232 pesticides ou potentiels perturbateurs endocriniens retrouvés dans les lacs et rivières

ar Camille Gaubert le 18.04.2019 à 14h29

Très utilisés ou persistants, le glyphosate, l’atrazine et le métolachlor sont les 3 herbicides qui arrivent en tête des substances retrouvées dans les lacs et cours d’eau français, d’après un rapport de Générations futures. 

Eau

En France, près de 50% des masses d’eau sont en « bon état chimique », et 5% en « mauvais état chimique » (données insuffisantes pour le reste)FRANÇOIS GILSON / PHOTONONSTOP / AFP

Des traces de substances suspectées d’être des perturbateurs endocriniens ont été trouvées dans des lacs et rivières françaises, a fait savoir mardi 16 avril 2019 l’association Générations futures après avoir épluché des milliers de données publiques. Si l’analyse montre qu’il reste du chemin à parcourir, elle ne permet en revanche pas de statuer sur un éventuel risque pour l’environnement ou la santé humaine.

232 substances pesticides ou perturbateurs endocriniens suspectés trouvés dans les eaux du territoire

L’association Générations futures a trouvé « un total de 232 substances actives de pesticides ou de métabolites perturbateurs endocriniens suspectés recherchés au moins une fois dans un département« , avec en moyenne 41 substances actives pouvant être des perturbateurs endocriniens par département, selon un communiqué. « Les trois substances qui arrivent le plus fréquemment en tête sont le glyphosate, l’atrazine-déséthyl (l’atrazine est un désherbant interdit depuis 2003 ndlr), le métolachlor« , un herbicide, précise Générations futures. Ces trois substances constituent le trio de tête depuis 2009, d’après un rapport du service des données et des études statistiques du ministère de 2015. L’association a dressé une série de cartes pour montrer les départements les plus touchés.SPONSORISE

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Générations futures a utilisé les relevés d’observation de la qualité des cours d’eau regroupés sur le site public Naïades et a remonté jusqu’à 2015, puis s’est basée sur la base de données TEDX, qui répertorie les molécules suspectées d’avoir un effet de perturbation endocrinienne, en l’absence de liste officielle des perturbateurs endocriniens. En janvier 2019, le gouvernement a présenté un plan pour lister les perturbateurs endocriniens d’ici 2021 classés en trois catégories, « suspecté », « présumé » et « avéré ».

L’analyse de Générations futures est « similaire à celles que réalise le ministère lui-même« , remarque auprès de Sciences et Avenir Olivier Perceval, spécialiste de l’écotoxicologie à l’Agence Française pour la Biodiversité. Leurs conclusions sont d’ailleurs similaires : selon un rapport du ministère en 2013, 92% des points de surveillance des cours d’eau français rapportaient la présence de pesticides. « Les rares bassins exempts de pesticides se concentrant dans les zones montagneuses ou dans les zones dont l’agriculture est peu intensive« , dit le rapport.

PERTURBATEURS ENDOCRINIENS. Les perturbateurs endocriniens sont des substances ou des mélanges chimiques capables d’interférer avec le système hormonal. Ils peuvent avoir des effets négatifs sur la croissance, la fertilité, le comportement et être à l’origine de certains cancers. Ces substances peuvent être présentes dans des détergents, des plastiques, des cosmétiques, des textiles, des peintures et des pesticides.

Difficile d’estimer un risque pour la santé

Dans cette analyse, pas trace d’une évaluation des risques pour la santé ou l’environnement, ce qu’Olivier Perceval voit comme une preuve de « rigueur » de l’association. « Les concentrations mesurées dans les cours d’eau doivent être comparées aux normes de qualité environnementale (NQE)  pour établir un risque global pour l’environnement et la santé humaine« , explique-t-il. La NQE est une concentration de produit à ne pas dépasser pour préserver à la fois l’environnement et la santé humaine.

