Coronavirus : Anticorps, deuxième vague, vaccin… Les questions autour de l’immunité contre le Covid-19

EPIDEMIE La piste d’une immunité collective des Français face au coronavirus semble aujourd’hui peu fiableAnissa Boumediene

Publié le 17/04/20 à 19h09 — Mis à jour le 17/04/20 à

Sortir du confinement va nécessiter du temps et des ajustements
Sortir du confinement va nécessiter du temps et des ajustements — Canva
  • Les dernières découvertes sur le coronavirus laisseraient à penser que les anticorps développés par les malades n’auraient pas forcément d’effet protecteur durable et efficace contre le Covid-19.
  • Lier le déconfinement à un passeport d’immunité ou à une immunité de groupe n’est donc plus envisagé par le Conseil scientifique.
  • Les chercheurs du monde entier sont à pied d’œuvre pour élaborer un vaccin contre le Covid-19.

Une pandémie qui ne régresse pas. Un confinement qui n’en finit pas. Et les mystères d’un virus qui ne s’éclaircissent pas. Un mois après le début du confinement en France, beaucoup de questions sont encore sans réponse. Tout juste sait-on qu’un début de déconfinement devrait s’amorcer à compter du 11 mai prochain, avec une réouverture progressive des écoles et de certaines entreprises, mais dans des conditions encore floues. Et qui vont être définies par l’exécutif au cours des prochaines semaines. D’ici là, combien d’entre nous seront immunisés contre le Covid-19 ? Parviendrons-nous à éviter une deuxième vague ? quand le vaccin pourra-t-il être disponible ?

Une immunité collective peu probable à ce jour

Un temps évoqué comme l’un des critères du déconfinement, le passeport d’immunité – consistant à déconfiner en priorité les personnes ayant contracté le Covid-19 et donc développé des anticorps contre la maladie, semble aujourd’hui être écarté. Le Pr Jean-François Delfraissy, immunologiste et président du Conseil scientifique, a émis des réserves sur la capacité de l’organisme des personnes infectées à développer des anticorps les protégeant efficacement et durablement du coronavirus. « Ce virus est très particulier. Nous avons remarqué que la durée de vie des anticorps protecteurs contre le Covid-19 est très courte. Et nous constatons de plus en plus de cas de récidives chez des personnes qui ont déjà eu une première infection », a-t-il déclaré dans un entretien accordé au quotidien italien La Repubblica. Ainsi, « le fait d’avoir des anticorps ne veut pas totalement dire qu’on est protégé », a-t-il ajouté ce mercredi durant son audition par la commission des lois du Sénat. « C’est pourquoi notre comité ne recommande plus de passeport d’immunité, une sorte de laissez-passer pour ceux qui ont eu une première infection », comme critère de déconfinement, a ajouté le Pr Delfraissy.

Ecartée par ricochet, la piste de l’immunité collective, « qui peut être atteinte lorsque 60 % de la population a contracté le virus, a indiqué le Dr Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine) et médecin référent de crise Covid-19. Or, tout l’enjeu des mesures de confinement est justement d’éviter une propagation massive de l’épidémie ». Ainsi, pour l’heure, « l’immunité populationnelle est autour de 10 % » dans les régions les plus touchées par le Covid-19, a estimé mercredi le Pr Delfraissy. De son côté, l’Office parlementaire scientifique sur l’épidémie de Covid-19, après un échange ce jeudi avec l’Académie nationale de médecine, a également « constaté les incertitudes encore fortes qui entourent le développement d’une immunité collective ».

Une deuxième vague à l’automne ?

Si l’été, avec ses températures élevées, « pourrait jouer un rôle » dans l’accalmie du virus, le président du Conseil scientifique craint que l’on « se retrouve en septembre avec une bouffée épidémique plus importante, craint le Pr Delfraissy. Il y a encore beaucoup d’inconnues qui font que la stratégie doit se faire étape par étape », a-t-il ajouté, appelant à « beaucoup d’humilité scientifique ».

Aujourd’hui, avec une immunité de groupe évaluée à seulement 10 %, la crainte d’un rebond du virus grandit. Car elle n’est aujourd’hui « pas au niveau où on la souhaite pour éviter une deuxième vague », a rappelé le Pr Delfraissy. Ce qui pourrait avoir une influence sur les conditions du déconfinement. Citant l’exemple de Singapour, qui connaît actuellement une deuxième vague épidémique très forte, le Pr Delfraissy n’exclut pas qu’il faille « pendant une longue période, libérer un peu, resserrer, libérer [les conditions du déconfinement] en attendant que l’on ait un certain nombre de médicaments à notre disposition ».

La recherche à pied d’œuvre pour élaborer un vaccin

C’est donc sur la recherche scientifique que les espoirs se portent. Alors qu’une bonne partie du globe est paralysée par le confinement, les chercheurs du monde entier sont à pied d’œuvre pour élaborer un vaccin et des traitements dans un délai record. Parmi eux, les chercheurs de l’institut Pasteur. « Nous essayons de comprendre pourquoi certaines personnes développent une très bonne réponse immunitaire en produisant beaucoup d’anticorps capables de neutraliser efficacement le SARS-CoV-2, et d’autres pas. Quelles sont les cibles de ces anticorps sur le virus ? Comment bloquent-ils précisément le cycle viral ? Sont-ils capables de détruire des cellules infectées ? Pour répondre à ces questions, nous étudions les interactions moléculaires des anticorps avec le virus, mais aussi leurs propriétés antivirales », explique Hugo Mouquet, responsable du laboratoire. Car « il y a probablement des anticorps protecteurs et neutralisants et des anticorps qui peuvent être facilitants » du virus, abonde le Pr Delfraissy. L’objectif pour l’Institut Pasteur est donc de découvrir et de caractériser les anticorps les plus neutralisants, afin de pouvoir en produire et, éventuellement, de les utiliser comme vaccin ou médicament.

Mais face à un virus émergent, ce n’est pas une chose aisée, et une telle découverte ne se fait pas d’un claquement de doigts. Si les scientifiques ont bon espoir de relever ce défi capital, nul ne sait quand ils y parviendront. Mais déjà plus de 500 projets de recherches sur le Covid-19 sont en développement à travers le monde. « Fabriquer un vaccin, c’est forcément long, a souligné jeudi sur RTL Philippe Gabriel Steg, chef du service de cardiologie à l’hôpital Bichat à Paris. Jamais la recherche ne s’est mise en œuvre aussi vite que pour le Covid-19, a-t-il ajouté. Si on a un vaccin en 2021, ce sera déjà un record historique ».SANTÉCoronavirus : Reprise de l’école et du travail, masques, dépistages… Les conditions d’un déconfinement sécurisé sont-elles réunies ?SANTÉCoronavirus : Le plasma thérapeutique, une piste prometteuse pour les patients atteints du Covid-19