Conférence de presse du 27 juin à Toulouse

Levothyrox : les institutions sanitaires au pied du mur

Depuis le début de la crise, de nombreux médecins, bien au-delà du Conseil Scientifique de l’AFMT, ont été interpellés par le vécu de certains patients sous Levothyrox nouvelle formule (NF). Certains effets indésirables (EI) installés progressivement, et classiques d’une dysthyroïdie, étaient à l’évidence à rattacher à un problème de posologie, en rapport avec le transfert généralisé, obligatoire et bien imprudent, du Levothyrox ancienne formule (AF) vers son générique NF.

Par contre d’autres EI, survenant très précocement, en quelques jours après le transfert chez certains patients, ne pouvaient être rattachés à une dysthyroïdie en rapport avec une bioéquivalence individuelle atypique.

Il s’agissait notamment de douleurs musculaires, de fatigue intense, de céphalées, de troubles digestifs qu’ils n’avaient jamais connus. Ces signes nous ont fait évoquer une origine toxique, nous conduisant à réclamer des études complémentaires et la mise en place d’un groupe de travail scienntifique indépendant, réclamé aussi par ailleurs par le CRPV de Rennes et le CTPV de l’ANSM en octobre 2017.

Nous nous sommes heurtés au refus systématique de l’ANSM et de la DGS pour la mise  en place d’une Commission scientifique temporaire, démarche pourtant classique lorsque apparaît une « inconnue scientifique », qualification donnée par Madame la Ministre à propos de la crise en cours, crise ayant débordé par un  nombre inégalé de signalements les divers Centres régionaux de pharmacovigilance.

Aussi l’AFMT s’est-elle obstinée à faire expertiser la qualité des comprimés de Levothyrox de divers lots AF et NF produits en 2016, 2017, 2018 et 2019, rassemblés par appel aux patients.

Ne bénéficiant d’aucune subvention, publique ou privée, l’AFMT, association de patients agrée depuis 1999, a financé 3 séries d’analyses dont les 2 premières ont été contestées par le laboratoire Merck et les autorités officielles.

La première, a été réalisée par un laboratoire américain, ne souhaitant pas être cité, mais dont les conclusions sont versées au dossier d’instruction au TGI de Marseille.

La seconde, réalisée auprès d’un laboratoire CNRS de Toulouse en continuité avec les travaux précédents n’a pas été publiée mais a confirmé la présence d’impuretés non décrites dans le dossier de l’autorisation de mise sur le marché (AMM).

Par ailleurs, l’ANSM a publié sur son site depuis le 5 juillet 2018, deux chromatogrammes réalisés par son laboratoire de Montpellier. Sur ces chromatogrammes, apparaissent aussi des impuretés sur les comprimés NF, n’existant pas sur les comprimés AF.

Nous venons de prendre connaissance du pré-rapport du laboratoire public européen que nous avons saisi pour une nouvelle prestation de service, et qui confirme les résultats précédents.

Le schéma que nous vous présentons ce jour sera confirmé par publication dans une revue scientifique.

Notre méthodologie a démontré la présence d’une série d’impuretés qui peuvent être attribué à une réaction non décrite dans le dossier d’AMM, entre certains excipients : mannitol, stéarate de magnésium, acide citrique. Dans ces impuretés, l’une retient plus particulièrement notre attention : à l’état de traces dans les comprimés AF (2016) elle est retrouvée très présente dans les lots 2017 particulièrement générateurs d’EI, puis très diminuée (dans un facteur 5 à 10) dans les lots achetés en pharmacie en 2018 et 2019.

Ces  résultats sont donc retrouvés par quatre laboratoires sur 7 lots  NF 2017, sur 3 lots AF avant retrait, sur 2 lots NF 2018 et sur 1 lot NF 2019. Tous ces lots sont indépendants. Pourtant selon le laboratoire Merck, les lots seraient identiques depuis le transfert…

Les résultats que nous avons fournis au CNRS, ont fait l’objet de vérifications au sein de 2 laboratoires, sur des comprimés que nous avons fournis. Mais l’interprétation du CNRS diffère actuellement de celle des 3 laboratoires précités. Pourtant une interprétation « artefactuelle » ne peut être retenue : ces impuretés sont aussi retrouvées en utilisant la méthode d’extraction officielle de l’ANSM. Le mécanisme de formation de ces impuretés mérite une expertise globale de toutes les formulations. La récente publication de Shah et Coll, AAPS-pharm.sciencetech – ( 2janvier 2019) démontre l’impact de l’effet des ingrédients hygroscopiques sur la réactivité de la levothyroxine.

Par ailleurs, dès 1990, Gupta et Coll. , (journal of clinical pharmacy and therapeutics (1990) 15, 331-336), a montré qu’au moment de l’extraction, certains ingrédients réactifs pouvaient modifier la réactivité de la levothyroxine et générer des impuretés non décrites dans les dossiers d’AMM.

Sur ces bases, il n’est plus possible de considérer les lots AF et NF, ni même les lots NF entre eux, comme équivalents.

Nous appelons en conséquence les autorités officielles à entendre enfin les arguments de l’AFMT, et à ouvrir une expertise scientifique indépendante globale des mécanismes réactionnels que les laboratoires consultés ont identifiés.

Les données des derniers analyses seront versées au dossier d’instruction pénale ouvert auprès du TGI de Marseille.

Pour la Présidente de l’AFMT, Chantal L’HOIR,

le Conseil scientifique de l’AFMT

NB : pour mémoire rappel d’un lot Losartan Accord

L’ANSM a été informée par le laboratoire Accord de l’identification d’une impureté dans un lot de Losartan qu’il distribue. En raison de la détection de cette impureté le rappel du lot PW00369 est concerné par le rappel organisé le jeudi 29 mars 2011.