Maisons de santé : que signifie « pluridisciplinaire » ?

Paris, le mercredi 4 juillet 2018 – Même si de nombreuses voix officielles ont reconnu qu’elles ne pouvaient être l’unique solution face à la désertification médicale et à la crise des vocations en médecine libérale, les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) demeurent très encouragées. Beaucoup d’élus et d’Agences régionales de santé y voient en effet une méthode pertinente pour attirer des jeunes médecins, réticents à l’installation et qui pourraient apprécier les facilités administratives et financières qu’offriraient les MSP. Au-delà de la théorie, sur le terrain, de nombreuses MSP peinent à faire le plein.

Ainsi, à Picauville (Manche), prévue pour accueillir trois professionnels de santé, la maison de santé ne compte depuis son ouverture en 2004 que deux médecins généralistes. Le troisième cabinet demeure vide. Aussi, la mairie de Picauville, dont dépend la structure, a retenu la candidature de deux étiopathes. Informée de cette décision, l’un des deux praticiens de la maison de santé, le docteur Aurélie Larue a choisi de la quitter, comme le révèle le Quotidien du Médecin. Considérant comme « trompeuse» cette association entre des médecins et des professionnels ni médicaux, ni paramédicaux, Aurélie Delarue refuse d’apporter sa caution à ce montage. Regrettant ce départ, la mairie de Picauville défend pourtant son choix, qui témoignerait de son souci « d’offrir des services plus large à la population ».

Dépassements des limites de la raison !

La situation de Picauville ne serait pas totalement isolée. La diversité des modes de financement et de gestion et l’absence de labellisation officielle contribuent à une utilisation très hétérogène du terme « maison de santé pluridisciplinaire ». Mais cette notion de pluridisciplinarité ne signifie pas  nécessairement une reconnaissance officielle et médicale des disciplines représentées. L’Union française pour une médecine libre (UFML) a récemment alerté sur ce phénomène. Après avoir invité ses sympathisants à relayer des dérives éventuelles, signalées par exemple par la presse, elle a pu mettre en évidence l’existence de nombreuses irrégularités, parfois inquiétantes. C’est ainsi qu’un coach promettant de transformer notre « vibration intérieure en actions créatrices de bonheur » officie dans une maison pluridisciplinaire de santé de Loire Atlantique, tandis que l’on ne compte plus les magnétiseurs, naturopathes et autres énergéticiens qui travaillent dans les mêmes structures que des médecins, infirmiers et kinésithérapeutes. Non contente d’offrir une légitimation potentiellement dangereuse à des pratiques qui font parfois le lit de dérives sectaires, cette situation interroge sur l’utilisation de fonds publics nationaux ou locaux, comme l’avait remarqué l’UFML. Cette dernière avait également déploré que ces « praticiens » usent sans limite d’une publicité interdite aux médecins et pratiquent des tarifs souvent élevés, quand les dépassements (or OPTAM) sont proscrits dans les maisons de santé !

Trop grande tolérance des instances régulatrices

Plusieurs facteurs peuvent favoriser l’installation de ces « praticiens » non médicaux dans des structures normalement destinées à améliorer l’accès aux soins. D’abord, la faible attractivité de ces maisons, qui ne parviennent pas toujours à attirer les médecins et professionnels de santé qu’elles espèrent et qui faute de mieux, afin de rentabiliser des investissements importants, se tournent vers des pratiques non reconnues. Ensuite, une certaine tolérance des instances officielles peut-être observée. Ainsi, l’UFML a pu relever dans plusieurs cas la souplesse des instances régulatrices. Par exemple, en Picardie, l’Agence régionale de Santé (ARS) termine par un très imprécis « etc », la liste des personnes non professionnels de santé potentiellement habilitées à « entretenir des liens avec la MSP » dès lors que leurs « activités envisagées le justifient ». De même, le Conseil départemental de l’Ordre des médecins du Lot n’exclut pas que certaines professions non médicales ou paramédicales puissent exercer une mission « complémentaire » à celle des médecins, ce qui n’a pas manqué d’étonner l’UFML. Sans doute, une liste stricte des professions pouvant collaborer au sein des MSP serait-elle nécessaire pour éviter certaines dérives et pour que ces structures conservent leur objectif premier : améliorer les soins.

Aurélie Haroche