Alsace: Pourquoi la hausse des AVC, notamment chez les jeunes, est-elle plus forte dans la région?

MALADIES Après avoir remarqué une hausse des accidents vasculaires cérébraux plus grande en Alsace qu’ailleurs, le Réseau environnement santé veut aller plus loin pour comprendre en détail les causes…

Bruno Poussard

L'Alsace, le Bas-Rhin et Strasbourg sont les zones les plus touchées par la hausse des accidents vasculaires cérébraux invalidants en France. Pourquoi?
L’Alsace, le Bas-Rhin et Strasbourg sont les zones les plus touchées par la hausse des accidents vasculaires cérébraux invalidants en France. Pourquoi? — G. VARELA / 20 MINUTES
  • L’Alsace est la (triste) championne de France de la progression des accidents vasculaires cérébraux (AVC) dans l’Hexagone.
  • Le Réseau environnement santé interroge l’impact des causes environnementales et va lancer une étude pour y voir plus clair.
  • Pour un spécialiste, l’explication du phénomène observé dans les pays industrialisés tourne autour « des modes de vie et l’environnement ».

C’est un triste titre. Selon une étude du Réseau environnement santé, l’Alsace est la championne de France de la progression des accidents vasculaires cérébraux (AVC) en France.  Dévoilées fin 2017, ses conclusions ont montré que le nombre d’AVC invalidants est passé de 29 à 120 pour 100.000 habitants de 1997 à 2014, avec une augmentation pour les personnes de moins de 45 ans.

Plus d’un an et demi plus tard, le constat n’a pas vraiment évolué, ainsi que l’ont discuté plusieurs spécialistes rassemblés en colloque à Strasbourg fin novembre. La hausse de cette affection longue durée est d’ailleurs plus marquée dans le Bas-Rhin (jusqu’à 143 en 2014). Vis-à-vis de 1997, le nombre de personnes de moins de 45 ans touchées y a également été multiplié par 4.Voir l’image sur Twitter

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Quels facteurs à l’origine de la forte hausse en Alsace ?

Alors comment expliquer que la hausse des AVC invalidants soit encore plus forte ici qu’ailleurs ? Si l’obésité, l’hypertension, la malbouffe, la sédentarité, le tabagisme ou l’alcoolisme sont des facteurs connus depuis longtemps, le Réseau environnement santé (RES) interroge depuis dix ans l’impact des causes environnementales sur la santé, pesticides ou pollution…

Radiologue strasbourgeois impliqué dans la recherche du domaine, Thomas Bourdrel soumet justement : « En Alsace, la sédentarité et l’alimentation n’ont que peu évolué ces dernières années. La pollution de l’air, plus. Dans l’étude, on voit bien que la hausse des AVC se fait plus sur les zones urbaines et denses. Et la région de Strasbourg fait partie des zones les plus polluées du pays. »

Afin d’y voir plus clair sur les « différents facteurs » explicatifs, RES veut aller plus loin en regardant notamment « les bassins de vie », en s’intéressant à « la géographie de la santé », dixit André Cicollela, son président. Le réseau compte lancer ce nouveau travail (entre Haut-Rhin et Bas-Rhin et les zones rurales et celles plus urbaines) avant d’avoir obtenu tous les financements.

En entraînant un stress, la pollution de l’air majorerait le risque d’AVC

Mais pour Thomas Bourdrel, l’explication claire du phénomène « constaté dans beaucoup de pays industrialisés » tourne donc autour « des modes de vie et l’environnement ». Sans manquer de pointer aussi d’autres travaux menés à Strasbourg sur l’impact des drogues, le radiologue alerte, lui, sur la pollution du trafic (diesel et particules ultrafines) jugée de plus en plus dangereuse.

« Selon l’Organisation mondiale de la santé, les AVC représentent la première cause de mortalité liée à la pollution de l’air dans le monde, insiste-t-il. Le lien de causalitéest bien établi par des dizaines d’autres études en Europe. » Mais en France, les travaux – comme ceux que le RES va lancer – sont encore peu nombreux. Pourtant, le temps presse, d’après Thomas Bourdrel.

« Les preuves, on les a depuis longtemps, il ne faut pas attendre pour prendre des mesures », reprend encore le radiologue. En entraînant un stress oxydatif, la pollution de l’air majore selon lui le risque d’AVC. Surtout sur les habitants proches des axes routiers majeurs, comme l’A35 ou la route du Rhin. Ou encore sur ceux passant de longues minutes au volant tous les jours.PLANÈTEPollution: Le scandale des nanoparticules diesel sera-t-il «pire que l’amiante»?