Ce qu’il faut savoir sur la thyroïde

3 septembre 2020, 21:57 CEST

Auteurs

  1. Boris HanselMédecin, Professeur des universités- Praticien hospitalier, Inserm U1148, Faculté de Santé, Université de Paris
  2. Laurence LeenhardtPU-PH – Chef d’Unité thyroïde tumeurs endocrines, Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université

Déclaration d’intérêts

Boris Hansel a reçu des financements de la fondation AP-HP pour la recherche

Laurence Leenhardt ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

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Située en avant de la trachée, la glande thyroïde peut être observée par échographie. Shutterstock

Cet article a été écrit en partenariat avec le site de la chaîne santé de l’université de Paris pums.fr.


Les controverses ayant trait à la glande thyroïde ont fait l’objet de nombreux débats et continuent à alimenter les discussions, qu’il s’agisse des conséquences thyroïdiennes de la catastrophe de Tchernobyl ou du scandale du Lévothyrox par exemple. On prête également mille maux à cet organe, depuis la perte ou la prise de poids jusqu’à la fatigue chronique, en passant par la dépression, les troubles sexuels, les douleurs musculaires, etc.

Comment une si petite glande peut-elle être responsable d’autant de symptômes et de polémiques ?

Qu’est-ce que la thyroïde ?

La thyroïde est une petite glande en forme de papillon, situé à la base du cou, juste devant la trachée. Il s’agit d’une glande endocrine, autrement dit un organe produisant des hormones qui passent dans la circulation sanguine et vont agir un peu partout dans l’organisme. De nombreuses fonctions vitales sont sous la dépendance des hormones thyroïdiennes. Celles-ci « gèrent » l’énergie du corps, c’est-à-dire la capacité à utiliser les nutriments apportés par l’alimentation (glucides, lipides, protides). Mais ce n’est pas tout : elles ont aussi un effet sur le cœur, le tube digestif, les muscles… et même les cheveux ! Au niveau du muscle cardiaque, les hormones thyroïdiennes provoquent une augmentation du rythme du cœur et accroissent la force de ses contractions, augmentant ainsi le débit sanguin. En outre, un bon fonctionnement thyroïdien chez la femme enceinte est essentiel au développement du cerveau du fœtus.

Quels sont les liens entre iode et thyroïde ?

Le manque d’iode est à la source de certains troubles de la thyroïde. Cet élément chimique naturel entre en effet dans la composition des hormones thyroïdiennes. La glande thyroïde le capte dans l’alimentation : un régime équilibré apporte environ 150 microgrammes d’iode par jour, ce qui est juste suffisant pour un bon fonctionnement thyroïdien. Parmi les aliments riches en iode figurent le lait et produits laitiers, les crustacés, les poissons d’origine marine, ou les œufs. Pendant la grossesse, les besoins eu iode augmente jusqu’à 250 microgrammes par jour. Il est donc utile d’apporter un complément iodé durant cette période.

PuMS consacre son dernier numéro à la thyroïde, pour en apprendre encore davantage sur cet organe essentiel.

En cas de déficit en iode, la thyroïde compense en augmentant de volume, de manière à fonctionner davantage. Cet accroissement explique la survenue des « goitres endémiques » qui se développent particulièrement dans des zones géographiques ou la carence en iode est fréquente.

On l’ignore généralement, mais l’expression « crétin des Alpes », devenue aujourd’hui une insulte, était à l’origine une expression médicale. En effet, dans les années 1830, en France, le crétinisme était répandu, en particulier dans les Alpes. Les patients atteints de cette pathologie présentaient non seulement un goitre, mais aussi un retard de taille et de poids, ainsi qu’un retard mental. Il faudra attendre 1922 pour que l’on comprenne que ces problèmes sont liés à une carence en iode. Depuis cette découverte, une supplémentation de l’alimentation en iode (via l’iodation du sel) a permis d’éradiquer la maladie en France.

Hyperthyroïdie et hypothyroïdie : comment faire la différence ?

