Scandale du Mediator: « Plus jamais ça! », dit un ex-patron de l’Agence du médicament

Par AFP le 26.11.2019 à 15h05

Dominique Maraninchi ex- patron de l’agence de sécurité du médicament, lors d’une conférence de presse le 7 décembre 2014AFP/ARCHIVES – KENZO TRIBOUILLARD

Dominique Maraninchi est arrivé à la tête de l’Agence de sécurité du médicament en février 2011 avec un « seul objectif », que le « drame » du Mediator ne se reproduise plus jamais, a-t-il expliqué mardi devant le tribunal correctionnel de Paris.

L’Agence était « en crise » en 2011, mise en cause dans le scandale du Mediator, médicament des laboratoires Servier commercialisé entre 1976 et 2009 et à l’origine de centaines de décès.

Il y avait alors au sein de l’Agence du médicament, qui s’appelait encore l’Afssaps (l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) mais s’apprêtait à devenir l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), « un sentiment de souffrance réel », « beaucoup de dénonciations internes » à coup de « lettres anonymes », raconte M. Maraninchi, aujourd’hui âgé de 70 ans.

Sa tâche, à la barre, est plus aisée que celle des précédents directeurs qui ont permis au Mediator de rester sur le marché jusqu’en novembre 2009. « A mon arrivée, mon seul objectif, c’était: plus jamais ça! », déclare l’ex-cancérologue. « J’espère que les modifications réglementaires, que l’issue de ce procès, rendront impossibles ces comportements », dit-il.

M. Maraninchi ne mâche pas ses mots contre les laboratoires Servier qu’il accuse de « 33 ans d’argutie plus ou moins fallacieuse sur la nature du Mediator » pour « positionner dans le diabète un amphétamine qui coupait l’appétit ». Le Mediator, présenté comme un anti-diabétique, a principalement été vendu comme anorexigène.

Il y a eu « des morts à cause d’un produit pas très utile, si ce n’est nul », accuse-t-il, soulignant que l’efficacité du Mediator contre le diabète était très limitée. Mais l’Agence qu’il a dirigée jusqu’en 2014 compte, aux côtés de la firme, parmi les prévenus. Elle est jugée pour homicides et blessures involontaires entre 1995 et 2009.

« Je ne veux pas dédouaner l’Agence », assure M. Maraninchi. « On a sifflé un peu tard la fin de la partie », admet-il. Mais Servier a entretenu « un brouillard complexe » qui a « peut-être trompé ceux qui avaient la responsabilité de décider » d’un retrait du médicament.

L’ex-directeur a souligné que le dossier Mediator avait été, pendant des années, ballotté de commissions en commissions au sein de l’Agence: « Cela a profité à la firme. (…) Cela a nuit au fonctionnement de l’Agence. Au bout d’un moment, il fallait prendre une décision ».

Une loi de 2011 a modifié l’Agence du médicament, notamment pour mieux lutter contre les conflits d’intérêt. Car jusque-là, « le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’était pas très transparent », note M. Maraninchi.