Implants pelviens : Johnson & Johnson condamné à 344 millions de dollars d’indemnités

Un tribunal californien a jugé que la firme connaissait les risques de ces dispositifs portés par plus de deux millions de femmes dans le monde.

Par L’Obs avec AFPPublié le 31 janvier 2020 à 09h46

Le groupe pharmaceutique Johnson & Johnson a été condamné jeudi 30 janvier à payer 344 millions de dollars pour publicité trompeuse et mensongère dans la commercialisation d’implants pelviens destinés à traiter la descente d’organes et l’incontinence urinaire chez la femme, qui ont été posés à des milliers de patientes en Californie.

Ces dispositifs, aussi appelés « mesh » – inventés par des médecins français –, qui se présentent sous la forme de bandelettes et renforts pelviens implantables par chirurgie, sont au cœur d’une série de procédures en justice aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, révélait « l’Obs » en 2017.

LIRE AUSSI > Cette prothèse, qui « cisaille le vagin », fait l’objet d’un scandale mondial

Eddie Sturgeon, juge du comté de San Diego, a estimé que Johnson & Johnson connaissait les risques et les effets indésirables potentiels de ses produits lorsqu’il les a mis sur le marché, via sa filiale Ethicon. Il reproche notamment au groupe américain de ne pas les avoir inclus dans le matériel promotionnel qu’il distribuait aux médecins et aux patients.

« Les complications pouvaient être si graves qu’il était nécessaire de retirer le “mesh” mais, contrairement à d’autres implants, le retrait est difficile et peut demander plusieurs opérations chirurgicales », précise Sturgeon dans son jugement [PDF]. Il souligne :« Johnson & Johnson savait également que certaines des complications les plus graves de ce dispositif pouvaient être irréversibles. »

Parmi les effets indésirables figurent incontinence, infections, saignements et douleurs chroniques.

LIRE AUSSI > « Je ne pourrai plus jamais avoir de rapports » : la prothèse vaginale qui fait scandale

« Les profits avant la santé de millions de femmes »

« Johnson & Johnson connaissait les dangers de ces produits mais a fait passer les profits avant la santé de millions de femmes », a fustigé le procureur fédéral de Californie, Xavier Becerra. « Aujourd’hui, nous avons rendu justice aux femmes et aux familles marquées pour toujours par la malhonnêteté de Johnson & Johnson », a poursuivi Becerra, dont les services avaient entamé des poursuites contre la multinationale en 2016.

LIRE AUSSI > Douleurs insupportables, fatigue : le récit de mon errance médicale avec l’implant Essur

« C’est la première fois qu’un tribunal estime que Johnson & Johnson s’est livré à des pratiques commerciales trompeuses et illégales », ont-ils dit, ajoutant que la firme avait vendu plus 470 000 implants aux Etats-Unis entre 2008 et 2014, dont 30 000 pour la seule Californie.

A l’échelle planétaire, on estime que plus de deux millions de femmes sont porteuses de ces dispositifs.

Johnson & Johnson a indiqué au « New York Times » qu’il avait l’intention de faire appel du jugement.