Levothyrox : les victimes exigent que «la justice fasse toute la lumière»

Les malades se disant victimes de la nouvelle formule ont manifesté hier à Paris./ Photo AFP
Les malades se disant victimes de la nouvelle formule ont manifesté hier à Paris./ Photo AFP

Des personnes se disant victimes de la nouvelle formule du Levothyrox ont manifesté hier devant l’Assemblée nationale pour dénoncer «cette crise sanitaire» et annoncer que «les nanoparticules pourraient être à l’origine des effets secondaires».

La date de la manifestation organisée hier, devant l’Assemblée nationale, par des malades de la thyroïde se disant victimes de «troubles importants» provoqués par la nouvelle formule du Lévothyrox n’avait pas été choisie par hasard. Elle avait été arrêtée pour que leur rassemblement se déroule le même jour que la tenue de la dernière réunion du comité de suivi du ministère de la Santé qui devait se prononcer sur une éventuelle clôture du dossier, estimant que le nouveau médicament ne posait pas de problème de santé public.

L’association française des malades de la thyroïde (AFMT) a demandé hier à la justice «d’examiner les effets secondaires que pourrait générer la présence de nanoparticules de métal dans le remède».

«Ces nanoparticules sont des alliages fer-chrome, chrome-nickel, fer-chrome-silicium, ferrochrome-aluminium, des substances qu’il n’y a pas dans l’ancienne formule qui ne comportait que quelques débris d’acier», fait savoir Jacques Guillet, un médecin qui a mené des analyses à la demande de l’AFMT.

«Pour nous il ne s’agit pas d’affoler les gens. Des nanoparticules, on en inhale bien plus en marchant dans les rues de Paris. Et on n’a pas mis là en évidence de lien de cause à effet», a par ailleurs expliqué le médecin.

Selon les autorités sanitaires, un demi-million de malades en France, sur quelque trois millions, avaient abandonné ce médicament fin 2017 affirmant «ne pas le supporter et avoir eu des problèmes de santé depuis qu’ils le prenaient».

Environ 1 200 d’entre eux ont porté plainte contre le fabricant, Merck.

Nouvelles assignations pour Merck à Toulouse

La seule condamnation que le laboratoire s’est vu infliger a été prononcée le 14 novembre par le tribunal civil de Toulouse qui avait été saisi par 52 personnes. Ces plaignants demandaient que l’ancienne formule soit à nouveau disponible pour les patients dotés d’une prescription médicale indiquant que le médicament ne pouvait pas être substitué par la nouvelle formule.

Maître Jacques Lévy, qui représente ces patients, a fait savoir hier qu’il comptait déposer, dans les jours qui viennent, une nouvelle assignation contre Merck. «Pour, cette fois, détaille-t-il, obtenir que la justice ordonne qu’un chimiste, un pharmacien et un endocrinologue soient nommés pour déterminer les interactions que peuvent avoir entre elles les substances qui composent le nouveau médicament.»

Jacques Lévy va aussi demander à la justice «une étude sur les malades qui souffrent de troubles à cause du nouveau Lévothyrox».

Lundi, à Toulouse, s’est tenu le procès en appel de la condamnation du laboratoire Merck. Après avoir entendu les arguments des deux parties, le tribunal a fait savoir qu’il rendrait sa décision le 7 juin.

On le voit, le conflit engagé entre Merck et l’AFMT est loin d’être terminé. Les patients jurent même qu’«il ne fait que commencer».


Merck rejette toute faute

Du côté du fabricant, le laboratoire Merck, on rejette toute faute : «Qu’il s’agisse de l’ancienne comme de la nouvelle formule, nous rappelons que l’analyse de l’ensemble des métaux lourds a été réalisée conformément à la réglementation en vigueur, et nous réaffirmons que tous ces contrôles se sont révélés conformes aux spécifications», a souligné le groupe dans un communiqué.

Le laboratoire assure également qu’«avec la nouvelle formule beaucoup moins de personnes sont victimes d’effets secondaires». Une affirmation que conteste l’Association française des malades de la thyroïde.