Le combat d’Irène Frachon contre le Mediator continue

ENTRETIEN. Un film documentaire revient sur l’engagement de la pneumologue pour faire interdire le Mediator et condamner ses promoteurs.
Irene Frachon, pneumologue au CHU de Brest, est a l'origine de la prise de conscience du scandale sanitaire qu'a constitue le Mediator.
Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, est à l’origine de la prise de conscience du scandale sanitaire qu’a constitué le Mediator. © Fred Tanneau / AFP

Propos recueillis par Baudouin EschapassePublié le 21/04/2021 à 07h00

Son combat contre le Mediator aura duré près de quinze ans. Après avoir bataillé pour que les autorités de santé retirent ce produit toxique du marché, Irène Frachon a consacré une décennie de sa vie au procès du groupe Servier, avec l’espoir que soient réellement punis les responsables qui ont laissé commercialiser cette molécule toxique, dérivée d’une amphétamine, qui a causé des atteintes cardiaques et des problèmes pulmonaires gravissimes à des milliers de personnes. Après le jugement du tribunal correctionnel de Paris, le 29 mars dernier, qui condamne le laboratoire pharmaceutique (décision frappée d’appel), la pneumologue de Brest va être au centre d’un film documentaire*. Entretien.

Le Point : La réalisatrice, Anne Richard, vous a filmée pendant tout le procès du Mediator. Dans quel état d’esprit ressortez-vous de ces longs mois d’audience où vous avez été très présente aux côtés des victimes de ce terrible drame sanitaire ?

Irène Frachon ​:​ Cette immersion dans le procès a été paradoxalement un moment unique et précieux. Les victimes ont pu témoigner de leurs souffrances, cartes sur table. C’était intéressant, quoique souvent fastidieux et parfois rageant, d’entendre les experts de tout bord se défausser de leurs responsabilités. Sans compter les mensonges inébranlables de la firme… Pourquoi le tribunal n’a-t-il donc pas saisi cette occasion pour appliquer des sanctions qui soient en effet dissuasives ? Le parquet l’avait réclamé avec les limites du droit.