Dans plus de 90 % des cas, de l’étain a été trouvé dans les tissus, parmi les 25 patientesImplants Essure : le relargage de l’étain dans le corps est confirmé

AIN/Rhône |

Le laboratoire lyonnais Minapath a procédé à des analyses de tissus utérins de 25 patientes. Elles montrent un relargage de ce métal dans plus de 90 % des cas et confirment la corrosion de ce dispositif de contraception définitive.Par Sylvie MONTARON – 06:00 – Temps de lecture : 3 min | Vu 1379 fois

Le dispositif Essure a été retiré du marché en 2017. Photo DR

Les investigations se poursuivent à Lyon pour comprendre pourquoi des femmes implantées avec le dispositif de contraception définitive Essure souffrent de maux inexpliqués (asthénie, troubles musculo-squelettiques, de la mémoire, etc.).

Et les résultats des analyses réalisées par le laboratoire Minapath suscitent de nouvelles inquiétudes.

Une étude montrait déjà la corrosion

En quelques mois, ce laboratoire d’analyses minéralogiques, créé par le pneumologue Michel Vincent, a analysé les implants Essure et les tissus utérins de 25 patientes qui ont été explantées.

Dans plus de 90 % des cas, de l’étain a été trouvé dans les tissus. Cela confirme l’hypothèse née avec la première analyse réalisée au printemps 2019 de la corrosion au niveau de la soudure de l’implant, là où la présence d’étain est la plus importante.

Mais, en fait, cette corrosion avait été mise en évidence dès 2004, dans une étude menée par le fabricant (Conceptus à l’époque), deux ans après que le dispositif a reçu son AMM (Autorisation de mise sur le marché). « On voit qu’entre trois et six mois, la soudure se corrode beaucoup et qu’elle relâche de l’étain. Quand on lit ça, c’est invraisemblable. En fait, le dispositif se corrode tout le temps », s’exclame le Dr Vincent, auteur, avec d’autres scientifiques, d’un article sur les dix premières patientes, qui vient d’être soumis à une revue européenne de gynécologie.

« Peu probable » ?

Malgré ce relargage, l’AMM n’a pas été remise en question et, en 2013, la Haute autorité de santé (HAS) a même décidé de recommander la méthode Essure en première intention pour la stérilisation devant la ligature des trompes.

Tandis qu’en 2017, le comité d’évaluation mis en place par l’Agence du médicament estimait que la petitesse de l’implant (45,5 mg) et l’absence de friction rendaient « très peu probable un relargage massif des métaux qui le constituent ».

Un risque de composé toxique ?

Aujourd’hui, l’interrogation porte sur la quantité de métal présente dans le corps des patientes.

« Ce qui est sûr, c’est qu’on trouve de l’étain dans les parois et les cornes utérines mais il peut aussi partir dans la circulation sanguine », explique Michel Vincent.

Chez une patiente, de l’étain et de l’acier ont été retrouvés dans un nodule situé entre le rectum et le vagin.

Pour l’instant, les analyses sanguines réalisées par le laboratoire Biomnis n’ont pas été probantes.

Il va falloir faire appel à un laboratoire disposant d’outils plus sensibles pour repérer ces nanoparticules et surtout identifier leur nature. Car si l’étain en lui-même n’est pas très dangereux, il peut aussi se transformer en organo-étain, un composé toxique que l’on retrouve dans certains insecticides.

« C’est inquiétant du point de vue de la santé publique », estime Me Stephan Duval, l’avocat lyonnais qui représente une trentaine de patientes.

Les analyses lyonnaises intéressent en tout cas vivement les avocats américains, qui représentent 5 000 patientes dans une procédure collective contre Bayer.

Ils ont contacté le Dr Vincent après avoir découvert ses recherches… dans un article de nos confrères du Progrès.

À Lyon, Me Duval avait saisi le juge des référés pour demander une indemnisation de la patiente sur laquelle les premières analyses ont été réalisées. Sa demande a été rejetée.

Cependant, le juge a reconnu l’altération du dispositif, tout en posant la question du lien causal avec les troubles de santé de la plaignante.

Et pour Me Duval, qui a fait appel de cette décision, c’est déjà une première victoire.