Réponse de la CRIIRAD par rapport aux émanations radioactives du volcan des Canaries

Les volcans Islandais et celui de Palma aux Canaries sont sur la même faille qui nous sépare de l’Amérique . Cela ne ramène t-il pas des matériaux de grande profondeur très radioactifs par rapport à cette activité volcanique?

L’étrangeté de la dispersion des particules, nous rappelle le travail que vous avez fourni au travers de votre atlas géographique sur les retombées de Tchernobyl en Europe, bien que cela n’ai rien à voir, ceci est la preuve évidente grâce aux satellites de Copernicus que des endroits proches peuvent moins impactés que des endroits plus lointains dans les vents dominants?

Réponse de Jérémie MOTTE de la CRIIRAD

Bonjour,

Je vous remercie pour votre message. Voici quelques éléments de réponse par rapport à votre interrogation légitime.

1/ Le volcan Cumbre Vieja situé sur l’île de la Palma est entré en éruption le 19 septembre dernier et rejette depuis des cendres (fines poussières ou aérosols) dans l’atmosphère (jusqu’à plusieurs kilomètres d’altitude). Ces cendres se déplacent suivant les fluctuations des conditions météorologiques (notamment les vents) et peuvent atteindre le territoire français. Ces poussières peuvent se déposer au sol sous forme de dépôts secs et humides.

Les matières rejetées proviennent de l’écorce terrestre et sont donc susceptibles de contenir des radionucléides naturels tels que l’uranium 238 (et ses descendants comme le thorium 234, le radium 226, le plomb 214, le bismuth 214, le plomb 210, etc..), le thorium 232 (et ses descendants comme l’actinium 228, le plomb 212, le thallium 208, etc..) ou encore le potassium 40.

Les conditions météorologiques ont favorisé l’arrivée d’un premier « nuage de cendres volcaniques » sur la France quelques jours après le début de l’éruption, vers le 24 ou le 25 septembre. (cf. site européen de modélisation des masses d’air atmosphériques Copernicus : https://atmosphere.copernicus.eu/charts/cams).

Il est légitime de s’interroger sur l’impact radiologique de ce « nuage de cendres » que ce soit par inhalation directe de l’air ambiant ou par ingestion suite à un dépôt des cendres sur les sols et la végétation. L’origine naturelle de la radioactivité ne signifie pas qu’elle soit inoffensive pour la santé : par exemple, un radionucléide comme le thorium 230, descendant de l’uranium 238 est très radiotoxique par inhalation. Le plomb 210 et le polonium 210, descendants de l’uranium 238 sont quant à eux très radiotoxiques par ingestion.

2/ Le laboratoire de la CRIIRAD gère un réseau de balises de contrôle de la radioactivité atmosphérique. Ces balises sont situées en région Rhône-Alpes (Montélimar, Valence, Romans-sur-Isère, Saint-Marcel d’Ardèche et Péage de Roussillon) et dans le secteur d’Avignon. Des sondes gamma pour la mesure du rayonnement ambiant dans l’air sont également implantées à Genève et Grenoble. Les détails sur le fonctionnement de ce réseau et les résultats des balises (notamment sous forme de graphiques mensuels) sont disponibles sur le site http://balises.criirad.org/.

Mesures effectuées en direct : Depuis l’arrivée du nuage en région Rhône-Alpes jusqu’à ce jour, les mesures réalisées en continu et en direct sur le filtre aérosols (cf. http://balises.criirad.org/aide_air.htm) n’ont révélé aucune élévation significative de la radioactivité de l’air ambiant. Les activités volumiques alpha et bêta sont restées[1] inférieures à la limite de détection de 1 Bq/m3.

A l’exception d’un léger dépassement ponctuel de la limite de détection à la balise de Valence le 25/09 à 4h TU (1,2 Bq/msur les voies alpha et bêta) lié à un pic d’activité volumique en radon (33 Bq/m3). Il faut savoir que les voies alpha, bêta direct et radon sont mesurées par un seul détecteur. Un paramétrage fin permet de discriminer les impulsions mesurées par ce détecteur et de les imputer aux différentes voies : alpha artificiel, bêta artificiel direct, radon (naturel). Ce paramétrage est réglé de manière optimale pour de faibles concentrations en radon (généralement les concentrations mesurées sont inférieures à 10 Bq/m3). Mais lors des pics de radon, il peut arriver que la discrimination ne s’effectue plus de manière correcte. La CRIIRAD intervient régulièrement pour optimiser le réglage mais il est difficile d’anticiper les conditions météorologiques à l’origine des fluctuations des concentrations en radon.

Mesures effectuées en différé au laboratoire : L’intégralité des filtres contenant les aérosols qui se sont déposés au cours du mois précédent, est analysée par spectrométrie gamma au laboratoire de la CRIIRAD. Ces analyses complémentaires permettent de vérifier, de manière différée, la qualité de l’air avec une meilleure précision que ne le permettent en temps réel les mesures effectuées par les détecteurs de la balise. Les filtres de Valence et de Montélimar ont été analysés respectivement le 27/09 et le 04/10, quelques jours après l’arrivée supposée des aérosols du volcan en Vallée du Rhône selon les modélisations.

Aucune anomalie n’a été mise en évidence dans ces 2 analyses.

Le thorium 234 et l’actinium 228 présentent des activités volumiques inférieures aux limites de détection.

Pour le plomb et le bismuth 214, le plomb 210, le thallium 208, le plomb 212, le potassium 40 et le béryllium 7, les valeurs sont supérieures aux limites de détection mais proches de celles habituellement mesurées, comme on peut le voir dans le tableau en pièce jointe présentant les résultats d’analyse des filtres des balises situées à Valence et Montélimar (résultats correspondant à la période d’exposition du 23/08/21 au 27/09/21 pour Valence et du 31/08/21 au 04/10/21 pour Montélimar, à comparer avec les résultats des analyses d’août 2021, juillet 2021 et septembre 2020).

Il est important de garder cependant à l’esprit que ces résultats représentent une moyenne sur la totalité de la période d’exposition (mensuelle). La période de passage du nuage de cendres ne correspond qu’à une partie de la période totale d’exposition des filtres, et les résultats ne sont pas représentatifs des rejets au plus proche du volcan.

Conclusion : Le réseau de balises atmosphériques que gère le laboratoire de la CRIIRAD permet la détection immédiate d’une élévation significative de la radioactivité atmosphérique. Si cette augmentation laisse suspecter une contamination, la CRIIRAD procède sans délai à une vérification des mesures en continu de la balise par des analyses complémentaires en laboratoire par spectrométrie gamma des filtres et cartouches des balises.

A ce jour, les données dont dispose le laboratoire de la CRIIRAD n’ont révélé aucune anomalie. En France (et spécialement sur le quart sud-est où sont implantées les balises), les conséquences de cet événement n’ont rien de commun (sur le plan radiologique) avec celles liées au passage du nuage de Tchernobyl en 1986.

Bien cordialement,

Nous remercions infiniment la CRIIRAD pour cette information et appelons nos adhérents à soutenir cet organisme indépendant de surveillance radioactive de notre environnement