Quand une centrale nucléaire toute neuve réveille la hantise de Tchernobyl

La Lituanie proteste contre une nouvelle centrale nucléaire biélorusse, située à 50 km de sa capitale, Vilnius. Les nouveaux tests de résistance de sûreté, avant une mise en route de réacteur, n’auraient pas été respectés.

Dans la salle de contrôle de la centrale nucléaire d’Astravets, conçue par le géant russe Rosatom, en Biélorussie (ici, en 2018).
Dans la salle de contrôle de la centrale nucléaire d’Astravets, conçue par le géant russe Rosatom, en Biélorussie (ici, en 2018). | EPA-EFE/WOJCIECHPACEWICZ

Afficher le diaporamaOuest-France  Christelle GUIBERT.Modifié le 19/01/2020 à 05h36 Publié le 18/01/2020 

Le ton monte entre la Lituanie et la Biélorussie. Le pays balte assure que sa voisine a mis en route le premier réacteur de sa centrale nucléaire d’Astravets sans avoir respecté le nouveau test de résistance de sûreté, dit « stress test », en vigueur dans l’Union européenne depuis le drame de Fukushima, en 2011. Les leçons de Tchernobyl, données il y a trente ans, n’ont pas été apprises, a martelé Zygimantas Vaiciunas, le ministre lituanien de l’Énergie, au site Radio Free Europe.

La colère des Lituaniens s’explique. Trois ans avant la catastrophe de Tchernobyl, en Ukraine, l’Union soviétique avait inauguré une centrale nucléaire en Lituanie, à Ignalina, près de la frontière biélorusse. Elle était équipée des mêmes réacteurs, de types RBMK, que Tchernobyl. Elle a été mise hors service en 2009, comme condition de l’adhésion du pays balte à l’Union européenne en 2004. Ignalina a servi de décor à la série à succès d’HBO sur la catastrophe nucléaire, diffusée à l’automne.

La centrale nucléaire biélorusse est située à Astravets, à moins de 50 km de Vilnius, la capitale lituanienne. | OUEST-FRANCE

Vilnius se consolait plutôt bien de cette perte d’énergie. À cette époque, la Biélorussie semblait avoir fait une croix sur l’atome. Placé sous les vents de Tchernobyl, le territoire biélorusse a essayé 70 % des retombées radioactives de l’accident, en 1986 ; 23 % de son sol a été contaminé. Mais la Russie, voulant conserver la mainmise sur le marché européen de l’énergie dans la région, a rapidement proposé une nouvelle génération de réacteurs plus sûrs à son ancienne république.

Des réacteurs de types VVER

L’affaire est signée en 2011. Le constructeur russe Rosatom livrera à Minsk quatre réacteurs de types VVER, à eau pressurisée, dotés d’une enceinte de confinement renforcée et d’un dispositif déclenchant automatiquement l’arrêt, en cas d’anomalie. Deux doivent être mis en service cette année ; les deux suivants en 2025. Des experts comme ceux de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont pu visiter le site dont l’exploitation a été confiée à la société russe Atomstroyexport. Ils ont confirmé une technologie supérieure aux réacteurs de Fukushima, au Japon.

La Lituanie ne conteste pas la technologie. Mais la sécurité dépend aussi du lieu d’implantation, assure le régulateur de la sécurité nucléaire lituanien. La capitale lituanienne, Vilnius, est située à moins de 50 km.

Or, depuis la catastrophe de Fukushima, en 2011, l’AIEA recommande qu’aucune centrale nucléaire ne soit construite à moins de 100 km d’un centre urbain. Astravets utilise aussi l’eau de la Nevis pour son circuit de refroidissement, la rivière qui arrose Vilnius en aval. Enfin, une activité sismique du secteur a été documentée dans cette région frontalière de l’Union européenne. La question clé est la sélection du site, qui s’est faite politiquement – géopolitiquement. Il s’agit d’une menace pour notre sécurité nationale, notre santé publique et notre environnement, assène le ministre Zygimantas Vaiciunas.

Comme pour Tchernobyl, un manque de transparence

Une menace sournoise. Les informations filtrent difficilement de la centrale d’Astravets. Il a fallu toute la pression de l’Union européenne pour que les autorités biélorusses reconnaissent en mai 2016, qu’un accident était survenu un mois plus tôt. La structure porteuse du confinement avait été partiellement détruite sur le site de construction. Sans conséquence.

C’est ce manque de transparence que dénoncent les Lituaniens. Il est jugé incompréhensible, après le silence coupable des autorités soviétiques sur l’ampleur de la catastrophe de Tchernobyl. De son côté, Rosatom assure qu’elle a toujours fourni les informations nécessaires à toutes les parties prenantes ».

  En   Finlande, où le géant du nucléaire russe a aussi vendu des réacteurs de type VVER, le régulateur a réussi à imposer le stress test de sûreté, obligatoire de l’UE. Mais bien que située à 20 km seulement de la frontière européenne, la Biélorussie n’est pas dans l’Union et semble plus proche du giron russe.