénium, le déficit concerne toute l’Europe, alors que les États-Unis ne connaissent pas ce problème. C’est dû au terrain. Et l’on sait que le sélénium est important pour la transformation de la T4 en T3». Sa démonstration est convaincante, rendant son hypothèse sur la crise du Levothyrox «séduisante».


De bons conseils «à titre gratuit et compassionnel»

Qu’elle serait l’ordonnance du docteur villefranchois ? Tout d’abord, Bernard Morre prévient : «Mon hypothèse d’une trop grande pureté de la nouvelle formule du Levothyrox n’est étayée par aucun travail clinique d’importance. Il faut donc être très prudent et s’appuyer sur les conseils des professionnelles médicales concernées».

Ses recommandations, il les donne simplement «à titre gratuit et compassionnel». Mais elles pourraient intéresser de nombreux patients. «La première solution est d’apporter un peu de l’hormone T3. En Nouvelle-Zélande, un retour aux extraits thyroïdiens contenant de la T3 a été décidé. Ensuite, il faut amener de l’iode et sélénium par un rééquilibrage diététique. Les aliments riches en iode et en sélénium sont souvent les mêmes. Il faut manger deux fois par semaine des petits poissons pélagiques (sardines, maquereaux, harengs, sauf ceux de la mer du Nord, anchois, saumons du Pacifique mais pas de saumons bio). Les laitages et les fromages de chèvre et de brebis sont aussi recommandés. Enfin, il faut utiliser du sel iodé (avec modération)».

Dernier conseil : combler un éventuel déficit avec des compléments alimentaires. «Mais sans excès, à dose modérée, souvent en dessous de ce que préconisent les fabricants», indique le docteur Morre.

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