Levothyrox: le laboratoire Merck condamné pour défaut d’information

RFI26 juin 2020

Levothyrox: le laboratoire Merck condamné pour défaut d'information

La nouvelle formule du médicament prescrit contre l’hypothyroïdie a été incriminée entre mars 2017 et avril 2018 par quelque 31 000 patients souffrant de maux de tête, insomnies, vertiges, etc.

En première instance, les juges lyonnais avaient écarté tout manquement du laboratoire pharmaceutique dans le lancement en 2017 du nouveau Levothyrox. Mais la Cour d’appel a reconnu cette fois « une faute » de Merck lors du changement de formule de son traitement contre l’hypothyroïdie. 

La nouvelle formule du médicament Levothyrox, modifiant certains de ses excipients afin d’apporter davantage de stabilité au produit, avait été incriminée, entre mars 2017 et avril 2018, par quelque 31 000 patients souffrant de maux de tête, insomnies, vertiges, etc.

Mille euros pour chacun des 3 329 plaignants

Chantal Garnier est présidente de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT). Selon elle, c’est un premier pas, mais les malades attendent plus encore, et il ne s’agit pas de compensation financière. « Pour l’association et pour les malades – on parle de tous les malades en France –, c’est déjà une première avancée que Merck reconnaisse qu’il y a eu un problème avec la nouvelle formule du Levothyrox », souligne-t-elle.

Le laboratoire allemant, dont le siège en France est à Lyon, a été condamné jeudi à verser 1 000 euros à chacun des 3 329 plaignants, au titre du « préjudice moral », soit plus de 3,3 millions d’euros. Ils réclamaient 10 000 euros chacun. « Je me pose quand même des questions : 1 000 euros pour une vie de malade avec ce qu’ils ont vécu, qu’est-ce que cela signifie ? C’est un petit peu aberrant, pointe-t-elle. Il y a autre chose à attendre. Je pense que si la vérité était dévoilée par rapport à ce qui s’est passé avec la nouvelle formule, les malades seraient peut-être moins réticents par rapport à ce médicament. Parce que maintenant, pour leur faire avaler une autre hormone thyroïdienne, ce n’est pas si simple que cela. Nous voulons la vérité. Il nous faut la vérité sur ce médicament. Nous sommes en droit, malades, consommateurs – 3 millions de patients à l’époque en 2017 – de connaître la vérité sur ce médicament. »

Une décision « totalement incompréhensible » pour Merck

Mais l’affaire ne devrait pas en rester là. Le directeur juridique de Merck en France Florent Bensadoun a en effet annoncé le pourvoi de l’entreprise en cassation, jugeant cette décision « totalement incompréhensible ». « Le débat judiciaire n’est pas clos, cette décision est en totale contradiction avec la décision rendue en première instance par le tribunal d’instance de Lyon qui avait reconnu un dispositif d’information pertinent et conforme au cadre réglementaire en vigueur », a-t-il rappelé.