Le vaccin Gardasil à nouveau sur la sellette

Garadasil

Un moratoire. C’est ce qu’a demandé la députée européenne Michèle Rivasi pour le Gardasil, un des deux vaccins mis sur le marché en 2006 en prévention du cancer du col de l’utérus, à l’issue d’une conférence de presse  organisée le 2 avril à Paris, qui rassemblait à la fois des scientifiques, des lanceurs d’alerte et des familles de victimes. 
L’objectif : suspendre provisoirement l’utilisation du Gardasil, du laboratoire Sanofi Pasteur MSD, en attendant d’en savoir plus par des études indépendantes et avant que la décision de doubler la vaccination des adolescentes, annoncée par le président de la République lors du troisième plan cancer, soit mise en place.

« Avait-on toutes les données ? »
« Que les choses soient claires, je ne suis pas contre les vaccins, a précisé d’emblée la députée écologiste. Mais deux millions de jeunes filles de 13 à 26 ans ont reçu au moins une dose de Gardasil et je me demande si quand ce vaccin a reçu son autorisation de mise sur le marché, on avait toutes les données pour lui accorder car il y a de plus en plus de remontées d’effets secondaires ». Et d’ajouter : « Et on n’a pas la garantie de son efficacité. On nous dit qu’il prévient 70% des cancers du col mais les vrais chiffres seraient plutôt de 20% ».

Il n’y avait pas d’urgence
Autre point soulevé par la députée : la contradiction entre l’urgence avec laquelle le Gardasil a été commercialisé et la réalité du cancer du col de l’utérus qui ne représente en France que 1,7% des cancers et 0,7% de l’ensemble des décès par cancer. Des morts de trop certes, mais qui pourrait être réduite si le frottis de dépistage, qui, pratiqué régulièrement, a montré son utilité pour diminuer l’incidence de ce cancer, était généralisé.

Océane, première victime reconnue
Pour protéger leur fille de ce cancer, les parents d’Océane l’ont faite vacciner lorsqu’elle avait 15 ans. « On a fait confiance à notre généraliste et aux autorités de santé,  Aujourd’hui, Océane vit un véritable enfer », raconte son père. Suite à la vaccination, Océane a développé une encéphalomyélite aigüe disséminée. Après une expertise de 18 mois, la Commission de Conciliation et d’Indemnisation des Accidents Médicaux de Bordeaux a conclu à une imputabilité du vaccin. Les parents d’Océane ont porté plainte au pénal « Nous voulons connaitre la vérité sur ce vaccin ».

Une efficacité encore incertaine
D’où viennent les soupçons qui pèsent sur le Gardasil ? D’abord, de la désinformation. Selon Lucija Tomljenovic, chercheuse à l’université de la British Columbia au Canada, seules 5% des femmes infectées par les papillomavirus (HPV) vont déclarer un cancer du col de l’utérus qui met 20 à 30 ans à se développer, « Cela laisse largement la place à une détection par frottis. Ce cancer mettant longtemps à apparaitre, pour démontrer le rôle préventif du vaccin, il faudrait faire des études sur une quinzaine d’années. Or, les études sur le Gardasil ne dépasse pas 4 à 5 ans et celle sur le Cervarix, 8 ans », assure-t-elle. Contrairement à ce qui est officiellement annoncé, leur efficacité n’est donc pas démontrée et la durée d’immunité incertaine.

Désinformation des médecins
Par ailleurs, le Gardasil agit contre quatre souches de papillomavirus, 6, 11, 16, 18, sur plus de 100 possibles. Non seulement, les études montrent que ces souches ne sont pas très fréquentes en Europe mais elles indiquent qu’il faut d’autres co-facteurs (oestrogéniques, etc.) pour qu’un cancer se déclare et que le taux d’efficacité du Gardasil ne serait que de 16,9% chez les jeunes filles vaccinées qui n’ont pas commencé leur vie sexuelle. Pour les autres, il se situerait dans une fourchette de 16,9% à 70%. « De toute façon, c’est moins que le frottis qui prévient au moins 75% des cancers du col, précise  Lucija Tomljenovic. Les autorités de régulation reprennent le discours des firmes et donne de fausses informations aux médecins ». Plus troublant, la chercheuse fait par d’une étude comparative sur les jeunes filles vaccinées et non vaccinées : le risque d’avoir un cancer du col est sensiblement le même dans les deux cas.

Pas loin de 150 décès aux Etats-Unis
Ensuite, les effets indésirables. En France, pour le Gardasil, 351 victimes étaient recensées en 2011 par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament. Le taux d’effets indésirables graves étaient de 8,1 cas pour 100 000 doses. Un chiffre sous-évalué puisque 1% à 10% seulement des  effets indésirables des médicaments et des vaccins sont notifiés en France. Selon le Pr Chris Shaw, neurologue à l’université de la British Columbia (Canada), des convulsions, syncope, paralysie, syndrome de Guillain-Barré, maladies auto-immunes, thrombose, pancréatite… sont décrites. Aux États-Unis, 149 décès auraient été enregistrés.

L’aluminium suspecté
L’hypothèse d’un lien avec l’adjuvant aluminique contenu dans le vaccin est évoqué. « Il est formellement établi que l’aluminium est biopersistant dans l’organisme et neuromigrant, cela veut dire qu’il est capable de de migrer du site d’injection du vaccin au cerveau », affirme le Pr Romain Gherardhi. Ce spécialiste sait de quoi il parle, avec son équipe du CHU Henri Mondor à Créteil, il a été le premier à mettre en évidence l’existence d’une lésion, la myofasciite à macrophages, présente des années après la vaccination dans le muscle deltoïde (bras) d’un certain nombre de patients. Caractéristique de cette lésion : elle renferme des cristaux d’aluminium qui, chez des personnes prédisposées génétiquement, pourraient provoquer des troubles. 
Bizarrement : chez des filles vaccinées avec le Gardasil, deux ans après, on a retrouvé des nanoparticules d’ADN des virus HPV 11 et 18 « collées » à l’aluminium. « Elles ne devraient pas être là, cela signe un problème dans le process du vaccin, il n’est pas propre », constate le Pr Gherardhi. Est-ce l’origine des problèmes ? On ne sait pas. Mais pour ce chercheur, le premier impératif est de « supprimer l’aluminium dans les vaccins ».

25 plaintes déposées fin avril 
Le moratoire demandé par Michèle Rivasi s’ajoute à la pétition signée par plus de 400 médecins -dont Irène Frachon- pour demander l’ouverture d’une mission parlementaire sur le Gardasil. Maître Jean-Christophe Courbis, avocat des victimes, a annoncé qu’il allait déposer 25 nouvelles plaintes contre ce vaccin d’ici la fin du mois d’avril.

En Autriche, suite au décès d’une jeune fille et aux résultats d’une étude indépendante, le Gardasil n’est plus dans le calendrier vaccinal ni remboursé. Le Japon, après que 1968 effets indésirables graves aient été notifiés, ne recommande plus cette vaccination depuis juin 2013.

Brigitte Bègue,