Et si c’était la thyroïde ?

Mardi 2 juillet 2019, par  Ciem

Vous vous sentez énervé, stressé, fatigué et un peu déprimé ? Votre thyroïde vous joue peut-être des tours. En s’emballant ou en devenant au contraire un peu paresseuse, cette petite glande endocrine, véritable chef d’orchestre du fonctionnement de nos organes, gâche la vie de plus de 6 millions de Français. Heureusement, une fois le diagnostic posé, des traitements efficaces peuvent être mis en place.

Située à la base du cou, la thyroïde ne pèse que 10 à 20 grammes et mesure à peine quelques centimètres. Sa mission est pourtant essentielle : « C’est cette petite glande en forme de papillon qui, à partir de l’iode, sécrète les hormones thyroïdiennes : la triiodothyronine (T3) et la thyroxine (T4), explique le docteur Catherine Guillet, endocrinologue et expert pour l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT). Ces hormones, la thyroxine en particulier, sont très importantes dans le tout début de la vie pour la construction du système nerveux du fœtus et de l’enfant. Elles agissent ensuite sur la croissance et règlent le niveau de fonctionnement des organes. La thyroïde sert au maintien de la température corporelle autour de 37°C, règle la vitesse de la fonction cardiologique et digestive et agit également sur le métabolisme osseux ainsi que sur le fonctionnement cérébral. » Dans le détail, la production des hormones thyroïdiennes est en réalité commandée par une autre hormone, l’hormone stimulation de la thyroïde ou en anglais la thyroid-stimulating hormone (TSH), elle-même sécrétée par l’hypophyse, une glande située à la base du cerveau. C’est la TSH qui permet à la thyroïde de libèrer la T3 et la T4 dans la circulation sanguine.

Hypothyroïdie : quand la thyroïde ralentit

Parfois, la thyroïde devient paresseuse et produit donc moins d’hormones. Le métabolisme de l’organisme est alors ralenti : le cœur bat plus lentement, le poids augmente, la digestion se fait plus difficile, les mouvements sont plus lents, le corps devient frileux, la peau est sèche. « On peut aussi constater un état général plutôt dépressif avec des troubles de la mémoire et un grand besoin de sommeil », ajoute le docteur Muriel Rochez-Fraiberg, endocrinologue et vice-présidente du Syndicat des médecins spécialistes en endocrinologie, diabète, maladies métaboliques et nutrition (Sedmen). Ce dérèglement est généralement causé par une agression du système immunitaire qui produits des anticorps (dits « anti-TPO ») dont l’action détruit les cellules thyroïdiennes. C’est ce qui se passe, par exemple, avec la thyroïdie de Hashimoto, la principale maladie auto-immune qui explique l’hypothyroïdie. « Ici, les facteurs de risque sont génétiques mais aussi environnementaux, notamment avec la présence de nombreux perturbateurs endocriniens autour de nous », précise le docteur Rochez-Fraiberg.
L’hypothyroïdie peut également être la conséquence d’un acte chirurgical : en présence de nodules inquiétants, si l’on suspecte un cancer, le chirurgien peut être amené à retirer tout ou partie de la thyroïde. Dans ce cas-là, l’hypothyroïdie est liée à l’insuffisance du traitement de substitution du patient, destiné à remplacer les hormones thyroïdiennes que fabriquait la thyroïde.
Plus rarement, il peut aussi s’agir d’atteintes au niveau de l’hypophyse. Parfois, celle-ci ne sécrète plus la TSH nécessaire, résultat : la thyroïde ne fonctionne pas correctement car elle n’est pas suffisamment stimulée. C’est ce qui peut arriver en cas d’adénomes (tumeur bénigne, non cancéreuse) hypophysaires.

Hyperthyroïdie : quand la thyroïde s’emballe

A l’inverse, l’hyperthyroïdie intervient lorsque la thyroïde produit trop d’hormones. Tout est accéléré : le cœur bat plus vite, le patient peut être victime de palpitations, de troubles du rythme cardiaque et du sommeil, subir une perte de poids et des diarrhées, de l’hypertension ou une insuffisance respiratoire, ressentir une faiblesse musculaire, avoir une peau chaude et moite, les cheveux cassants ou encore devenir agressif et particulièrement excité. « La forme la plus classique d’hyperthyroïdie est liée à une pathologie auto-immune : la maladie de Basedow, affirme le docteur Guillet. Ici, la déficience du système immunitaire induit la circulation d’anticorps (les anti-récepteurs à la TSH), qui miment la TSH et stimulent artificiellement la thyroïde. »
D’autres causes peuvent aussi expliquer l’hyperthyroïdie, comme le dérèglement des cellules thyroïdiennes elles-mêmes. Ces cellules anormales se multiplient jusqu’à former une petite boule, un nodule toxique, c’est-à-dire un foyer d’hyperactivité qui sécrète lui-même des hormones thyroïdiennes. « On peut aussi avoir plusieurs nodules formant un goitre, note Catherine Guillet. C’est ce qu’on appelle les goitres multi-nodulaires toxiques. »