Or, non seulement tous les produits détectés ne sont pas tous des perturbateurs endocriniens avérés, mais de surcroit les valeurs de NQE pour ces substances ne tiennent pas toujours compte de ce mode de toxicité particulier. En effet, si la dose fait le poison pour la plupart des substances chimiques examinées (avec une perturbation de la croissance ou de la reproduction liées à l’exposition par exemple), la perturbation du système hormonal peut en revanche se produire à de très faibles doses. En conséquence, des tests spécifiques sont nécessaires pour définir une NQE qui tient compte du potentiel de perturbation endocrinienne d’une substance.

Quant aux normes de potabilité, elles ne sont pas pertinentes à prendre en compte dans le contexte de rivières ou lacs qui ne sont pas supposés être bus (contrairement à l’eau du robinet). Par exemple, la norme de 0,1 microgramme par litre pour le glyphosate est définie selon la valeur de détection basse, par précaution.

« Si un seul polluant excède la NQE, on déclare le mauvais état des eaux pour l’ensemble« 

« Lorsque la NQE ne tient pas compte de l’effet perturbateur endocrinien d’une substance chimique, il y a une démarche méthodologique à suivre pour calculer cet effet, pour éventuellement ajuster la valeur de la NQE« , explique Olivier Perceval. Un travail justement en cours chez l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), sous tutelle du ministère de la Transition Ecologique et Solidaire. »Les NQE reflètent l’état des connaissances actuelles, selon un consensus d’expert, ensuite suivi d’une mise à jour de la réglementation qui avance en forcément en décalé« , explique Olivier Perceval. « Il est bien sûr toujours possible de faire mieux, et c’est un travail continu« .

Comparer les prélèvements des eaux aux valeurs réglementaires de sécurité que sont les NQE, c’est notamment le travail des 6 Agences de l’Eau qui se partagent le territoire français. Selon leurs observations, elles constatent ou non le « bon état chimique » des masses d’eaux observées, c’est-à-dire des concentrations de polluants qui n’excèdent pas les NQE. « Si un seul polluant excède la NQE, on déclare le mauvais état des eaux pour l’ensemble« , note Olivier Perceval. Du côté de l’Agence de l’eau Seine-Normandie, qui rassemble certains des départements dans lesquels Générations futures a relevé le plus de perturbateurs endocriniens potentiels, 92% des rivières sont à ce jour déclarées en bon état chimique, et 39% de l’ensemble des masses d’eau (contre 23% en 2009).

En France, près de 50% des masses d’eau sont en « bon état chimique »

Sur l’ensemble du territoire français, 43,4 % des masses d’eau de surface sont évaluées en bon ou très bon état écologique, et 48,2% d’entre elles sont en bon état chimique (15,9% en mauvais état chimique, et 35,9% indéterminé pour cause d’informations insuffisantes), selon un rapport officiel de 2016. Des chiffres stables depuis 2013. « Si la qualité des eaux s’améliore pour certains polluants, leur état reste marqué par une présence préoccupante de nitrates, de pesticides et d’autres micropolluants« , précisait le rapport de 2016.

Si les teneurs restent globalement faibles, des pics importants sont relevés localement dans 54 des 191 secteurs hydrographiques du réseau de surveillance, en lien avec les zones de grande culture, d’après le rapport de 2016. « Les concentrations les plus élevées sont situées dans les zones de grande culture du Bassin parisien, du sud-ouest et du nord de la France, ainsi que dans les Antilles, qui subissent une pollution historique à l’insecticide chlordécone« .

BAIGNADE. Seules 5% des eaux de baignade sont de qualité insuffisante en France, et 70% de qualité « excellente », d’après le rapport de 2016. En cause, les « dysfonctionnement des stations de traitement des eaux urbaines ou des systèmes d’assainissement non collectifs, déjections et effluents d’élevages, eaux usées non traitées en provenance des navires, eaux pluviales souillées« .

Avec AFP.