1970, lorsque Cousteau dénonçait la pollution critique des océans

1970 – Retour de la Calypso

Chaque 8 juin, la Journée mondiale des océans est célébrée pour rappeler que les océans jouent un rôle primordial dans notre subsistance. Pollution, perte des stocks halieutiques…  autant de problématiques déjà dénoncées par le commandant Cousteau en 1970.

Les océans qui recouvrent 70% de la superficie de la Terre sont en danger. Ce sont les véritables poumons de notre planète. Ils fournissent la plupart de l’oxygène que nous respirons et constituent aussi une source importante de notre nourriture et de nos médicaments. Ils sont surtout un élément indispensable de la biosphère.

Des lanceurs d’alerte sensibilisent l’opinion publique sur la situation critique des océans depuis plus de quarante ans. Au début des années 70, les consciences n’étaient pas encore prêtes à les entendre, ou au mieux, minimisaient leurs propos. Parmi eux, le commandant Cousteau exprimait déjà très clairement le péril qui menaçait les océans qu’il connaissait si bien. Lors de cette interview réalisée en septembre 1970 par Patrick Clément, au retour d’une expédition de la Calypso, le navigateur dressait déjà un constat glaçant de la situation. Néanmoins optimiste, il esquissait quelques pistes simples pour éviter le pire…

« On empoisonne progressivement l’océan et la vie diminue rapidement… »

Cousteau explique en premier lieu pourquoi la mer est plus polluée que la Terre…

« Depuis vingt ans, on peut estimer grosso-modo de 35 à 40% la réduction de la vie dans l’océan. Les océans sont encore plus pollués que la terre et c’est normal parce que la mer est le réceptacle de tous les égouts, de tous les déchets et même les échappements de voitures finissent dans la mer. A chaque fois qu’une ménagère tue un moustique avec une bombe de DDT, tôt ou tard, ça sera lavé par les eaux de lavage des murs qui finissent dans les égouts et qui finissent dans la mer. Les retombées radioactives sont lavées par la pluie et finissent aussi dans la mer. Enfin tout fini dans la mer.Tous les produits toxiques de notre civilisation aboutissent à l’océan. Et les océans ne sont pas aussi immenses qu’on l’a cru à un moment donné. Leur volume est limité et la capacité d’auto-purification de l’océan est dépassée à l’heure actuelle. Largement, et par conséquent, on empoisonne progressivement l’océan et la vie diminue rapidement. D’après des études scientifiques récentes. Depuis cinquante ans, il y a déjà 800 espèces qui ont disparu définitivement. Donc par extrapolation on peut estimer qu’il y a déjà un millier d’espèces qui a disparu, que ce soit dans l’air, sur terre ou en mer.« 

« … dans quelques générations, l’espèce humaine serait en voie de disparition. »

Les propos du commandant sur l’impact de déclin des océans sur la vie humaine sont sans appel et Patrick Clément s’en inquiète :  » Vous allez plus loin. Vous dites que si l’océan meurt, l’espèce humaine n’y survivra pas.« 

Affirmatif, le commandant répond : « Oui, ça c’est une chose qui n’est même pas discutable. La vie n’existe sur Terre qu’à cause de l’eau. Donc si on empoisonne le cycle de l’eau, à très brève échéance, on empoisonne également l’espèce humaine. »

Patrick Clément lui demande de préciser : « A très brève échéance ça veut dire quoi ? »

« Si des mesures n’étaient pas prises, je crois que dans quelques générations l’espèce humaine serait en voie de disparition. Je suis optimiste, par conséquent j’espère qu’on prendra toutes les mesures nécessaires pour enrayer le phénomène mais la partie n’est pas gagnée… »

« Il faut que les consommateurs exigent des produits propres… »

Le commandant Cousteau aborde ensuite les solutions encore envisageables pour inverser la tendance. C’est sans doute l’un des premiers à responsabiliser le consommateur et à l’inciter à être acteur de l’écologie.

« Ça va dépendre de la raison, non seulement des gouvernements mais de tous les consommateurs, de tous les gens, de tout le monde. Il faut que les ménagères, les consommateurs exigent des produits propres c’est-à-dire des produits dégradables, des produits de courte durée.« 

Bien avant l’heure, le marin prône le recyclage des objets et l’utilisation de matières biodégradables.

« Il faut vraiment, non pas des produits stables, comme ceux qu’on vend à l’heure actuelle, parce qu’ils sont moins chers mais des produits un peu plus compliqués, un peu plus efficaces mais plus coûteux, qui eux, se dégraderont tout seuls, sous l’influence du soleil ou des bactéries. Et par conséquent la toxicité de ce produit sera brève. A ce moment-là, on peut espérer nettoyer les océans et rendre l’espoir à la vie de l’homme.« 

Pour aller plus loin

En 1960, Alain Bombard, Biologiste, décrit l’origine de la pollution des océans, dont, en particulier, celle provenant des fleuves, auprès desquels les hommes se sont installés, qui se jettent dans les océans.  » Il ne faut absolument pas que cela devienne une suspension de produits plus ou moins toxiques, plus ou moins dangereux et si on jetait des tonnes de saloperies, des tonnes de produits chimiques dans la mer, on obtiendrait des solutions qui seraient horriblement onéreuses et on ne pourrait plus se servir de la mer pour l’alimentation en eau de l’humanité. »

XXème siècle : Maurice Auber : les différentes sources de pollution de la mer. « Parmi les produits qui sont les plus nocifs, nous citerons bien-sûr les hydrocarbures, les détergents, les pesticides et toutes les eaux résiduaires provenant de l’industrie. » (25 sept. 1970)

En 1974, dans le journal de 13h00, Haroun Tazieff, le célèbre vulcanologue alerte à son tour à propos de la pollution des eaux. Pour lui, la vision effrayante du futur que donne le film « Soleil vert  » dans lequel l’humanité se nourrit de ses morts, « ne sont pas des mythes. Cet avenir est tout à fait possible. .. Dans le sud de la Mer Rouge, vous avez du mazout qui flotte, vous avez des plastiques qui flottent.La pollution gagne le bien le plus précieux de l’humanité qui est l’eau. L’eau douce qui est essentielle, l’eau douce commence à être un problème en Belgique et pourtant Dieu sait si il y pleut ! »

Alain Bombard sur l’origine de la pollution marine et les moyens de la combattre. Il est à l’époque le conseiller écologique de François Mitterrand et explique que la mer est une poubelle, mais que le problème, depuis 250 ans, c’est que les objets que l’homme fabrique sont indestructibles et que l’océan ne peut plus les recycler. « C’est de là  » que vient selon lui la pollution. « Malheureusement nous n’avons pas les technologies pour la combattre » (1979)

Les éboueurs atomiques. Reportage sur les hommes chargés de la vérification de la qualité de l’eau de mer et du traitement des déchets radioactifs.(1970)

Le Prince Rainier de Monaco sur la pollution en Méditerranée. (1963)

Etude de la radioactivité en mer Méditerranée. (1963)

Florence Dartois