Pourquoi les géants mondiaux de la santé accourent en Chine

Pfizer, Novartis, Merck… Ces géants de la pharmacie investissent à tour de bras en Chine, malgré un contexte de plus en plus difficile sur place.

Une grande usine de médicaments biologiques pour Pfizer, un campus de recherche de 1.300 salariés pour Novartis et un centre de R&D pour l’américain Merck : à coups de centaines de millions de dollars, trois des plus grands noms des« Big Pharma » ont confirmé ces derniers jours leur volonté de s’implanter sur le deuxième marché du médicament au monde, malgré un environnement de plus en plus difficile.

D’un point de vue macroéconomique, cette confiance dans le futur va de soi. La population chinoise vieillit, et la demande de soins va aller de pair. Difficile d’ignorer un marché de plusieurs centaines de millions de patients, et le souhait de Pékin de bâtir une industrie nationale de pointe. Qui plus est, dans un pays marqué par des scandales sanitaires retentissants, les labos occidentaux bénéficient d’un avantage en termes de confiance, malgré des prix élevés.

En outre, Pfizer, Novartis ou Merck ont un même objectif à long terme : insérer la Chine dans leur écosystème de recherche mondial, en cohérence avec la montée en puissance scientifique du pays. Sanofi n’avait pas d’autre ambition en ouvrant, lui aussi à Shanghai, en septembre 2014, son cinquième pôle de R&D. Le principal avantage du nouveau campus de Shanghai de Novartis tient au recrutement, a confirmé Joe Jimenez, son patron, lors de l’inauguration la semaine dernière.

Des règles du jeu délicates

Mais, à court terme, le paysage est nettement moins rose. Derrière la volonté de l’Etat d’améliorer la couverture santé et de favoriser l’accès des citoyens à des molécules plus évoluées se cachent des règles d’accès au marché qui font grincer des dents. Le principal grief ? La réforme du prix des médicaments mise en place voilà un an, glisse le représentant d’un labo européen.

AVEC DES MOLÉCULES IMPORTÉES, ON NE PEUT PAS RIVALISER FACE AUX PRODUCTEURS CHINOIS.

Depuis le 1er juin 2015, la NDRC – la puissante commission nationale du développement et de la réforme – ne fixe plus de prix plafond. Mais pour bienvenue qu’elle soit, cette libéralisation ne concerne que les pharmacies, soit 20% des prescriptions. Les 80% restantes passent en effet par l’hôpital, lieu de prédilection des Chinois pour se faire soigner. Or, sauf dans quelques provinces, le système d’appel d’offres pour approvisionner les établissements en médicaments favorise les prix les plus bas. « Avec des molécules importées, on ne peut pas rivaliser face aux producteurs chinois », témoigne ce représentant.

Parcours du combattant

En outre, l’interdiction des majorations pratiquées par les hôpitaux sur les ventes de médicaments au public, majorations qui alimentaient leurs budgets, pèse sur la croissance du marché, les hôpitaux étant moins incités à pousser à la consommation. Sans compter les baisses de prix autoritaires sur certains produits comme l’anticancéreux Iressa d’AstraZeneca, dont le prix a été divisé par deux, ou celui du Viread de Gilead contre l’hépatite B divisé par trois.

S’agissant du lancement des nouvelles molécules, le parcours du combattant continue, constate l’association des laboratoires étrangers. Il faut encore compter 4 à 5 ans pour obtenir une autorisation de mise sur le marché même si le recrutement des patients participant aux essais cliniques peut maintenant se faire en même temps dans le reste du monde.

Enfin, le scandale de corruption qui a éclaboussé GSK, condamné à une amende de 3 milliards de dollars en 2012, est dans toutes les mémoires. Y compris celle des autorités chinoises, qui continuent à mener une politique de contrôle systématique et à grande échelle auprès des laboratoires tant étrangers que chinois.

LA CHINE FACE AU VIEILLISSEMENT ACCÉLÉRÉ DE SA POPULATION
La Chine, comme de nombreux pays émergents, doit compter avec la question du vieillissement de la population, aggravée par la politique passée de l’enfant unique. Selon les chiffres officiels ou en provenance de centres de recherche spécialisés, la part des plus de 60 ans dans la population va grimper à 19,3% en 2020 et à 38,6% en 2050, contre 15,5% fin 2014. D’où un double défi pour les autorités : favoriser l’émergence d’une industrie locale des médicaments et des services de santé pour répondre à une demande de soins qui va aller croissant, tout en maîtrisant les coûts. C’est l’objet du plan « Healthy China 2020 » présenté mi-2012 et qui prévoit de porter le budget de la santé du pays entre 6,5 et 7% du PIB, contre 4 à 5 % actuellement. Autre objectif clé : plus de 80% de la facture des hôpitaux en médicaments devra être payée auprès de laboratoires privés. Et comme il vaut mieux prévenir que guérir, le gouvernement a fixé haut la barre en matière de sport. Un plan de « fortification » nationale prévoit qu’à l’horizon 2020, 700 millions de Chinois devront effectuer une activité physique au moins une fois par semaine !
Ruello Alain