Exposé au glyphosate, un agriculteur poitevin à la retraite fait une tentative de suicide

Mardi 5 février 2019 à 14:13Par Jules BrelazFrance Bleu Poitou et France Bleu

Jean-Paul Lucas, 64 ans, a tenté de mettre fin à ses jours le lundi 28 janvier devant l’agence Groupama de Châtellerault. Cet ancien agriculteur devenu handicapé suite à l’exposition au glyphosate explique son geste de désespoir par l’enfer administratif qu’il subit.

Jean-Paul Lucas, agriculteur à la retraite âgé de 64 ans, a été exposé au glyphosate en 2003.
Jean-Paul Lucas, agriculteur à la retraite âgé de 64 ans, a été exposé au glyphosate en 2003. © Radio France –

Scorbé-Clairvaux, France

Alors que s’ouvre mercredi le procès en appel d’un agriculteur charentais, Paul François, contre la firme Monsanto, le glyphosate semble aussi à l’origine d’un drame dans le Nord-Vienne. Jean-Paul Lucas, agriculteur céréalier, aujourd’hui à la retraite, raconte avoir été exposé et brûlé, par le pesticide. « C’était un produit que je pensais inoffensif. »

On était le 13 juillet 2003 et il me restait quatre hectares de colza à moissonner, j’avais ouvert les vitres parce que ma clim était en panne et j’ai brûlé, ma peau a brûlé en absorbant les vapeurs de glyphosate. 

Des brûlures au troisième degré mais pas de procès

Depuis cet été 2003, la santé de Jean-Paul Lucas n’a cessé de se dégrader. « Ce glyphosate m’a causé de gros problèmes pulmonaires, des brûlures externes, à chaque fois je faisais des œdèmes de Quincke, j’avais des brûlures jusqu’au troisième degré, beaucoup de problèmes respiratoires, et je suis devenu photosensible à la lumière. »

J’étais le pot de terre contre le pot de fer

L’agriculteur renonce à attaquer en justice Monsanto. « Je ne pouvais pas les attaquer pour des raisons financières ». 

Calvaire médical et administratif jusqu’à la tentative de suicide

L’exposition au glyphosate a été le début de la spirale infernale. « On se bat contre la maladie », raconte Jean-Paul Lucas, mais il y a aussi l’administration. « Ça été le déclic ».

Il faut toujours, toujours, toujours, fournir des preuves, vous imaginez pas la quantité de lettres recommandés, les démarches que j’ai faites, voilà pourquoi je suis passé à l’acte

Lundi 28 janvier, Jean-Paul Lucas, se gare sur le parking de l’agence Groupama de Châtellerault avec laquelle il est en conflit. « J’ai passé une corde à mon camion et je me suis pendu dans le vide ». L’agriculteur retraité est sauvé in extremis par un passant et des salariés de l’agence. À LIRE Glyphosate : la justice annule l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360