Opinion | Coronavirus : le pangolin n’y est pour rien

TRIBUNE

C’est parce que l’humain détruit les zones d’habitation des animaux sauvages que les virus se répandent, mutent puis deviennent meurtriers, rappelle Inès Leonarduzzi. Il faudra en tirer la leçon, une fois que la pandémie de coronavirus sera endiguée.

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Par Inès Leonarduzzi (PDG de Digital For The Planet)Publié le 20 mars 2020 à 10h39Mis à jour le 20 mars 2020 à 10h42

Confinés chez nous, nous découvrons les limites de l’humanité. La planète est «fermée», jusqu’à nouvel ordre. Bien-sûr, un vaccin sera inventé et déployé, mais le virus reviendra, année après année, plus résistant et différent. Car les pandémies ne datent pas d’hier. Elles existent depuis que nous modifions les habitats naturels. Le fait est que nous manquons de connaissances, nécessaires pour comprendre ce qui nous arrive et éviter les crises futures. Endiguer les pandémies requiert l’effort de tous, et de fait, les bonnes informations.

La fréquence des pandémies s’est accélérée ces dernières années. On a connu Ebola, Zika, le SRAS, la grippe aviaire, Marburg, ou encore Nipah. Et la tendance va se poursuivre, de manière exponentielle. Il s’agit simplement d’une dynamique systémique, induite par nos modes de vie. On connaît aujourd’hui les liens de causalité entre la source du virus Ebola et la déforestation massive : le virus était apparu chez les chauves-souris d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ; des zones forestières ravagées. Les animaux sauvages n’y sont pour rien. C’est en fait tout notre mode de fonctionnement qu’il faut mettre à jour. Et il semble que tout mène…à l’écologie.

Destruction des écosystèmes

Le SARS-CoV-2, communément appelé coronavirus, est le résultat d’un phénomène naturellement présent dans la nature : la mutation de micro-organismes (communément appelés microbes) animaux inoffensifs présents chez des animaux sauvages en agents pathogènes humains. Les êtres vivants — nous compris — sont composés d’une multitude de micro-organismes inoffensifs. Mais dans un environnement modifié, ceux-ci mutent, s’adaptent afin de survivre, jusqu’à devenir des agents pathogènes, parfois mortels. On appelle ce phénomène le «passage de la barrière d’espèce». Dans ce cas précis, le pangolin est soupçonné par certains chercheurs d’avoir été un des éléments dans la transmission du coronavirus vers l’humain.

Ce phénomène n’a rien de nouveau : il a surgi à l’ère du néolithique, quand l’être humain a commencé à détruire les habitats naturels pour les rendre cultivables. L’agriculture de masse exige des déforestations. L’humain a rasé une surface équivalente à celle du continent africain pour élever des bêtes destinées à l’abattage. WWF estime que 170 millions d’hectares de forêts seront abattus d’ici à 2030. Et les déforestations provoquent, outre l’extinction des espèces et le dérèglement climatique, des pandémies. Nous sommes dans ce que  nous pourrions appeler une «crise du vivant».

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Quand les chauves-souris perdent leur habitat — vital à leur survie — elles sont contraintes de trouver refuge dans des arbres domestiqués, dans l’enceinte de jardins publics, privés ou encore dans les fermes. La contamination s’établit au moment où le chiroptère dépose (hypothétiquement) de la salive chargée de microbes sur un fruit ou les feuilles de l’arbre et quand l’humain entre en contact avec l’arbre ou les fruits infectés. Les pandémies naissent ainsi : quand l’humain contraint l’animal à s’installer dans notre habitat. Nous pourrions aussi évoquer la maladie de Lyme, dont on accuse à les tiques. Survenue plus récemment en Amérique du Nord, l’apparition de la maladie coïncident avec la déforestation massive des régions du Nord-Est américain, qui a eu l’effet de décimer les populations d’opossums et de rongeurs, hôtes traditionnels des tiques. Pour survivre, ces dernières se sont alors adaptés, prenant pour hôtes leurs nouveaux voisins : nous.

Plan social écologique

À la lumière de ces éléments, devons-nous continuer à être convaincus de la viabilité de nos modèles ? Qu’est-ce que cette mesure de confinement planétaire, de récession économique et de pertes d’humains doit nous enseigner ?

Le gouvernement français, avec les citoyens doivent répondre à ses questions. Peut-être en créant un grand «plan social écologique» qui permettrait, dans un tout premier temps, de mettre sur pied deux mesures fortes.

La première : l’intégration transversale de l’écologie (dans le sens étymologique, étude de l’habitat) et des principes de développement durable. Dès l’école élémentaire, les enfants devraient apprendre la signification d’une pandémie : comment elle naît, à quoi elle est due et comment on l’empêche. Aujourd’hui, nous n’apprenons aux étudiants qu’à être efficaces, performants et produire de la richesse, du PIB. C’est, il me semble, en intégrant à l’éducation nationale des valeurs cardinales écologiques que nous pourrons devenir un pays de citoyens plus que jamais conscients des enjeux présents et à venir.

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Pourquoi ne pas organiser, dans un second temps, les «états généraux du futur de l’agriculture et du bien-bâtir». Repenser, avec le concours des professions agricoles et de l’habitat, le modèle agricole actuel : imaginer comment le secteur peut se transformer et s’adapter aux enjeux actuels, différents de l’époque néolithique et l’après-guerre. Ces états généraux seraient l’occasion de définir de nouveaux modes d’expansion, des circuits courts et une consommation française à la fois équilibrée et responsable. Pour cela, on pourrait s’orienter vers l’habitat et l’agriculture verticale, l’écoconception ou le réemploi des matériaux et respecter les saisonnalités. Cela permettrait par ailleurs d’assainir les sols, rétablir des forêts pour y réintégrer oiseaux et animaux délogés, en cours d’extinction, et rééquilibrer les écosystèmes naturels.

Nous tendons à dominer la nature. Or, nous devons réapprendre à tisser «un lien d’amour» avec l’environnement. Nous pouvons réinventer notre façon d’être au monde, notre façon d’être des êtres humains, notre façon d’être intelligents. Le développement durable, outre la préservation des ressources naturelles, c’est aussi la préservation des femmes et des hommes. Mais le développement durable, c’est aussi l’affaire de tous, sinon il n’est rien. Plus nous agirons ensemble, et vite, disait Emmanuel Macron le 16 mars, plus nous surmenterons cette épreuve. Le confinement est une mesure de survie, l’apprentissage de l’environnement, une mesure de préservation. Préservons-nous.

Inès Leonarduzzi est PDG de Digital For The Planet.

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