Médicaments inutiles : la nouvelle charge de Philippe Even

 

 Par Stéphany Gardier

Quatre ans après son ouvrage Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux (1), le Pr Philippe Even en publie une nouvelle version. Un second opus qui répondrait à la demande des lecteurs, selon le médecin à la retraite, interviewé par Le Parisien. Depuis 2012, 1 500 nouvelles autorisations de mise sur le marché ont été délivrées pour des médicaments ; il était donc temps, selon l’auteur, de livrer une mise à jour aux 160 000 personnes qui avaient fait de l’ouvrage un best-seller, pourtant largement critiqué par le monde médical.

 Habitué des polémiques, l’auteur de Corruptions et crédulité en médecine(1) – dans lequel il n’avait pas hésité à diffamer certains confrères -, Philippe Even, va-t-il à nouveau secouer la sphère médiatico-médicale ? Rien n’est moins sûr au vu des propos du pneumologue.

Certes, le Pr Even soutient à nouveau qu’un tiers des médicaments ne servent à rien. Mais encore faut-il s’entendre sur le « rien ». Dans les exemples de produits choisis par Le Parisien dans le livre de Philippe Even, on retrouve pêle-mêle la Lysopaïne et le Fervex. Des médicaments d’automédication, connus pour être pris avant toute chose pour soulager des symptômes et non pas pour guérir l’infection en elle-même. Si les pastilles pour la gorge n’ont aucun effet sur le virus qui vous infecte, elles auront au moins le mérite de limiter la douleur… et c’est bien pour cela qu’on les achète !

 Le Pr Even « dénonce » ces poudres de perlimpinpin » vendues contre les maux de l’hiver, soulignant que les « spécialités à base d’éphédrine sont à écarter »… Une information connue depuis plusieurs années. Le médecin, qui avait écopé, avec son co-auteur Bernard Debré, d’une interdiction d’exercer d’un an pour « manque de confraternité » dans l’opus précédent, rappelle dans son interview l’utilité des molécules comme le paracétamol et les antibiotiques. Deux spécialités dont raffolent les Français : la première étant le médicament le plus remboursé dans l’Hexagone, les seconds nous classant parmi les plus mauvais élèves de la lutte contre l’anti-biorésistance… En matière d’inutilité et de dangerosité, les avis du Pr Even n’engagent donc que lui… et ceux qui continuent de vouloir croire en la fiabilité scientifique d’un médecin qui a plusieurs fois montré par le passé que ses jugements n’étaient malheureusement pas pertinents.

(1) Editions du Cherche Midi