Levothyrox : «Je veux savoir pourquoi le cœur de ma sœur s’est arrêté»

>Société>Santé|Florence Méréo|05 février 2019, 18h57|MAJ : 05 février 2019, 19h30|0

Sophie, à gauche, est décédée le 14 août 2017. Deux jours plus tôt, elle participait à un mariage, avec sa sœur Valérie (à droite). DR

Existe-t-il un lien entre le décès de Sophie, 48 ans, et le nouveau Levothyrox ? Sa sœur Valérie a saisi la justice. L’enquête globale a été élargie à «homicide involontaire».

Sur la photo, Sophie -qui écrivait depuis son adolescence son prénom Sofi- est tout sourire, apprêtée dans sa robe rose pour célébrer un mariage. Comme toujours, Valérie, son aînée, est à côté. C’était le 12 août 2017. Deux jours après leur retour de vacances entre sœurs en Écosse. Deux jours avant que Valérie ne retrouve Sofi inanimée dans sa maison de Montpellier (Hérault). Elle avait 48 ans.PUBLICITÉ

« Je veux savoir pourquoi son cœur s’est arrêté. » Il n’y a aucune animosité dans la voix de Valérie. La quinquagénaire n’assène pas de certitudes. Mais elle constate, sobrement, que « tout s’est déglingué » quand Sofi a pris la nouvelle formule du Levothyrox, le médicament de la thyroïde sous le feu des critiques depuis son changement de formulation en avril 2017. « Tous ses problèmes ont commencé à ce moment-là. Faut-il faire le lien avec son décès, ou le défaire ? J’espère que la justice pourra le dire », explique celle qui a déposé plainte, avec sa mère et le grand garçon de Sofi.

Une justice sur laquelle elle compte plus que jamais. Nous le révélions en effet ce lundi, le parquet de Marseille a élargi l’enquête ouverte, après le dépôt de plainte de milliers de malades, au chef « d’homicide involontaire ». « C’est une étape décisive », croit savoir Me Christophe Lèguevaques, l’avocat de plus de 4 000 plaignants, dont Valérie. Le laboratoire Merck assure lui qu’aucune causalité n’a été établie entre des décès de patients et son médicament, pris aujourd’hui par 2,5 millions de Français.

«Fatigues extrêmes»

Sofi, psychologue en maison d’arrêt, prenait -tout comme sa mère- du Levothyrox depuis son ablation partielle de la thyroïde il y a plusieurs années. « Ma mère a très bien supporté le changement de formule. Ma sœur, ça l’a démolie. Elle disait : Depuis que la boîte a changé, ça va mal. » Valérie évoque là les « fatigues extrêmes » de Sofi, au point de demander un arrêt maladie. Ses pertes d’attention, au point de ne plus prendre la voiture. Ses douleurs « intenables » aux jambes, au point de ne plus en dormir et de passer une batterie d’examens (sans résultats).

« Son état l’angoissait terriblement. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Je ne l’avais jamais vue comme cela. Et puis, je l’ai trouvée dans son lit, belle comme tout… » Valérie ne termine pas sa phrase, coupée par un sanglot. Blessée par les affirmations catégoriques des médecins d’une « mort naturelle sans aucun lien avec le Levothyrox », la famille -sans présumer du résultat- espère que la justice ira plus loin dans ses investigations.

Un sentiment que comprend « parfaitement » la journaliste et romancière Annie Lemoine. Sa maman, 86 ans, est décédée le 20 décembre 2017, très affaiblie, dit-elle, depuis le changement de formule du médicament. Elle hésite à déposer plainte à son tour. « Quand j’ai appris la nouvelle de l’extension de la procédure à « homicide involontaire », nous confie-t-elle, j’ai été prise d’un sentiment de justice et de devoir. Pour les malades, c’est une petite porte qui s’ouvre sur le chemin de la vérité. »