Des experts internationaux recommandent de limiter le recours aux traitements hormonaux dans certains types de troubles des hormones thyroïdiennes.

Aujourd’hui en France, 3 millions de personnes sont traitées pour une hypothyroïdie, maladie qui se manifeste par un manque d’hormones thyroïdiennes. Des hormones pourtant indispensables pour l’énergie musculaire, l’humeur, le rythme cardiaque et bien d’autres fonctions. Mais certains patients seraient en réalité traités à tort, d’après une étude récemment publiée dans le British Medical Journal (BMJ). Les auteurs, un groupe international de médecins généralistes et de patients, recommandent aux professionnels de santé de moins prescrire de traitement aux patients atteints par un type particulier d’hypothyroïdie: l’hypothyroïdie fruste.

L’hypothyroïdie fruste est une maladie de la thyroïde due à un dérèglement hormonal qui touche 5% de la population. En temps normal, la thyroïde fabrique deux hormones, la T3 et la T4. Leur synthèse est contrôlée par la TSH, une hormone produite par le cerveau. En cas d’hypothyroïdie fruste, la fabrication de TSH augmente un peu ce qui a pour effet d’abaisser le niveau de T4, sans pour autant le faire sortir des valeurs normales, contrairement à une hypothyroïdie «patente» où la T4 est inférieure au seuil minimum. L’hypothyroïdie fruste peut entraîner de la fatigue, une légère prise de poids ou des troubles cardiovasculaires à la suite d’un dérèglement du cholestérol.

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Des prescriptions excessives?

En France, les autorités de santé recommandent de ne prescrire un traitement hormonal que si la TSH dépasse 10 mUI/l. Mais d’après les auteurs de cette nouvelle étude, ces recommandations ne sont pas suivies et des traitements sont prescrits même lorsque le taux de TSH est inférieur à ce seuil. «De nombreux patients repartent avec une prescription alors que leur TSH n’atteint pas le seuil justifiant un traitement», confirme le Dr Françoise Borson-Chazot, endocrinologue au CHU Louis Pradel à Lyon.

Les niveaux de TSH peuvent varier sous certains facteurs: stress, maladie passagère, vieillesse, obésité etc. En outre, les niveaux d’hormone peuvent revenir à la normale sans traitement dans les premiers temps de la maladie. «Il faut s’astreindre à vérifier le dosage de TSH et ne pas décider de traiter sur la base d’une seule analyse de sang lorsqu’il n’y a pas de cause évidente d’hypothyroïdie», poursuit le Dr Borson-Chazot. «Traiter cette pathologie si cela n’est pas nécessaire peut être dangereux car on estime que près de 30% des patients avec un traitement hormonal pour l’hypothyroïdie se retrouvent en hyperthyroïdie faute de surveillance adéquate». Or l’hyperthyroïdie s’accompagne de symptômes qui peuvent être très invalidants: bouffées de chaleur, transpiration, augmentation du rythme cardiaque ou encore perte de poids.

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Traiter au cas par cas

Les auteurs de l’étude publiée dans le BMJ vont même plus loin en préconisant de ne pas prescrire de traitement hormonal tant que la TSH ne dépasse pas 20 mUI/l. Ils s’appuient pour cela sur une vaste étude publiée en 2018 qui montre que la thérapie hormonale n’améliore pas l’état du patient si le taux de TSH se situe en-deçà de ce seuil. Selon eux, il est préférable de se contenter d’un suivi médical régulier afin de contrôler les fluctuations hormonales.

Le Dr Françoise Borson-Chazot n’est pas opposée à cette proposition mais elle met en garde: «Chez les patients qui ont déjà des antécédents de troubles cardiovasculaires, ne pas prendre de traitement peut avoir des conséquences car une hypothyroïdie peut entraîner une augmentation du cholestérol». Et ce n’est pas tout: une hypothyroïdie fruste mal traitée peut également s’aggraver en hypothyroïdie patente. Traiter ou ne pas traiter, la question n’est donc pas simple.

Ces recommandations ne s’appliquent cependant pas aux femmes qui envisagent une grossesse et il n’est pas certain qu’elles soient valables pour les patients de moins de 30 ans (les données scientifiques manquent). Les auteurs estiment que d’autres études sont nécessaires pour identifier quels patients ont vraiment intérêt à prendre un traitement. «Il faut en effet réduire le recours au traitement, mais sans être drastique», poursuit le Dr Borson-Chazot. «Il faut commencer par respecter la recommandation de ne rien prescrire quand la TSH est à peine augmentée. Et si elle dépasse le seuil de 10 mUI/l, sans atteindre les 20 mUI/l préconisés par l’étude, il faut discuter au cas par cas de l’éventualité de prendre un traitement, sauf si le patient présente des facteurs de risque ou des antécédents de maladie cardiovasculaire, auquel cas un traitement est indispensable.»La rédaction vous conseille