La crise de reproductibilité fâche certains chercheurs et ne permet pas aux jeunes chercheurs de s’exprimer

Publié en ligne le 20 décembre 2019 – Intégrité scientifique – Médecine

La crise de reproductibilité fâche certains chercheurs et ne permet pas aux jeunes chercheurs de s'exprimer

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Les jeunes chercheurs ne peuvent pas s’exprimer librement

Nous avons déjà évoqué dans cette rubrique la difficulté de reproduire les recherches publiées dans des revues scientifiques prestigieuses. Cette crise de la reproductibilité qui touche presque tous les domaines est à l’origine de nombreuses difficultés dans les milieux de recherche.

La non-reproductibilité parfois mise en évidence par des chercheurs issus de l’industrie

En biologie, ce sont des chercheurs de l’industrie pharmaceutique qui ont bien décrit le phénomène de non-reproductibilité.

Ainsi, en 2011, trois chercheurs de Bayer ont analysé 67 projets de recherche interne (cancérologie, santé de la femme et maladies cardiovasculaires) afin de valider certaines hypothèses avant d’engager des essais chez l’homme[1] . Seuls 20 à 25 % des 67 résultats, tous dérivés de publications dans des revues prestigieuses, ont pu être reproduits. En 2012, la société Amgen, spécialisée dans les biotechnologies, a cherché à confirmer des conclusions publiées concernant des travaux en cours dans le domaine de l’hématologie et de la cancérologie. Seuls 11 % des résultats ont pu être reproduits (6 cas sur 53 projets) [2].

Plus récemment, en 2019, des chercheurs de Novo Nordisk (USA, Suède, Danemark) ont analysé trois études (dans les domaines du diabète et du métabolisme) [3]. Ils ont mis en évidence le manque de rigueur des études animales, de la qualité des réactifs utilisés au laboratoire, et les variabilités au sein d’un laboratoire et entre laboratoires.

Que des chercheurs industriels critiquent des publications, dont la plupart des auteurs sont d’origine universitaire, n’est pas toujours accepté par les responsables universitaires. Certains reconnaissent cette crise, d’autres sont très critiques et n’acceptent pas de reconnaître l’existence de mauvaises pratiques.

Difficile de s’exprimer pour de jeunes chercheurs voulant que ces mauvaises pratiques cessent. Pourtant, une pétition circule, à l’initiative de jeunes chercheurs de l’université de Cambridge [4]. En voici quelques extraits :  « Nous sommes préoccupés par le besoin désespéré d’une réforme de la publication afin d’accroître la transparence, la reproductibilité, l’opportunité et la rigueur académique de la production et de la diffusion des résultats scientifiques […]. Nous sommes souvent l’objet de pressions pour publier contre notre éthique en nous menaçant de ne pas obtenir un emploi ou une subvention si nous ne publions pas dans des revues en particulier […]. Le fait de ne pas soutenir adéquatement les jeunes chercheurs, qui constituent un groupe vulnérable, nous empêchera de fournir des résultats universitaires exceptionnels et de devenir les chefs de file universitaires de l’avenir, ce qui nuira à la réputation de notre pays comme chef de file mondial de la recherche ».

La parole est difficile à libérer quand elle risque de heurter les seniors qui encadrent et dont dépend la future carrière. Ne serait-ce pas aux chercheurs seniors de prendre l’initiative, d’aider les jeunes chercheurs à partir sur des bases saines ?

Dans un article sur les coûts de la non-reproductibilité, un chercheur senior s’adresse directement à ces jeunes chercheurs [5] en commençant par  « reconnaître que nous avons accepté et profité de pratiques douteuses en recherche pendant toutes nos carrières » et en affirmant la nécessité de  « soutenir les jeunes chercheurs qui expriment des souhaits d’améliorer les pratiques en recherche » et qui rencontrent trop de résistances lorsqu’ils s’attellent à cette tâche. Ainsi,  « exiger des thésards des résultats “positifs” [qui confirment l’hypothèse de départ] est un incitatif fort pour qu’ils s’engagent dans des pratiques douteuses en recherche » et que les chercheurs confirmés devraient  « montrer l’exemple en expliquant que faire correctement est plus important que publier dans une revue prestigieuse ». Il ajoute que  « la plupart des seniors disposent de plus de liberté et devraient encourager les juniors vers plus d’intégrité scientifique. » Références

^[1] Prinz F et al., “Believe it or not : how much can we rely on published data on potential drug targets ?”, Nature Reviews Drug Discovery, 2011, 10 :712.

^[2] Begley CG et al., “Raise standards for preclinical cancer research”, Nature, 2012, 483 :531-533.

^[3] von Herrath M et al., “Case reports of pre-clinical replication studies in metabolism and diabetes”, Cell Metabolim, 2019, 29 :795-802.

^[4] “The Bullied Into Bad Science campaign”. Sur bulliedintobadscience.org

^[5] Poldrak RA, “The costs of reproducibility”, Neuron, 2019, 101 :11-14.Nous signalons volontiers

LUMIÈRE BLEUE – Éclairage à LED et écrans menacent-ils notre santé ?

Sébastien Point

book-e-book, Une chandelle dans les ténèbres n° 46, 2019


À en croire les médias grand public et les réseaux sociaux du net, la lumière bleue est un fléau : omniprésente dans notre environnement quotidien, depuis les ampoules à LED jusqu’aux écrans d’ordinateurs, elle aurait subrepticement commencé son travail de destruction de nos rétines et de dérèglement de notre horloge biologique. Il semble donc urgent de s’en protéger : brandissant quelque étude isolée, d’aucuns réclament un retour aux lampes à incandescence, d’autres exigent une baisse des niveaux d’exposition et prônent la sobriété lumineuse. D’autres encore vantent les mérites des lunettes anti-lumière bleue ou des filtres pour écrans, vendus chers à grands coups de publicités anxiogènes et d’argumentaires à l’emporte-pièce. Les parents, les médecins, les pouvoirs publics s’inquiètent…

L’auteur, physicien spécialiste des sciences et technologies de l’éclairage, revient sur ces inquiétudes et propose une analyse rationnelle et documentée de l’exposition humaine à la lumière bleue. Depuis le fonctionnement de la rétine jusqu’au traitement de l’information par le cortex visuel, en passant par les mécanismes phototoxiques, ce petit livre offre au lecteur les éléments de compréhension indispensables pour appréhender une réalité plus complexe et moins alarmante qu’il n’y paraît. Les lampes à LED et les écrans menacent-ils vraiment notre santé ?… Ou assiste-t-on à l’émergence d’une de ces nouvelles peurs technologiques, infondées mais rentables pour certains, qui caractérisent le début de ce siècle ?