Le médicament Levothyrox au cœur d’un procès hors norme


Le médicament Levothyrox au cœur d’un procès hors norme

  • Par   Le figaro.fr 
  • Publié le 03/12/2018 à 11:21

Un débat s’ouvre ce lundi dans le cadre d’une action civile intentée par plus de 4000 plaignants contre le laboratoire Merck pour «défaut d’information». Ils accusent la nouvelle formule du médicament, mise sur le marché en 2017, de leur avoir causé de nombreux effets indésirables.

Parmi les différents volets de l’affaire, ce débat constitue une étape importante. Le médicament Levothyrox du laboratoire Merck se trouve en effet au cœur d’un procès hors normes dont l’audience s’ouvre ce lundi à Lyon. Ce débat au civil est le fruit d’une action collective intentée par plus de 4000 plaignants qui accusent le groupe allemand d’un «défaut d’information» sur la nouvelle formule du médicament accusée d’être à l’origine de nombreux effets indésirables.

Cette action civile a été lancée le 24 octobre dernier, pour «défaut d’information» et «préjudice d’angoisse». En cause, la nouvelle formule de ce médicament prescrit contre l’hypothyroïdie et fabriqué par le laboratoire Merck Serono, filiale du groupe allemand. Cette nouvelle formule a été mise sur le marché au printemps 2017. Dans les mois qui ont suivi, de nombreux patients qui prenaient déjà du Levothyrox ont fait état d’effets secondaires nouveaux de différents ordres: malaises, fatigue, perte de cheveux, vertiges… De nombreuses plaintes ont été déposées, alors que 31.000 patients victimes d’effets secondaires ont été recensés.

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L’Agence du médicament (ANSM) a établi que les effets indésirables ont été déclenchés par «un déséquilibre thyroïdien» causé par le changement de traitement, et non à la nouvelle formule. Les analyses menées par l’Agence confirmaient «la bonne qualité de la nouvelle formule du Levothyrox».

L’avocat des plaignants, Me Christophe Lèguevaques, fait cependant valoir de son côté que «le Levothyrox est un médicament avec une marge thérapeutique étroite, c’est-à-dire que tout changement a des répercussions et cette donnée scientifique est connue de Merck». Le laboratoire aurait donc dû, selon lui, mieux informer les patients. «Quand le risque s’est réalisé, les patients se sont demandé ce qui leur arrivait entre mars et octobre» 2017, soit entre l’arrivée sur le marché de la nouvelle formule et le retour partiel dans les pharmacies de l’ancienne formule sous le nom d’Euthyrox.

Une indemnité de 10.000 euros réclamée pour chaque plaignant

L’avocat réclame pour chaque plaignant une indemnité forfaitaire de 10.000 euros, considérant que le «préjudice moral est le même pour tout le monde». Près de 300 de ces patients sont attendus à l’audience de ce lundi. Celle-ci aura lieu dans une salle spécialement louée pour l’occasion à Villeurbanne, près de Lyon, où se trouve le siège du laboratoire. Au total, trois millions de patients prennent ce médicament en France, qui constitue le premier marché mondial.

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«Merck a-t-il manqué à son devoir d’information? Non, nous sommes catégoriques», a martelé à l’AFP le directeur juridique du groupe pharmaceutique Florent Bensadoun. Il affirme qu’un plan de communication «extrêmement large» avait consisté à envoyer «300.000 communications par courrier, fax et mail, auprès de 100.000 professionnels de santé» au moment du lancement en France de la nouvelle formule. «En tant qu’entreprise du médicament, Merck n’a pas le droit de communiquer directement auprès des patients, c’est la loi», a-t-il par ailleurs rappelé.

Actuellement, «2,5 millions de patients sont sous la nouvelle formule», indique le pharmacien responsable de Merck. Et cette formule contestée va être déployée dans 21 pays de l’UE à partir de 2019. Merck a par ailleurs assuré qu’il poursuivrait en 2019 l’importation en France d’Euthyrox en provenance d’Allemagne. L’obligation de délivrer l’ancienne formule du médicament à certains patients a fait l’objet d’une décision de justice confirmée en juin dernier. Sur le plan judiciaire, outre cette action civile examinée à Lyon, l’affaire autour de cette nouvelle formule fait l’objet d’une information judiciaire contre X instruite par le pôle santé du TGI de Marseille.