Levothyrox : une association demande une expertise indépendante concernant la présence «d’impuretés»

Pour Gérard Bapt, il faut une analyse indépendante pour déterminer d’où viennent les impuretés. AFP Publié le 28/06/2019 à 12:43 , mis à jour à 13:58      SantéFrance – Mondel’essentielL’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) demande aux autorités sanitaires de lancer une expertise scientifique indépendante de la nouvelle formule du Levothyrox. Des impuretés présumées pourraient expliquer les troubles dont se plaignent des milliers de patients depuis son lancement en 2017.

Céphalées, douleurs musculaires, fatigue, perte de cheveux, troubles digestifs… Longue est la liste des effets indésirables décrits par 31 000 patients (sur un total de 2,2 millions) depuis l’arrivée de la nouvelle formule du Levothyrox. Jeudi, Chantal L’Hoir, la présidente de l’AFMT et son conseil scientifique constitué de l’ancien député Gérard Bapt, et de l’ancien biologiste Jacques Guillet ont tenu une conférence de presse alors que des analyses ont révélé des impuretés dans les lots de la nouvelle formule du médicament.

« Il est nécessaire d’identifier ces impuretés pour savoir si elles sont en cause », a insisté Gérard Bapt. Selon ces analyses que l’association de patients a fait réaliser par différents laboratoires, dont du CNRS, une impureté, absente des lots de l’ancienne formule du médicament, « a une présence marquée » dans des lots de la formule datant de 2017. En revanche, « elle a une présence fortement diminuée, de 5 à 10 fois, dans les lots de la nouvelle formule, postérieurs à 2017 », souligne l’AFMT.

La thèse du chercheur toulousain se confirme

Un laboratoire public européen a aussi été sollicité par l’AFMT. Ses résultats vont être publiés dans une revue scientifique. Selon l’AFMT, « ils confirment les résultats précédents » notamment ceux d’un chercheur toulousain qui avait décelé un « élément impur » en analysant la nouvelle formule. Cette affirmation avait été réfutée par le CNRS, son employeur, pour qui le chercheur n’avait « pas respecté la déontologie scientifique indispensable ». 

 » Pour le CNRS, ces impuretés relèvent de l’artefact, nous ne sommes pas d’accord avec leurs conclusions », souligne Gérard Bapt. Pour lui, ces signes qui surviennent très tôt » sont liés à une molécule toxique.  » Cette substance étrangère pourrait avoir deux origines : soit il s’agit d’un défaut de fabrication, soit elle est obtenue par réaction chimique pendant le processus de fabrication. Notre suspicion c’est que le laboratoire a rectifié le tir discrètement après la formule de 2017 en mettant une nouvelle formule sur le marché en 2018 qui ne présente plus ces impuretés », assure Gérard Bapt. 

Sur la base des dernières analyses, « il n’est plus possible de considérer les lots ancienne formule et nouvelle formule, ni même les lots nouvelle formule entre eux, comme équivalents », analyse l’AFMT. « Il convient donc de pousser plus loin les analyses pour identifier précisément les impuretés », selon l’association, qui appelle « les autorités à entendre enfin les arguments de l’AFMT et à ouvrir une expertise scientifique indépendante ».

Les lots 2017 du Lévothyrox ne sont plus disponibles sur le marché, selon l’AFMT dont la requête se justifie par des « décès dont on soupçonne qu’ils puissent être la conséquence » de ces lots.

Cette affaire fait l’objet de plusieurs procédures en justice, et les données des dernières analyses seront « versées au dossier d’instruction pénale ouverte auprès du tribunal de grande instance de Marseille », note l’AFMT.

Mais une étude de pharmaco-épidémiologie, annoncée en décembre 2018 par le ministère de la Santé, n’a pas mis en évidence d’augmentation de problèmes de santé graves (décès, hospitalisations, arrêts de travail…) en lien avec le passage à la nouvelle formule (NF) du Levothyrox en France.

MANON ADOUE AVEC AFP