Reprise du procès du Mediator

Interrompu en raison du confinement, le procès des laboratoires Servier qui a commercialisé ce médicament qui aurait fait plus de 2.000 morts a repris. La parole sera aux avocats des parties civiles à partir de mardi 9 juin. La décision est attendue pour 2021.

Le Mediator, médicament conçu pour les diabétiques, également utilisé pour perdre du poids, est responsable de problèmes cardiaques et du décès de plus de 500 personnes depuis 1976. Le Mediator conçu par laboratoires Servier, a été retiré du marché en novembre 2009.
Le Mediator, médicament conçu pour les diabétiques, également utilisé pour perdre du poids, est responsable de problèmes cardiaques et du décès de plus de 500 personnes depuis 1976. Le Mediator conçu par laboratoires Servier, a été retiré du marché en novembre 2009. (Patrick Allard/Rea)

Par Valérie de SennevillePublié le 9 juin 2020 à 8h00Mis à jour le 9 juin 2020 à 9h09

Interrompu mi-mars par la crise du Covid-19, le procès du Mediator a repris devant le tribunal judiciaire de Paris dans une ambiance étrange. Mesures sanitaires obligent. Mais pas question de retarder encore cette audience hors norme ouverte depuis le 23 septembre. A partir de mardi 9 juin et jusqu’au 24 juin les avocats des quelque 2.600 malades ou parents de victimes constituées dans ce dossier vont plaider.

« Système Servier »

Ils vont plaider pour ces victimes venues crier à la barre leur douleur, leur angoisse de mourir et leur colère contre le « système Servier ». Les avocats vont sans doute raconter aussi comment ce médicament des laboratoires Servier, mis sur le marché en 1976, censé être un antidiabétique a été utilisé largement comme coupe-faim. Pendant plus de 33 ans il a été prescrit à plus de 5 millions de personnes en France. Il aurait provoqué près de 2.000 morts − suivant les experts judiciaires − et des milliers de malades.

Face à eux, douze personnes physiques et onze personnes morales dont les laboratoires Servier pour « tromperie aggravée », « escroquerie » et « homicides et blessures involontaires ». Cette dernière infraction est également reprochée à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM, ex-Afssaps), qui comparaît pour avoir tardé à suspendre la commercialisation du Mediator, malgré plusieurs alertes sur sa dangerosité. L e laboratoire, tout en présentant « ses excuses », s’est inlassablement défendu, mettant en avant « l’absence de signal de risque identifié avant 2009 », année du retrait du Mediator du marché.

Double peine

De nombreuses victimes corporelles ont déjà été indemnisées par Servier et se sont donc désistées de la procédure pénale. Selon le site du laboratoire, au 29 mai 2020, 3.837 patients ont reçu une offre d’indemnisation pour un montant total de 192,68 millions d’euros dont 162,71 millions ont déjà été versés.

Durant l’audience une des victimes avait témoigné de son combat contre la maladie mais aussi pour une juste indemnisation : « J’ai appelé Servier », mais « ils n’ont cessé de souffler le chaud et le froid et m’ont demandé tout un tas de paperasse », avait-elle assuré. Elle a dû se faire opérer de deux valves cardiaques. Servier lui a proposé 27.000 euros d’indemnisation. L’Oniam (office national des indemnisations des victimes d’accidents médicaux) lui a accordé 390.000 euros. Pour Irène Frachon, la pneumologue brestoise qui a lancé l’alerte, le combat pour l’indemnisation des victimes c’est un peu « la double peine ».

Décision en 2021

La présidente de l’audience, Sylvie Daunis a écouté avec bienveillance ces victimes affirmant les comprendre. Mais elle n’a rien promis. Face à l’angoisse, à la douleur, à la colère parfois des victimes, le tribunal est là « pour dire le droit avec toute l’aridité que cela suppose », avait-elle prévenu à l’ouverture du procès. A la réouverture des débats elle a indiqué qu’elle ne pourrait pas faire connaître son jugement avant « 2021 ».

Après les plaidoiries des parties civiles, les réquisitions sont attendues fin juin. Les avocats de la défense devraient ensuite plaider. La fin de ce procès-fleuve est désormais prévue le 6 juillet.

Valérie de Senneville