L’immunohistochimie anti-BRAFV600E dans le cancer de la thyroïde est en faveur de la théorie de survenue clonale de la mutation dans la tumorigenèse

L’actualité commentée

C. Buffet, L. Leenhardt (Paris)
D’après Ronald A. Ghossein, Nora Katabi, and James A. Fagin Immunohistochemical detection of mutated BRAF V600E supports the clonal origin of BRAF-induced thyroid cancers along the spectrum of disease progression. J Clin Endocrinol Metab 2013;98(8):E1414-21

Les mutations activatrices de l’oncogène BRAF, en particulier la mutation BRAFV600E, sont identifiées dans plus de 45 % des carcinomes papillaires de la thyroïde (CPT). Cette mutation est également identifiée dans les cancers peu différenciés et anaplasiques. Les CPT BRAFV600Eont un pronostic plus mauvais que les CPT porteurs d’une autre anomalie génétique. Des thérapies ciblant BRAF ou BRAFV600E ont été testées dans les cancers thyroïdiens évolutifs réfractaires à l’iode porteurs d’une mutation BRAFV600E.
Cette mutation est classiquement identifiée à partir de l’analyse de l’ADN d’une tumeur (en paraffine ou congelée) notamment par séquençage après PCR (Polymerase Chain Reaction). L’identification de la mutation BRAFV600E de cette façon présente plusieurs limites :

en cas de dégradation de l’ADN, la recherche de la mutation n’est pas possible ;
absence de possibilité d’identifier le pourcentage de cellules porteuses de la mutation au sein de la tumeur.
La mise au point récente d’un anticorps spécifiquement dirigé contre BRAFV600E utilisé en immunohistochimie (IHC) initialement dans des mélanomes mutés BRAFV600E puis pour des CPT pourrait permettre de pallier à ces limites (1).
La survenue de cette mutation est habituellement considérée comme un évènement de survenue précoce dans la tumorigenèse thyroïdienne car :

l’expression de BRAFV600E chez des souris transgéniques s’accompagne du développement de cancers papillaires de la thyroïde ;
elle est identifiée, y compris dans les microcarcinomes papillaires (< 1 cm).
Un article récent d’une équipe italienne (2) a remis en cause la survenue précoce de cette mutation au cours de la tumorigenèse (théorie clonale). Selon cette équipe, il co-existerait fréquemment au sein d’un même cancer des clones de cellules porteuses de la mutation BRAFV600E et des clones de cellules sans mutation BRAF.

R Md. Ghossein et al. ont analysé les performances de l’IHC BRAFV600E pour des cancers papillaires peu différenciés (n = 38) et anaplasiques (n = 22), ce qui n’avait encore jamais été fait ainsi que pour des CPT (n = 31). Ils ont également analysé l’hétérogénéité potentielle des tumeurs, concernant la présence de la mutation BRAFV600E.
Ces auteurs ont montré une excellente sensibilité et spécificité de l’IHC BRAFV600E pour les CPT ainsi que les cancers peu différenciés et anaplasiques.

Ils proposent l’algorithme suivant :
– immunohistochimie BRAFV600E fortement positive (côtée 3 +) : la tumeur peut être considérée comme mutée et le génotypage n’est pas nécessaire (dans leur série la mutation BRAFV600E était présente dans 100 % de ces cas) ;
– immunohistochimie BRAFV600E négative ou très faible (1 +) : la tumeur peut être considérée comme non mutée et le génotypage n’est pas nécessaire (dans leur série la mutation BRAFV600En’était jamais présente dans ces cas) ;
– immunohistochimie modéremment postive (2 +) : génotypage nécessaire pour déterminer le statut BRAF.
Le marquage intra-tumoral de la mutation BRAFV600E au sein de 31 carcinomes avec une IHC BRAFV600E fortement positive était homogène dans 90 % des cas (n = 28/31), confirmant la théorie consensuelle de survenue clonale de la mutation BRAF lors de la tumorigenèse.

Références bibliographiques

Koperek O, Kornauth C, Capper D et al. Immunohistochemical detection of the BRAF V600E-mutated protein in papillary thyroid carcinoma. Am J Surg Pathol 2012;36(6):844-50.
Guerra A, Sapio MR, Marotta V et al. The primary occurrence of BRAF(V600E) is a rare clonal event in papillary thyroid carcinoma. J Clin Endocrinol Metab 2012;97(2):517-24.