Le fer serait coupable de certaines pertes de vision

Image d’illustration. Macrophotographie de l’iris et de la pupille. 
© Bradley Blackburn/123RF

Sylvie Logean
Publié mercredi 9 janvier 2019 à 20:58, modifié mercredi 9 janvier 2019 à 21:04.

MÉDECINE

Des chercheurs franco-suisses ont démontré le lien entre la perte de vision et une accumulation toxique de fer dans l’œil survenant lors de maladies rétiniennes. Une protéine pourrait représenter une piste thérapeutique

Pourquoi, lors d’un décollement de la rétine, près de 60% des patients ne récupèrent-ils pas complètement leur vue? Selon une équipe de scientifiques franco-suisses, dont l’étude est parue ce mercredi dans la revue Science Advances, une accumulation toxique de fer dans le liquide sous-rétinien pourrait expliquer une perte de vision lors d’affections touchant la rétine.

«On suspecte depuis longtemps le rôle du fer dans la dégénérescence rétinienne, mais on n’avait jamais pu démontrer de relations directes, chez l’homme, entre la quantité de fer présente dans l’œil et les fonctions visuelles, explique la professeure Francine Behar-Cohen, principale auteure de l’étude. En prélevant du liquide sous-rétinien chez des patients atteints de décollement de la rétine, nous avons observé que les personnes qui récupéraient le moins leur vision étaient celles dont la saturation en fer était la plus élevée.»

Essai clinique à l’horizon

Tout comme dans le reste de l’organisme, la quantité de fer dans l’œil doit être finement régulée. «Souffrir d’anémie ou d’hémochromatose [un excès de fer, ndlr] n’engendre pas de toxicité au niveau de la rétine, car l’œil possède son propre système d’homéostasie du fer, ajoute l’ophtalmologiste. Malheureusement, dans certaines pathologies, ce système de contrôle devient déficient.» Le fer crée alors des composants cellulaires nocifs, engendrant la mort des photorécepteurs.

 Francine Behar-Cohen et Emilie Picard

Les chercheurs ont également montré que la transferrine, protéine naturelle fixant le fer, exerçait des effets protecteurs sur les neurones de la rétine et pouvait préserver la vision. «Nous aimerions développer un traitement sur cette base en complément à la chirurgie. Celui-là pourrait être appliqué à toutes les maladies rétiniennes dégénératives.» Un essai clinique pourrait débuter d’ici à deux ans.