Levothyrox : au ministère de la Santé, études contre études

Plus de deux ans après le début de la crise, le dossier Levothyrox n’est pas clos. Ce mardi, toutes les associations étaient réunies au ministère.

 « Nous n’avons ni toutes les explications ni les réponses à nos questions mais nous avons reçu une écoute », explique Beate Bartès, présidente de Vivre sans Thyroïde (VST).
« Nous n’avons ni toutes les explications ni les réponses à nos questions mais nous avons reçu une écoute », explique Beate Bartès, présidente de Vivre sans Thyroïde (VST). LP/Arnaud Journois

Par Florence MéréoLe 2 juillet 2019 à 18h41

Une fois n’est pas coutume, les trois associations de patients du Levothyroxavaient le sourire en sortant du ministère de la Santé ce mardi midi. « Moins pire que d’habitude », « ça va », « plus positif », entonnaient-elles en chœur. Si le désaccord de fond persiste, sur la forme autorités et usagers ont enfin pu se parler sereinement.

« Nous n’avons ni toutes les explications ni les réponses à nos questions mais nous avons reçu une écoute », explique Beate Bartès, présidente de Vivre sans Thyroïde (VST). « Ça y est, balayé l’effet Nocebo ! On ne nous rebat plus les oreilles avec cela », renchérit son homologue de l’Association française des malades de la Thyroïde (AFMT) Chantal L’hoir.

Parole d’experts contre paroles d’experts

Ce mardi, associatifs, médecins, chercheurs étaient nombreux autour de la table pour le sixième Comité de suivi du Levothyrox, le médicament au cœur de la polémique depuis son changement de formulation en avril 2017. Maux de tête, nausées, chutes de cheveux, crampes, vertiges : 32 000 patients ont déclaré des effets indésirables parfois très invalidants. Mais au menu de la réunion du jour, nous avions cette fois, avec le même temps pour chacun, parole d’experts contre paroles d’experts ; études contre études.

Et pour cause : le 13 juin, le gendarme du médicament (ANSM) a estimé dans un rapport très attendu qu’il n’y avait aucune « toxicité propre » au nouveau Levothyrox, ni de « risque augmenté de problèmes de santé graves. » Dans la même veine, le CNRS a, pour sa part, présenté ce mardi les résultats de ses analyses ou plutôt, il a refait de manière plus « fiable » les analyses discrètement effectuées par l’un de ses ingénieurs en novembre 2018 et qui démontraient la présence de deux impuretés dans les comprimés nouvelle génération.

Les données consolidées de l’organisme de recherche sont plus prudentes que les précédentes, concluant à un « artefact d’analyse », comprendre une altération qui rend les résultats non pertinents.

«Le consensus est loin d’exister»

« A partir de là, on pouvait plier les gaules et dire : C’est du passé ! Mais non, loin de là, car toutes les voix ne sont pas concordantes », s’exclame le conseiller scientifique de l’AFMT, le docteur Philippe Sopena, préférant voir le verre à moitié plein. Le duo Pierre-Louis Toutain/Didier Concordet, chercheurs en pharmacologie et en biostatistique qui en préparent une seconde, étaient en effet présents pour défendre sa première publication prouvant que les deux versions ne se substituaient pas parfaitement pour chaque malade.

Un constat partagé par l’épidémiologiste Catherine Hill qui vient de publier un long article dans la Revue du praticien assurant que « les deux formules ne sont pas bioéquivalentes ». « Concordet et Toutain ont montré que les études de Merck étaient basées sur des moyennes et non sur des individualités. Sur le plan juridique, rien à redire mais sur le plan des malades… J’ai bon espoir que cette crise du Levothyrox pourra permettre l’évolution des règles au bénéfice de la santé publique », note le docteur Sopena qui a assisté au Comité.Newsletter – L’essentiel de l’actuChaque matin, l’actualité vue par Le ParisienJE M’INSCRISVotre adresse mail est collectée par Le Parisien pour vous permettre de recevoir nos actualités et offres commerciales. En savoir plus

« Tout cela montre que le consensus est loin d’exister et qu’il faut poursuivre les études indépendantes », affirme Annie Notelet, présidente d’une nouvelle association (UPGCS). Un vœu qui semble pieux, les autorités n’ayant pas prévu de lancer de nouveaux chantiers en ce sens.

Plus d’ancienne formule du Levothyrox en 2020, vraiment ?

La mise à disposition de l’ancien Levothyrox devrait s’achever à la fin de l’année, mais les patients ne désarment pas. Des boîtes, à destination du marché russe, sont actuellement importées en France.

 6.8% des initiations de traitement de la thyroïde se font par l’ancienne formule du Levothyrox. (Illustration)
6.8% des initiations de traitement de la thyroïde se font par l’ancienne formule du Levothyrox. (Illustration) LP/ ARNAUD JOURNOIS

Par Florence MéréoLe 2 juillet 2019 à 19h51

Эутирокс : non, vous ne rêvez pas. Si l’on vous délivre en pharmacie des boîtes avec cette écriture cyrillique, il s’agit bien du Levothyrox ancienne formule. Des stocks à destination du marché russe, et fabriqués en Allemagne, sont en train d’être importés par Merck pour les patients ne supportant pas la nouvelle version du médicament de la thyroïde. «Il est strictement identique » à l’autre, insiste le laboratoire.

Jusqu’alors, les boîtes étaient déroutées du marché allemand mais celui-ci, après la France, la Suisse, la Turquie et la Belgique, vient à son tour de basculer de l’ancienne à la nouvelle formule. Un changement en passe d’intervenir dans tous les pays d’Europe, confirmant le clap de fin de la cohabitation entre le deux versions à la fin de l’année, nous confirme-t-on chez Merck. «122 000 patients sont encore sous ancienne formule. En changer pourrait les mettre en danger. Nous demandons une solution pérenne », lance le docteur Philippe Sopena, conseiller technique de l’Association de patients AFMT.

Un chiffre inquiétant a été donné ce mardi lors du Comité de suivi du Levothyrox : 6.8% des initiations de traitement de la thyroïde se font par l’ancienne formule, alors même que les professionnels savent qu’elle est appelée à disparaître. Les autorités ont demandé hier de faire cesser ces pratiques.

Une autre alternative en septembre

D’autant qu’il existe aujourd’hui des alternatives. Une autre spécialité, le Tsoludose, doit être commercialisée à partir de septembre. Encore faudrait-il qu’elle soit remboursée par la sécurité sociale. Le TCaps, alternative en capsule molle, ne l’est pas, entraînant une valse des prix en pharmacie.

«Nous avons constaté des écarts de 8€ à 17€ sur les Champs-Elysées », dénonce Beate Bartès, présidente de Vivre sans thyroïde. Face aux écarts, le laboratoire Genevrier a fini par apposer un prix indicatif de 9.95€. «Mais les autocollants sont décollés dans certaines pharmacies, s’insurge-t-elle. Des patients nous envoient des photos avec des traces de colle ! »