Nouveaux médicaments : une évaluation minimaliste

Beaucoup de nouveaux médicaments sont autorisés sur la base de données peu probantes.

De nombreuses autorisations de mise sur le marché (AMM) sont fondées sur des essais cliniques dans lesquels les effets du médicament sont évalués sur des critères intermédiaires et non sur des résultats cliniques qui comptent pour les patients, ou sur des essais exploratoires, c’est-à-dire sur des bases fragiles.

En effet une synthèse étatsunienne d’essais cliniques de médicaments du cancer a montré qu’il y a rarement une bonne corrélation entre les résultats portant sur des critères intermédiaires, par exemple le délai avant progression d’une tumeur, et la durée de survie des patients, un meilleur critère d’évaluation.

Une autre étude a porté sur les 36 médicaments du cancer ayant fait l’objet d’une AMM aux États-Unis d’Amérique entre 2008 et 2012, sur la base de résultats favorables sur des critères intermédiaires. Des essais ultérieurs ont mis en évidence un allongement de la durée de vie avec seulement 5 de ces médicaments.

Par ailleurs, une étude de l’agence étatsunienne du médicament (FDA) a analysé les cas de 22 médicaments dont les résultats favorables d’essais exploratoires (dits de phase II) ont été contredits par les essais ultérieurs (dits de phase III, chez davantage de patients, davantage représentatifs) en raison d’un manque d’efficacité et/ou d’une toxicité plus importante qu’annoncé.

En conclusion, les AMM fondées uniquement sur des essais portant sur des critères intermédiaires, ou sur des essais exploratoires de phase II, sont très souvent des AMM fragiles, à risque pour les patients : ces essais sont trop peu prédictifs de l’efficacité clinique d’un médicament. Dans l’intérêt des patients, fonder les AMM sur des données solides demeure plus que jamais nécessaire.

©Prescrire 1er janvier 2018

« Essais exploratoires, critères intermédiaires : insuffisants pour des AMM solides » Rev Prescrire 2018 ; 38 (411) : 67-68. (pdf, réservé aux abonnés)