Aliments ultra-transformés : quels sont les risques potentiels pour la santé ?

Deux nouvelles études publiées jeudi montrent que l’abus de plats industriels « ultra-transformés » augmente le risque cardiovasculaire et de décès. 

Des céréales ultra-transformées dans un supermarché. (photo d\'illustration) 
Des céréales ultra-transformées dans un supermarché. (photo d’illustration)  (HERV DE GUELTZL / PHOTONONSTOP / AFP)

Mis à jour le 30/05/2019 | 19:14
publié le 30/05/2019 |

Les aliments industriels ultra-transformés sont scrutés de près par les chercheurs et les médecins nutritionnistes. Et le constat est accablant. Deux études européennes menées auprès de plus de 120 000 personnes et publiées jeudi 30 mai suggèrent que l’abus d’aliments ayant subi des procédés industriels de transformation, et contenant de nombreux additifs,augmente le risque cardiovasculaire et de décès.

Ces aliments, qui représentent plus de la moitié des apports énergétiques dans de nombreux pays occidentaux, selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), sont généralement plus riches en sel, graisses saturées ou sucre et pauvres en vitamines et en fibres. S’y ajoutent des contaminants provenant des emballages et des contenants en plastique.

Ces nouveaux travaux renforcent les arguments d’études précédentes liant les plats hautement transformés à un risque accru d’obésité, d’hypertension artérielle, voire de cancers. Franceinfo dresse la liste des effets délétères sur la santé des aliments ultra-transformés qui ont déjà été relevés par des chercheurs.

Des maladies cardiovasculaires 

L’étude française de l’Inserm, dirigée par la docteure Mathilde Touvier, révèle que la consommation d’aliments ultra-transformés est associée à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires (1 409 cas sur les 105 159 participants), de maladies coronariennes (665 cas) et cérébro-vasculaires (829 cas). Une augmentation de 10% d’aliments ultra-transformés dans la nourriture – en passant par exemple de 15% à 25% – est associée à une augmentation de 12% du risque de maladies cardiovasculaires.

Il ne faut pas être alarmiste et dire que si on consomme de temps en temps un plat ultra-transformé ou un soda, on augmente son risque de faire un accident cardiaque de 12%. C’est la consommation régulière qui importe.Docteure Mathilde Touvierà l’AFP

Comme ses collègues, elle prône la consommation d’aliments bruts (légumes, fruits, poisson, lentilles, noix…). « L’étude ne permet pas à elle seule de conclure à un lien de cause à effet, mais l’association entre aliments ultra-transformés et risque de maladies cardiovasculaires est statistiquement significative en tenant compte des autres caractéristiques des participants (tabac, alcool, niveau d’activité physique, statut socio-économique, âge, sexe, poids…) », souligne Mathilde Touvier. 

Un risque accru de cancers 

Une étude scientifique réalisée en France auprès de 105 000 personnes, publiée en févier 2018, a aussi établi une corrélation entre consommation de plats préparés de façon industrielle et risque de cancer. Selon ses auteurs,« la consommation d’aliments ultra-transformés a été associée avec un risque global plus élevé de cancer [accru de 6 à 18%]«  « et de cancer du sein [accru de 2 à 22%]« .

« Plus spécifiquement, les graisses et sauces ultra-transformées et les produits et boissons sucrées étaient associés à un risque accru de cancer globalement, et les produits sucrés ultra-transformés étaient associés à un risque de cancer du sein », ont précisé les chercheurs.

« Le lien de cause à effet reste à démontrer », a précisé l’Inserm, qui a financé l’étude avec d’autres institutions publiques françaises. Dans un éditorial, la revue médicale britannique BMJ  a souligné que cette étude ne proposait qu’une première observation, mais qui « mérite une exploration attentive et plus poussée ».

Une prise de poids 

Une étude publiée le 16 mai dans la revue Cell Metabolism a mis en évidence que la consommation d’aliments ultra-transformés conduit à une prise calorique plus importante, et donc à une prise de poids. 

Les volontaires recrutés dans le cadre de cette étude étaient soumis à deux semaines d’alimentation à base de nourriture ultra-transformée et à deux semaines d’alimentation à base d’aliments bruts – avec des apports caloriques strictement égaux. Dans les deux cas, ils avaient trois repas par jour, mais des snacks illimités. A la fin de l’expérience, les personnes qui avaient consommé les aliments ultra-transformés avaient consommé en moyenne 500 calories de plus par jour, avec plus d’apports en glucides et en gras, et moins de protéines. Et en deux semaines de ce régime spécial, ils ont pris en moyenne 900 grammes. 

Un accroissement des risques de mortalité 

Une étude de chercheurs de l’université de Navarre (Espagne), publiée le 30 mai, a évalué les associations possibles entre l’ingestion d’aliments ultra-traités et le risque de décès, quelle qu’en soit la cause. Selon celle-ci, une consommation plus élevée d’aliments ultra-transformés (plus de quatre portions par jour) est associée à un risque accru de mortalité de 62%, toutes causes confondues, comparativement à une consommation moindre (moins de deux portions par jour). Chaque portion journalière supplémentaire d’aliments ultra-transformés, augmentait le risque de mortalité de 18%.

Une étude américaine récente relevait aussi une association entre aliments ultra-transformés et risque plus élevé de mortalité de toutes causes, avec un échantillon représentatif d’adultes américains.A LIRE AUSSI