Les besoins en hormones thyroïdiennes (levothyroxine) sont de 100 à 125 microgrammes par jour. C’est une autre glande, l’hypophyse, située à la base du cerveau, qui régule la production d’hormones thyroïdiennes pour la faire correspondre à nos besoins. Hypophyse et thyroïde collaborent : la thyréostimuline sécrétée par l’hypophyse (TSH) donne l’ordre à la thyroïde de travailler un peu plus ou un peu moins. Lorsque la thyroïde ne produit pas suffisamment d’hormones, l’information est perçue par l’hypophyse qui augmente sa production de TSH, ce qui stimule la thyroïde et lui fait produire davantage d’hormones. À l’inverse, lorsque la thyroïde « s’emballe » et produit un excès d’hormones, l’hypophyse réduit sa production de TSH, pour tenter de freiner la fabrication des hormones thyroïdiennes.

Lorsque, malgré la réaction de l’hypophyse, les hormones thyroïdiennes sont fabriquées en défaut ou en excès, des « dysthyroïdies » (dysfonctionnements de la thyroïde) se développent : on parle d’hypothyroïdie en cas de déficit d’hormones thyroïdiennes, et d’hyperthyroïdie lorsque ces dernières sont produites en excès.

L’hyperthyroïdie est généralement diagnostiquée assez rapidement, car les signes qui en résultent sont habituellement marqués (perte de poids, sueurs, tremblement, palpitations…). L’hypothyroïdie, au contraire, est souvent peu symptomatique, et ses signes (prise de poids, fatigue, ralentissement général…) se manifestent plus tardivement, ce qui retarde son diagnostic.

Qu’est-ce que le Lévothyrox, et pourquoi y a-t-il eu une polémique à son sujet ?

En cas d’hypothyroïdie, la prise d’hormones thyroïdiennes de synthèse, donc produites artificiellement, permet de pallier le défaut de production d’hormones par la thyroïde. La lévothyroxine est une telle hormone. Jusqu’à récemment, la majorité des patients en hypothyroïdie étaient traités par le Lévothyrox, médicament à base de lévothyroxine produit par le laboratoire Merck-Serono.

En mars 2017, ce laboratoire a commercialisé une nouvelle formule du Lévothyrox, sans changer la substance active, mais en en modifiant l’excipient (substance associée au principe actif d’un médicament et dont la fonction est de faciliter l’administration, la conservation et le transport de ce principe actif dans l’organisme) : le lactose a été supprimé, et de l’acide citrique anhydre a été ajouté. Un grand nombre de patients a alors déclaré subir des effets secondaires tels que maux de tête, diarrhées, insomnies, vertiges, perte de cheveux… Une partie de ces patients ont fini par bénéficier d’une rééquilibration de leur traitement par un ajustement de leur posologie. Cependant, une part d’entre eux ont continué à se plaindre de symptômes riches et non spécifiques, malgré la constatation de niveaux de TSH normaux, et sans qu’il soit possible de trouver une explication physiopathologique à cette symptomatologie.

Trois ans après ces événements, les médecins disposent désormais de plusieurs formulations de la levothyroxine (Levothyrox, L Thyroxine Henning, T Caps, Tyrofix), ce qui leur permet de proposer aux patients des substituts et évite le monopole par une seule firme pharmaceutique.

Qu’appelle-t-on « nodule thyroïdien » ?

Situés au sein du tissu thyroïdien, les nodules de la thyroïde sont très fréquents. On les rencontre davantage chez la femme que chez l’homme,du fait de facteurs hormonaux. Une femme sur deux a des nodules après 60 ans, et leur fréquence augmente avec l’âge. Ils sont palpables dans 5 % des cas dans la population féminine française, et détectables par échographie thyroïdienne. Dans 95 % des cas, les nodules sont bénins, mais dans 5 % des cas, ils correspondent à des cancers de la thyroïde. Ces cancers sont généralement de bon pronostic, en particulier lorsque les nodules sont de petite taille. Le carcinome papillaire est le type de cancer le plus fréquent : il représente 85 % des cancers thyroïdiens