Diagnostic

Le diagnostic des thyroïdies se fait en plusieurs étapes. Le plus souvent elles sont découvertes à la suite d’un signalement des symptômes par le patient lui-même. Marie a subi une ablation partielle de la thyroïde il y a vingt ans pour traiter son hyperthyroïdie et elle n’avait plus aucun symptôme, mais elle a commencé à ressentir à nouveau certaines affections en janvier dernier : « J’avais des palpitations cardiaques, des troubles du sommeil et mon tempérament se modifiait, raconte-t-elle. Je pleurais pour un oui ou pour un non et je me sentais particulièrement nerveuse. Parallèlement, mon ophtalmologiste a constaté que j’avais un œil qui sortait très légèrement de sons orbite. » En palpant son cou, son médecin découvre un lobe thryroïdien bien plus volumineux qu’à l’habitude. Or, les yeux exorbités et le goitre apparent sont les signes caractéristiques de la maladie de Basedow, responsable de l’hyperthyroïdie de Marie. La récidive de sa pathologie sera d’ailleurs confirmée par l’endocrinologue après avoir effectué à des analyses complémentaires.
« Lorsque l’on suspecte un problème de thyroïde, le premier examen à prescrire est une prise de sang pour mesurer le taux de TSH », détaille le docteur Guillet. Si le taux est anormalement bas, l’évaluation doit être complétée par un dosage des hormones thyroïdiennes T4 et T3. Lorsque le taux d’hormones T4 est trop élevé, d’autres examens seront réalisés pour trouver la cause de l’hyperthyroïdie et orienter le traitement (échographie, scintigraphie thyroïdienne, puis, en fonction des cas : dosage sanguin d’anticorps anti-récepteurs de la TSH dans la maladie de Basedow, scanner ou IRM en cas de goitre très volumineux). En parallèle, une évaluation destinée à mesurer le retentissement de l’hyperthyroïdie peut être prescrite : un bilan cardiovasculaire pour évaluer l’impact de la maladie sur le cœur et un bilan ophtalmologique en cas d’yeux exorbités.
Pour l’hypothyroïdie, le parcours est similaire : examen clinique pour déceler une éventuelle grosseur (un goitre thyroïdien peut aussi être présent en cas d’hypothyroïdie), examen du sang et, si la TSH est trop élevée, dosage des hormones T3 et T4 (ici, c’est un taux d’hormones T4 anormalement bas qui confirmera l’hypothyroïdie). Une échographie permettra ensuite de préciser le diagnostic. Selon la cause de l’hypo, la glande s’atrophie ou augmente, des nodules peuvent apparaître ou non… Enfin, des tests biologiques permettront également de rechercher la cause de l’hypothyroïdie (recherche d’anticorps antithyroïdiens) et d’évaluer son retentissement sur le fonctionnement de l’organisme.

Traitements médicamenteux

Si l’hypothyroïdie ne se guérit pas, on peut toutefois compenser le déficit d’hormones thyroïdiennes par un traitement substitutif composé de lévothyroxine (hormone de synthèse) comme le Lévothyrox dont on a beaucoup entendu parler ces derniers mois (lire l’encadré Lévothyrox). Une fois le bon dosage établi (ce qui peut être long) les symptômes s’améliorent généralement en quelques semaines. Pour adapter au mieux la dose d’hormones quotidiennes dans le temps, une surveillance biologique et clinique régulière est nécessaire. Généralement, ce traitement, « qui fonctionne très bien sur la très grande majorité des 3 millions de patients traités », selon le docteur Rochez-Fraiberg, sera suivi à vie.
Pour l’hyperthyroïdie en revanche, le traitement, un antithyroïdien de synthèse, est provisoire et dure entre douze et dix-huit mois. Son but est de faire baisser la production d’hormones thyroïdiennes jusqu’à retrouver un équilibre dans le fonctionnement de la thyroïde. Ici aussi, des prises de sang régulières sont nécessaires pendant le traitement pour mesurer le taux des hormones et la TSH. Si des troubles cardiaques et/ou oculaires (maladie de Basedow) sont associés, des bêtabloquants et/ou des corticoïdes seront également prescrits. En cas d’échec ou de récidive, un traitement de l’hyperthyroïdie par l’iode radioactif 131 pourra être envisagé. Son principe est de détruire une partie des cellules de la thyroïde afin que la glande produise moins d’hormones. Pour cela « on apporte une quantité définie d’iode contenant l’isotope radioactif et on va traiter un peu comme par rayonnement endogène, précise le docteur Guillet. La dose que l’on administre est très précisément calculée, cela se fait dans des centres spécialisés de médecine nucléaire qui pratiquent à la fois le diagnostic et le traitement. »

Nodules thyroïdiens

En cas de nodule, deux options sont possibles : s’il est bénin, une surveillance régulière de sa taille et du taux de TSH suffit. Si les médecins le suspectent d’être cancérigène (5 % des nodules thyroïdiens le sont), ils préconisent alors une ablation chirurgicale du lobe de la thyroïde, où siègent les nodules, ou de l’ensemble de la thyroïde (thyroïdectomies). L’opération se passe sous anesthésie générale. L’ablation totale de la thyroïde nécessite un traitement substitutif quotidien à vie par hormones thyroïdiennes. Ces médicaments peuvent également être prescrits après une ablation partielle si la sécrétion résiduelle est insuffisante. A noter que les thyroïdectomies, très fréquemment pratiquées il y a quelques années par crainte du cancer et souvent sans examen cytologique (l’examen qui détermine la pertinence à opérer ou non, lire l’encadré Thyroïdectomies), sont désormais beaucoup moins nombreuses. Le cancer de la thyroïde fait moins peur, il reste rare et peu évolutif. Dans 90 % des cas, il s’agit de cancers papillaires avec un taux de survie d’environ 98 % à dix ans.

Pour en savoir plus
• 100 questions-réponses sur la thyroïde : pour mieux comprendre les maladies de la thyroïde, de Michel Gerson, Beate Bartès, Agnès Smagala. Editions Ellipses (160 pages, 14,50 euros).
• Association française des malades de la thyroïde, Asso-malades-thyroide.fr.
• Vivre sans thyroïde, forum de discussion, Forum-thyroide.net.

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