COVID-19 : UNE ÉPIDÉMIE PEUT EN CACHER UNE AUTRE (N°7)

COVID-19 et Maladies chroniques :Politique de l’autruche ou se préparer pour la prochaine épidémie« Quoique les taux de mortalité soient élevés chez les plus âgés, la plupart des patients ont été admis à l’hôpital avec des symptômes spécifiques du COVID et ne seraient pas morts autrement ».Cette phrase est issue d’une étude du NHS (National Health Service de Grande-Bretagne) portant sur 16 749 personnes hospitalisées dans 166 hôpitaux (28% des admissions en GB) [1]. Moyenne d’âge : 72 ans; comorbidité dans 53 % des cas [maladies cardio-vasculaires (29%), diabète (19%), maladies pulmonaires non asthmatiques (19%), asthme (14%)]. 17 % des malades ont été admis en soins intensifs dont la moitié d’entre eux (45%) est décédée.Le Figaro titre dans son édition du 13 mai « L’âge, premier facteur de risque de Covid-19 grave » accompagné d’un commentaire : « Les résultats d’une vaste étude anglaise sont implacables ». Cette étude du NHS sur 5 683 décès [2] met bien en évidence un facteur âge (10 % des décès touchent les < 70 ans) mais montre aussi que ces décès sont liés à des facteurs comme le sexe masculin (x2 par rapport aux femmes), et des comorbidités [diabète (x 2,4), asthme, obésité (jusqu’à x 3]. 64 % des décès concernent des personnes en surpoids ou obèses) ou hypertendues (74% des décès). Après ajustement sur l’âge, mise en évidence d’un excès de décès pour maladies cardiaques, pulmonaire et rénale ainsi que pour cancer, obésité et, fait nouveau, démence. Autre fait nouveau, le lien avec la pauvreté (indice de déprivation) et des facteurs ethniques (x2 pour les Noirs et les Asiatiques). »« Ajustement sur l’âge » signifie clairement un effet qui apparaît lorsqu’on fait abstraction de l’âge. La notion de facteur ethnique n’est pas disponible en France, mais les résultats observés aux Etats-Unis mettent en évidence une surreprésentation des Noirs dans toutes les tranches d’âge (environ 3 fois plus).Si on appliquait ce raisonnement au cancer, pour lequel 70 % des cas surviennent après 60 ans, on en déduirait que l’âge est la première cause du cancer. Raisonnement évidemment absurde.2 autres études récentes confortent ce diagnostic.- Italie [3] (Annexe 1) : Les malades chroniques représentent 98 % des décès dont 51 % pour ceux ayant 3 comorbidités.- Santé publique France (Situation au 5 mai) [4] : Sur 488 décès collectés par le réseau sentinelle des centres de réanimation, âge moyen 70 ans et comorbidité dans 84 % des cas (Annexe 2). Le taux de comorbidité est quasiment le même pour toutes les tranches d’âge (82 à 85 %).Un commentaire publié dans The Lancet du 8 mai émanant de plusieurs auteurs sous l’égide de l’OMS Europe [5]  constate que : « La pandémie de COVID-19 a eu de nombreux effets sur la santé, révélant la vulnérabilité particulière de ceux qui souffrent d’affections sous-jacentes. » et tire les leçons de la crise pour l’avenir « La prévention et le contrôle de l’obésité et des Maladies Non Transmissibles sont essentiels pour se préparer à cette menace et aux menaces futures pour la santé publique. »
 Rappelons que :Entre 2003 et 2017, l’incidence en France des Affections de Longue Durée pour Maladies Cardio-vasculaires, Diabète et Cancer, ces maladies qui fournissent les victimes du COVID-19, a progressé de [6] :-        138 % chez les plus de 74 ans alors que cette population n’augmentait que de 30 %,-        119 % chez les 60-74 ans alors que cette population n’augmentait que de 37 %,–        50 % chez les moins de 60 ans alors que cette population n’augmentait que de 1%. Conclusion :1-     Si l’épidémie de COVID-19 avait eu lieu en 2003, elle aurait en conséquence fait nettement moins de victimes.2-     Si rien n’est fait, la population des moins de 60 ans déjà impactée par la croissance de ces maladies chroniques paiera un plus lourd tribut que la génération présenteRappelons que l’Assemblée générale de l’ONU en sept 2011 et 2018 a posé le diagnostic d’une épidémie mondiale de maladies non-transmissibles » et adopté l’objectif pour 2030 de diminution de la mortalité prématurée de 30 % et « d’arrêt de la progression du diabète et de l’obésité ».Aucun pays ne s’est vraiment engagé en ce sens. Les malades du COVID en paient aujourd’hui les conséquences. C’est un enjeu majeur de l’Après COVID. Prendre conscience de la mesure de l’épidémie aujourd’hui est notre responsabilité vis-à-vis des générations futures.L’Après COVID doit intégrer la refondation de la politique de santé en faisant de la Santé Environnementale le 2nd pilier de la politique.[1]  AB Docherty et al. Features of 16,749 hospitalised UK patients with COVID-19 using the ISARIC WHO Clinical Characterisation Protocol Lire[2] Williamson et al. OpenSAFELY: factors associated with COVID-19-related hospital death in the linked electronic health records of 17 million adult NHS  Lire[3]A Di Stadio et al Mortality rate and gender differences in COVID-19 patients dying in Italy: A comparison with other countries.  Eur Rev Med Pharmacol Sci. 2020 Apr;24(8):4066-4067  → Lire[4] https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/documents/bulletin-national/covid-19-point-epidemiologique-du-7-mai-2020[5] HHP Kluge et al Prevention and control of non-communicable diseases in the COVID-19 response The Lancet 8 May  Lire[6] Pour la population du Régime Général d’Assurance Maladie (85 % de la population).
 
Contact presse :André Cicolella : 06 35 57 16 82André Cicolella est chimiste, toxicologue, président du Réseau Environnement Santé, et enseignant à L’Ecole des Affaires Internationales à Sciences Po Paris.
Le Réseau Environnement Santé (RES)Constitué de scientifiques, de professionnels de santé, d’associations environnementales et de malades, le RES, se fondant sur un argumentaire scientifique, s’implique pour aborder différents sujets de santé environnementale, notamment sur les perturbateurs endocriniens qui ont bâti sa reconnaissance institutionnelle et dans le grand public.  Le RES a joué un rôle déterminant, depuis sa création en 2009, pour alerter sur les risques liés aux perturbateurs endocriniens et obtenir des décisions d‘interdiction telle que celles du bisphénol A dans les biberons et les contenants alimentaires.  Il a lancé la charte des « Villes et Territoires sans Perturbateurs Endocriniens » signée par près de 200 communes, 4 Régions et 6 DépartementsLe RES est une association agréée au titre du Ministère de la Santé et siège à ce titre à France Asso Santé. Le RES se décline également en régions sous forme de délégation régionales.
 
Annexe 1 (Di Stadio et al) :
Annexe 2 (Santé publique France) :
 
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