Commune par commune, la carte de France des pesticides

4 JUILLET 2019 PAR AURÉLIEN DEFER, MAUD GAUTIER, ANNABELLE GEORGES, DORIAN GIRARD, SARAH HADRANE, ANTOINE IRRIEN, BRIAC JULLIAND, HUGO PIGEON ET NICOLAS PINEAU (IUT DE LANNION)

Mediapart dévoile une base de données inédite sur les achats de produits phytosanitaires par commune. Publiée une première fois par le ministère de la transition écologique en juin 2018, elle a été retirée sous la pression des lobbys agricoles. Avant qu’une version caviardée ne soit mise en ligne le 1er juillet 2019.

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En 2017, les agriculteurs de France métropolitaine ont acquis 56 650 tonnes de produits phytosanitaires. Arrivent en tête ceux des communes de Chablis (Yonne), avec 199 tonnes, Lézignan-Corbières (Aude, 181 tonnes), Sancerre (Cher, 160 tonnes) et Segonzac (Charente, 150 tonnes). Point commun frappant entre ces quatre localités : on y exploite principalement de la vigne, l’une des cultures qui sollicite le plus de traitements.

Ce sont les premiers enseignements d’une base de données constituée par l’Agence française pour la biodiversité, à laquelle Mediapart a eu accès et dont une version caviardée a été publiée le 1er juillet sur le site Eaufrance, qui répertorie les achats de pesticides selon le code postal de leurs acquéreurs. On y trouve aussi les dénominations des vendeurs, des produits (comme le fameux Roundup) et des substances (glyphosate, etc.), ainsi qu’une classification selon leur dangerosité pour la santé et l’environnement.

Plus complet que les précédents jeux de données sur les pesticides – les données publiées en 2018 par l’ONG Générations futures, reprises dans de nombreux médias, portaient sur une échelle départementale –, celui-ci permet de cartographier plus finement la consommation de pesticides en France.

Cherchez une commune sur la carte ci-dessous pour connaître ses achats de pesticides en 2017. Utilisez le menu « visible layers » pour mettre en regard ces données avec la surface agricole et les types de cultures (vignes, céréales, oléoprotéagineux).

Les codes postaux représentés en blanc sur la carte sont ceux ne présentant aucune donnée. C’est-à-dire qu’aucune déclaration d’achat de pesticides n’y a été effectuée. © Sources : Agence française pour la bioversité, ministère de l’agriculture.

Par ailleurs, les jeux de données précédemment rendus publics détaillaient les ventes et non les achats. Si une entreprise bretonne vendait des pesticides à un agriculteur normand, les quantités étaient quand même attribuées à la Bretagne, malgré le fait que celles-ci étaient utilisées en Normandie. Localiser les acheteurs – qui sont souvent aussi les consommateurs – est ainsi le moyen le plus probant pour déterminer quels sont les plus gros usagers de pesticides en France.

Néanmoins, il est essentiel de rapporter les quantités de pesticides achetées à d’autres paramètres. D’abord, la superficie agricole utilisée (SAU) diffère selon les régions. Si l’Auvergne-Rhône-Alpes se procure onze fois plus de produits phytosanitaires (2 608,88 tonnes) que la Corse (233,86 tonnes), c’est aussi parce qu’elle possède 17 fois plus de surfaces agricoles (2 863 440 hectares en 2010) que l’île de Beauté (167 904 hectares).

© Mediapart

Ensuite, l’utilisation des produits phytosanitaires varie aussi selon les types de culture. Par exemple, en 2000, les viticulteurs consommaient à eux seuls 20 % des pesticides en France. Pourtant, à l’époque, selon des données du ministère de l’agriculture, les vignobles ne représentaient que 3 % de la surface agricole utile (SAU). En comparaison, les cultures de maïs aggloméraient 10 % de la consommation de pesticides pour 7 % de la SAU nationale.

D’autres éléments sont à prendre en compte. Les conditions météorologiques sur une année, d’une part, qui poussent les agriculteurs à acheter plus ou moins de produits. Les sièges sociaux des agriculteurs, d’autre part, qui ne se situent pas toujours dans les mêmes communes que leurs exploitations.

Un chef de service du ministère de la transition écologique, qui a souhaité rester anonyme, parle également d’un « effet de stock » concernant les pesticides : « Des agriculteurs ont commencé à stocker du glyphosate par précaution [en vue de sa future interdiction – ndlr]. Ils achètent beaucoup plus de produits qu’ils n’en consomment. »

© Mediapart.

© Mediapart

Cette enquête en deux volets a été réalisée par neuf étudiants en licence professionnelle de journalisme spécialité web à l’IUT de Lannion (Côtes-d’Armor), qui ont eu accès en exclusivité à la base de données de l’Agence française pour la biodiversité. Ils ont été encadrés par David Prochasson, Laurence Dierickx, Philippe Gestin et Olivier Trédan, enseignants à l’IUT, et Donatien Huet, à Mediapart.

L’article a été mis à jour le 4 juillet 2019 à 17 heures avec plusieurs précisions sur la publication en ligne des jeux de données le 1er juillet.