Belle réflexion d’Anny Duperey

…Me vient l’envie de vous envoyer la « post face » que j’ai écrite en conclusion du livre COMPLICITES ANIMALE, que nous avons fait avec Jean-Philippe NOËL, voilà quelques mois. Une phrase de Jean Mercure, que je cite au milieu du texte, m’obsède depuis l’apparition de ce virus, les monstrueuses habitudes chinoises vis-à-vis des bêtes, les nôtres pour l’élevage industriel, et maintenant, ces foyers en abattoirs :

« …UN JOUR, NOUS PAIERONS TRÈS CHER CE QUE NOUS FAISONS SUBIR AUX ANIMAUX. » Nous y voilà….

« BELLES HISTOIRES… » conclusion, post face… Nous espérons, Jean-Philippe et moi, que ces histoires vous ont émus, amusés, surpris, qu’elles vous ont peut-être donné envie d’en découvrir davantage à propos des facultés d’empathie et d’émotion des animaux. Mais au delà du divertissement, nous aimerions, avec cet ouvrage, contribuer modestement à une prise de conscience – déjà amorcée dans nos sociétés, nous semble-t-il – à propos des conditions d’élevage, de transport et d’abattage, des animaux que nous mangeons, et qui sont, eux aussi, des êtres doués de sensibilité. Cette prise de conscience, je l’ai eue moi-même assez tardivement… Je me souviens encore, tant ses propos m’avaient frappée, moi qui, à 25 ans, n’avais jamais pensé à cela, de ce que m’avait dit un jour Jean MERCURE ( Homme de théâtre injustement oublié, et créateur du « Théâtre de la Ville » à Paris). Nous étions côte à côte, lors d’un de ces grands dîners parisiens qui réunissaient des gens de notre métier, et vu le nombre des couverts, le traiteur nous avait servi un plat unique, guère appétissant il est vrai. J’allais malgré tout attaquer une tranche d’une viande blanchâtre, lorsque Jean se pencha vers moi et me dit à l’oreille « Ne mange pas cela, c’est affreux… ». Il me raconta alors sa visite dans un élevage de veaux en batterie, comment ils étaient entravés, élevés dans le noir pour que leur chair reste bien blanche, et qu’il avait pleuré en voyant, lorsque l’on avait ouvert la porte pour le laisser entrer, toutes leurs têtes se tourner désespérément vers la lumière qui avait filtré un instant dans le hangar. Et que dire des poulets, parfois entassés par milliers, qui s’écrasent, se piétinent… Il avait voulu voir, pour SAVOIR, ce que peu d’entre nous ont le courage de faire. Il ajouta, et cette phrase reste gravée en moi : – « Nous mangeons une viande EMPOISONNÉE DE SOUFFRANCE. Et nous paierons très cher, un jour, ce que nous faisons subir aux animaux.» Quelques dizaines d’années plus tard, il est clair que nous commençons à le payer… Écologiquement, d’abord. Entendons-nous bien, personnellement, je mange de la viande… Je respecte les gens qui pratiquent végétarisme ou véganisme, et qui vont au bout logique de leurs convictions, mais je pense que de tout temps les hommes ont tué des animaux pour les manger, et cela continuera. Mais nous devons le faire avec mesure, alors que notre consommation, avec l’industrialisation mondiale des élevages, est devenue démente. Et surtout veiller à ce que les animaux soient élevés dans les conditions les meilleures et les plus proches possible de leurs besoins naturels, puis tués ensuite avec respect, sans qu’ils soient traités comme de la viande AVANT d’être morts. Pour cela, ils faudrait que ces être sensibles ne soient pas considérés, pour le profit, comme une « matière première ». Ma meilleure amie, en Creuse, est éleveur de bovins. Et je sais comme elle respecte ses bêtes, comme elles sont bien traitées, et comme ce sujet lui est sensible, elle qui connaît toutes ses vaches par leur nom. Serait-ce trop demander de revenir à cet élevage-là – qui rend aussi les éleveurs plus heureux !- de manger seulement une ou deux fois par semaine une viande qui ne soit pas « empoisonnée de souffrance », en se renseignant sur sa provenance ? D’exiger de nos dirigeant qu’ils cessent d’autoriser les longs transports monstrueux d’animaux vivants, les importations de viande depuis le bout du monde, l’abomination de l’élevage en cages ? Est-ce bien raisonnable, vu les urgences écologiques, que plus de la moitié des terres cultivables soient consacrées à la nourriture des animaux d’élevage, ainsi qu’une grande partie de l’eau douce disponible pour les abreuver, alors que la pénurie de celle-ci est annoncée ? Que les engrais employés pour cette agriculture, et les déjections des bêtes causent une bonne partie de la pollution mondiale ? Nous n’aurons pas tous, je n’aurai pas, moi non plus, le courage de Jean Mercure pour aller voir se qui se passe derrière les murs des hangars ou des abattoirs. Nous préférons ne pas savoir, ou pas trop… Mais nous savons tout de même, à présent, que tout le vivant est lié – végétation, arbres, animaux, nous, c’est un continuum. Et ce que nous faisons à la nature, aux animaux, c’est aussi à nous que nous le faisons. A court ou moyen terme, nous serons bien obligés de nous en rendre compte. Nous venons de lire des histoires qui montrent les capacité d’empathie, de compassion dont font parfois preuve les animaux, cette faculté étant démontrée par de plus en plus d’études et d’observations. Cultivons donc notre compassion à nous, animaux humains, refusons d’assécher notre cœur, de nous habituer à l’indifférence – ce serait renier notre plus belle part d’humanité. Il ne s’agit pas de sentimentalisme. C’est une urgence, dans notre propre intérêt aussi. A moins que nous, humains, soyons plus sauvages que les bêtes… Faire preuve de compassion et de respect envers ces êtres sensibles qui nous nourrissent, dont le sort est entièrement à notre merci, n’est-ce pas, en fin de compte, nous respecter nous-mêmes ? Anny DUPEREY